Nous avons prévu d’effectuer ce que certains nomment la randonnée mythique des Cévennes, le sentier des 4000 marches.

Elles ne sont pas aussi nombreuses, c’est une image pour définir la difficulté que le randonneur va rencontrer en s’aventurant sur les pentes de cette montagne.

Cela se mérite que de rendre visite à cette éminence qui provoque aussi bien les vents méditerranéens qu’océanique, car il se trouve au milieu de la zone de partage des eaux. C’est la montagne de tous les records, pluie et neige intenses, vents violents et brouillard persistant.

Nous évitons le versant atlantique tout en rondeur avec de la roche granitique pour emprunter le versant méditerranéen aux pentes vertigineuses creusées dans le schiste.
Nous partirons de Valleraugue pour avaler 1300 mètres de dénivelé positif sur une distance de 8,5 km.
C’est seulement au moment où l’on arrive au sommet à 1567 mètres que nous pourrons remplir nos poumons d’air frais et notre cœur d’une grande satisfaction. Le sentier est réputé difficile avec des passages rocheux.
Voilà l’amusement qui nous attend. Sachant que si l’on monte il faut redescendre et comme nous préférons ne pas effectuer le retour dans nos pas, nous ferons une boucle qui représente 23 kilomètres.
Nous gravissons avec notre fourgon une route très, très étroite, longeant un ravin, si nous trébuchons, même avec des pneus neufs, la cascade est promise.
Nous empruntons le col du Pas et le col de l’Espinasse et arrivons à l’Aire de Côte.
Il y fait bon et le bivouac est autorisé. En observant les panneaux de randonnées présents sur le lieu, nous constatons que le sentier de retour pour demain passe ici même.
Nous décidons d’effectuer cette boucle de manière originale.
Nous allons partir d’ici, descendre par le sentier à Valleraugue et à partir de là découvrir le sentier des 4000 marches.
Comme nous voulons monter avant les grosses chaleurs, nous allons nous élancer de très bonne heure dans cette randonnée. Cela signifie que :
- Réveil à 4 h 30
- Départ à la frontale vers 5 h 30.
Nous avons 7 km 400 de descente, ce qui doit se parcourir en une heure et demie. De ce fait, nous aborderons la grimpette vers 7 h 15.
Aussitôt dit, aussitôt décidé, nous voici au lit pour un réveil matinal. J’espère bien dormir pour être en forme et ne pas revivre le calvaire que j’ai connu ce matin.
Le chant du coq ? Non, le réveil !
Comme notre motivation est grande, nous n’avons pas trop de difficultés pour être debout et actifs. Un bon petit déjeuner et nous partons à 5 h 35 éclairé par nos frontales.
Nous suivons la route goudronnée sur deux kilomètres, pour une mise en jambe, ce n’est pas mal. Puis nous abordons un sentier escarpé dans les roches, avec la nuit, nous redoublons de vigilance.

Enfin, le ciel doucement s’illumine, c’est une vision troublante et prodigieuse.

Nous poursuivons notre sente et alors que nous arrivons au niveau du col du Pas un monument nous arrête.
Cet édifice est là pour que l’on se souvienne des maquisards du Mont-Aigoual, ces hommes jeunes ou moins jeunes qui ont décidé que leur vie allait tenir à un fil. Certains n’ont jamais revu leur famille, leur épouse, leurs enfants, leurs parents.

Des femmes, des hommes se sont engagés sans penser à eux pour NOTRE liberté.
De nombreuses plaques ou monuments rappellent ses temps sombres de notre Histoire. Ne sont-ils pas devenus des objets de notre quotidien auquel on ne prend plus garde, car nous nous y sommes accoutumés ? Telle cette plaque sur un mur dans un village de la région.

Nous poursuivons notre descente et après un passage sur route d’environ deux kilomètres le sentier s’égare dans une forêt de châtaigniers à la pente abrupte.
Nous arrivons à Valleraugue alors que les cloches nous informent qu’il est 7 heures.
À cette heure matinale, les rues sont bien endormies et il est facile de trouver le chemin des 4000 marches, son balisage étant de qualité.
Le panneau au départ est sans équivoque.

On reprend un peu notre souffle, on s’abreuve et on amorce les premières marches d’escalier. Je vous rassure, il y en aura quelques dizaines le temps de sortir du village.
Le sentier qui pénètre au milieu des châtaigniers est raide et malgré l’heure matinale il n’y a pas un brin d’air dans cette forêt, ce qui augmente la difficulté. En peu de temps, je suis aussi trempé qui si je sortais de dessous une cascade.
La respiration devient saccadée, mais les jambes ont de la force.
Ces montées abruptes où nous sommes en symbiose dans nos foulées, où les souffles se rejoignent dans un synchronisme sont poignantes.
L’effort à fournir est important, la foulée est sûre et pas après pas nous gagnons en altitude. Nous sortons de la forêt et nous retrouvons un paysage ouvert et spacieux.
La roche, la bruyère, le jaune des herbes, le vert de la forêt et le bleu du ciel, ces incroyables symphonies de couleurs font émerger en nous un engouement pour la montagne.

Nous profitons de ce panorama pour une pause casse-croûte, c’est que le petit déjeuner est loin!
Quelques passages de rochers, toujours amusants à franchir, ils cassent la routine du sentier qui nonchalamment poursuit sa montée.

Ce paysage ouvert nous fait aussi comprendre que si nous avons déjà gagné en altitude, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines.
Nous retrouvons la forêt qui a changé d’essence. Ce sont des hêtres torturés par les vents qui nous accompagnent. Deux petits ruisseaux successifs vont nous rafraichir. Enfin, la déclivité s’adoucit et nous passons une chaume où la bruyère de son mauve spirituel illumine notre arrivée, car tout à coup les bâtiments du Mont Aigoual nous apparaissent, c’est gagné nous sommes au sommet.


Admirer le paysage, se désaltérer d’une boisson tonique gazeuse bien fraîche, remplir les poches à eau qui sont vides. (En face de la boutique à l’angle, une tour de guet cache un robinet).
Nous redescendons, rapidement, nous sommes au menhir de Trepaloup. Ce menhir atteste la présence de groupe humain depuis 5000 ans.

Nous empruntons le plateau de crête qui sépare la vallée de Valleraugue à la vallée de Borgne.
Nous évoluons dans de la roche avec à notre droite un vide impressionnant, mais un paysage sauvage où le genêt, la bruyère, la fougère tentent de gagner du terrain sur la roche.

C’est une forêt de hêtre qui nous met à l’abri de la violence des rayons du soleil et comme nous descendons nous distinguons bien les différents étages sylvicoles. Maintenant, c’est une large piste s’enfonçant dans une sombre forêt de sapins qui nous ramène à notre chez nous mobile.
Très belle randonnée qui demande de bonnes conditions physiques.
23 km pour 1417 de D+ et 1400 de D –
Récompense d’une journée d’effort.

Écouter le chant de la nature !

Mille fois merci Thierry pour tous tes messages. Nous sommes dans la steppe caussenarde avec peu de réseau et d’autres envies que de passer du temps sur le portable. J’y répondrais à l’occasion.
Mais sache que ces messages nous touchent beaucoup.
Très amicalement
Pascal
J’aimeJ’aime
Bien belle boucle, avec les explications qui vont avec pour en comprendre toute l’originalité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: c’est en effet un parcours très engagé surtout par temps chaud.
Content que les jambes de Pascal 🦵🏽🦵🏽 (bronzées !) aient retrouvé leur légendaire tonus.
J’aimeAimé par 1 personne