En ce mois d’août, dès que midi arrive, c’est comme si nous nous retrouvions dans un étau de chaleur. Il est évident que pour nos randonnées nous partons le plus tôt possible, à la fraîche !
Nous quittons le village de Rozier et nous avons une vue avec lever de soleil sur le bourg de Peyreleau, c’est extraordinaire !

Les premières falaises et des roches se découpent dans la luminosité du soleil levant, cela présage une randonnée comme l’annonce l’office du tourisme :
grandiose, époustouflante, vertigineuse.


Pour l’instant en trois kilomètres nous allons nous hisser de prêt de 500 mètres, pas le moment de se rendormir.
Nous montons dans un sentier raide qui zigzague entre les pins, il est bordé d’une plante qui pourrait nous faire croire à l’airelle de nos Vosges, mais il n’en est rien c’est le raisin d’ours.

L’œil doit être vigilant pour poser le pied au bon endroit, racines et roches sont prêtes à provoquer l’embûche si on relâche la concentration. La jambe se fléchit, la cuisse pousse pour aider le pied opposé à se projeter un pas en avant. Le muscle se tend et tout le corps l’accompagne pour fournir l’effort. L’attention permet de garder un équilibre à chaque foulée. La respiration s’accélère, la cadence cardiaque augmente, le mental reste attentif pour que je ne me mette pas dans le rouge ce qui m’amènerait à m’asphyxier et ne plus profiter de la marche. Des gouttes de sueur commencent à perler sur le front et le tour des yeux. De temps en temps, un court arrêt pour regarder le déroulement de ce paysage incroyable. L’odorat aussi est au travail, car ce matin au lever du jour, les parfums de la nature sont multiples.

Mon déplacement ne serait-il pas semblable à une œuvre musicale composée de sons, de rythme et de mouvement ou encore une poésie avec des rimes, des proses, des vers, des métaphores ?
En duo, dans cette montée, nous formons une mélodie de la vie.
La pente se calme et nous dominons les gorges du Tarn. Nous passons le col de Cassagne à partir d’ici le périple en surplomb des falaises de la Jonte devient ébouriffant.

Le sentier serpente dans un dédale de roches et le vide se rapproche de nous ou c’est nous qui nous en rapprochons, enfin cela provoque des chatouillis dans les pieds. D’ailleurs ici les noms sont sans équivoque, nous parvenons à un point de vue qui se nomme « balcon du vertige ». Vue imparable sur la vallée, mais aussi sur des roches qui, avec leur surplomb, nous démontrent le travail de l’eau il y a des millions d’années.

Cette fois nous franchissons le pas du loup, un passage étroit, mais notre pas de randonneur expérimenté nous permet de nous comporter comme des chamois.

À ce moment, sans nous prévenir presque comme une explosion, apparaît à notre vue le vase de chine

et quelques centaines de mètres plus loin son jumeau le vase de Sèvres.

Nous ne sommes pas seuls, d’autres randonneurs sont de la même manière que nous en extase et je crois que c’est l’une des premières fois en montagne où il y a pas mal de monde mais personne ne crie, même pas les enfants.
En plus de ces deux pièces maîtresses du musée en plein air de Méjean, en avançant sur une roche où le vide nous provoque, nous admirons d’innombrables falaises aux formes permettant à l’imaginaire de s’égarer.

Au cours de la descente, il nous est proposé de nous rendre au sommet d’une roche, celle-ci est étroite et s’érige isolée vers le ciel dominé par une croix

On voit bien de loin que des échelles sont fixées aux parois rocheuses afin de parvenir à la sommité, mais bon, pourquoi pas, monter à une échelle, ce n’est pas sorcier ! Nous nous renseignons sur le parcours auprès d’un randonneur qui vient de ce point de vue, apparemment le vide est impressionnant et l’une des échelles à une attache descellée, il faut être vigilant.
Avec Laetitia nous rigolons un peu jaune, mais notre curiosité nous impose d’aller nous rendre compte par nous même si cette montée du rocher de Capluc est si vertigineuse.
Pour grimper, nous commençons par des petites marches très hautes sur une pierre patinée glissante qui nécessite de trouver des prises pour les mains afin de nous hisser sur la marche supérieure. Il est 11 heures et le soleil nous étreint dans sa gangue de chaleur, rapidement nous dégoulinons de transpiration.
Les marches disparaissent pour laisser place à un rebord ou les pieds doivent se glisser l’un après l’autre, une main courante est là pour nous aider, cela rassure un peu, mais le vide n’est pas loin. Nous arrivons sur une plate-forme avec une grotte qui nous offre de l’ombre et de la fraîcheur, cet interlude nous redonne des forces pour continuer. C’est aussi à ce stade que les personnes ayant le i échelle se présente à nous pour une hauteur de quatre mètres.

Je monte, tout est bien fixé et je rassure Laetitia. Je parviens à une étroite vire où la place est réduite pour les pieds ; la roche à notre droite et le vide à notre gauche, le plus sage est de bien se tenir à la rambarde en métal.
Tout va bien et nous voici au pied de la deuxième échelle qui doit être un peu plus longue, cinq mètres environ, avec le vide dans le dos. Effectivement quand j’arrive dans le milieu de l’échelle un ancrage est sorti du ciment, mais les attaches du haut sont résistantes. Laetitia grimpe avec une grande concentration. À l’arrivée de l’échelle se trouve une plate-forme où il n’y a pas la place pour se retourner, la dernière échelle d’une longueur identique aux autres, nous attend pour nous permettre de poser le pied sur la sommité à 587 mètres au-dessus du niveau de la mer et 200 mètres au-dessus de Rozier.


Le panorama est remarquable, nous dominons la confluence du Tarn et de la Jonte, nous sommes comblés d’être venus jusqu’ici. Maintenant, il ne reste plus qu’à redescendre, Laetitia évite de trop regarder le vide, je ne dirais pas que je saute comme un cabri, mais je suis à l’aise, à mon grand étonnement.

Très satisfaits de notre randonnée de 13 kilomètres parcourus dans la matinée, nous sommes allés dans une guinguette manger un repas exceptionnel : Saucisse, frites. C’est surtout des frites que nous avions très envie et nous sommes tombés sur des frites maison, nous nous sommes régalés.

Nous trouvons nos itinéraires de randonnées sur le Site des grands causses.