Ce matin, alors que nous déjeunons, le soleil levant vient nous illuminer. Ses rayons réveillent le monde des insectes et font miroiter les toiles d’araignées édifiées dans les herbes.

Ces reines de la broderie attendent une proie, elles aussi ont droit à leur petit déjeuner.

Quoi de plus beau que de se soulager de son obole matinale accroupie (position qui permet de bien vider les intestins) face au soleil et de ressentir l’amour de la vie. Une importante ardeur de paix et de bien être m’envahit, j’aimerais le crier au monde entier ou au moins la partager avec tous ceux que j’apprécie.
Alors je ne sais si la télépathie fonctionne, mais à tous je leur envoie une pensée.
Lors de notre petit déjeuner, nous parlons de ce sentier qui part du « point sublime» du cirque des Baumes et descend jusqu’au Tarn puis remonte quelques kilomètres plus loin dans des lacets affolants.
Nous décidons de le parcourir en mode trail. Lier l’amour de la nature, son gigantisme impressionnant et l’effort de la bataille avec soi, n’est-ce pas la construction d’une symbiose qui serait les premières notes d’une symphonie ?
Dans mon fantasme, je pense à mon ami François* et je l’invite à nous rejoindre.
Je l’entend me dire :
– Mais crois-tu que je vais y arriver ?
Je lui rétorque :
– Les énergies des roches et des arbres vont te porter.
Cette fois-ci, c’est parti, le panneau du sommet nous indique ce qui nous attend.

Nous démarrons par environ 700 mètres de parcours sur la route avec une légère côte, c’est très bien pour préparer le corps. Puis nous nous engageons dans la descente, elle n’est que rocaille et racines. Il nous faut une grande concentration et la souplesse d’un cabri pour enjamber ces obstacles.

Mais c’est qu’il se débrouille bien, le grand François malgré ses multiples opérations au dos.
Il est impossible de descendre sans faire une pause pour regarder ces rocs qui nous entourent.

François qui vient d’arriver dans la région a les yeux qui s’écarquillent.
Les jambes sont contentes, nous parvenons au pied des falaises, elles attendaient ce moment afin de se défouler et voilà que nous les arrêtons dans leur élan. Pourquoi ?
Quelle surprise de trouver des maisons blotties contre les roches et sous des falaises que seuls des virtuoses de l’alpinisme peuvent gravir.


Nous reprenons notre foulée et rejoignons la route qui longe le Tarn.

Un tunnel à franchir

et voici l’intersection pour retrouver le fameux point de vue dénommé sur les cartes « Sublime » environ 500 mètres plus haut pour deux kilomètres de montée. Cela vaut le kilomètre vertical qui sert d’entraînement au trailleur.

François blêmit et souffle :
-Mais tu ne me l’avais pas dit celle-là !
-Tu vas être surpris de tes capacités !
Et c’est parti, on va voir combien de temps il nous faut pour atteindre le sommet.
– Toi François avec tes grandes jambes tu vas y arriver facilement.
Tout en rigolant, il s’exclame :
-Ce ne sont pas les jambes, mais le cœur qui risque de se décrocher, car je vous connais tous les deux avec votre rythme insensé.
Assez de palabres, allons-y et comme cerise sur le gâteau nous nous offrons un petit détour vers la chapelle Saint-Hilaire.

Un dernier regard sur le Tarn, un autre vers le sommet que l’on ne distingue pas et en avant.
C’est parti, le rythme est bon, Laetitia accompagne François dans un souffle élevé.
Tout à coup, Laetitia nous invite à relever la tête. Agacé, je lui demande :
-Mais pourquoi donc nous arrêter alors…
Je n’irais pas au bout de ma phrase, j’ai le souffle coupé en voyant un vautour passer à quelques mètres au-dessus de nous.

Nous allons assister à un ballet incroyable de ces rapaces, les compter ne nous intéresse pas, nous sommes pris et épris par l’admiration silencieuse de leurs arabesques.
Nous repartons, quelques passages de rocher un peu technique et nous voici encore une fois en arrêt devant ces roches qui émergent d’un peu partout. Cela doit m’enivrer, car je devine la tête d’un porcelet.

Nous apercevons le point de vue juste au-dessus de nous, l’ascension n’est pas finie et le sentier longe la falaise, tout cela pour nous amener à des grottes époustouflantes.


Cette fois, il reste quelques centaines de mètres raides dans le pentu où nous jetons nos dernières forces pour terminer dans l’ivresse d’un vainqueur.

C’est réussi, sans les arrêts, nous n’avons pas mis une heure pour réaliser la montée.
Je me retourne pour féliciter François, mais il s’est évaporé, il était avec moi en rêve.
Cependant, le circuit, nous l’avons bien effectué en 1 h 30 pour cinq kilomètres 400. Les 520 mètres de D+ ont été gravis sur deux kilomètres, cela je ne le rêve pas Laetitia est là pour me le confirmer.
De nombreux touristes se contentent de sortir de la voiture pour faire quelques pas et tomber en admiration devant ce panorama grandiose. Savoir l’apprécier est déjà une belle chose. Mais se retrouver sur les flancs de ces pentes abruptes, au milieu de ces roches où les martinets à ventre blanc mènent une danse incroyable avec leurs sifflements stridents et ces vautours juste au-dessus de nos têtes, c’est presque du ressort du mysticisme.

La marche, pas après pas même rapide, est un voyage à lui tout seul, quel que soit le lieu où l’on se trouve.
Nous avons une super forme, une vie douce où comme le vautour, je tournoie sur un air de marchand du bonheur.
Après un tel effort, il est nécessaire de reprendre des calories, une spécialité locale, du boudin que l’on va couper en tranche et faire revenir sur lit d’oignon doux des Cévennes.

* Une grande pensée pour lui qui ne peut plus courir et de tous ces moments partagés dans ce sport.
Je n’ai qu’un mot exact, Merci Thierry.
Merci pour tes messages encourageants.
Merci pour ta fidélité.
Bien amicalement
Pascal
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Encore une fois bravo pour cette belle page ! L’émotion, l’effort, le plaisir, la rêverie, les images, la perf’ et même les curiosités comme la traversée de ces grottes en remontant.
Sublime, c’est bien le mot exact qui décrit votre journée.
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