La confiance, est ce une idée désuète ?

Je tenais à vous raconter ce que nous avons vécu pendant notre trek sur le causse de Méjean.

Nous en sommes au matin de notre quatrième journée de marche. Les jours précédents, il a fait très chaud et nous avons bu beaucoup, mais beaucoup d’eau.

Notre corps et notre palais souhaiteraient sentir une boisson un peu plus agressive avec des bulles qui viennent le fouetter.

En détaillant notre parcours, nous constatons que nous traversons un village dans lequel il y a une épicerie/restaurant. C’est sûrement l’un des seuls endroits les moins isolés du causse, car y passe une route reliant deux bourgades importantes.

Nous nous mettons en chemin comme à l’accoutumée de bonne heure, nous avons bien deux heures de marche pour parvenir au lieu rêvé.

Même si le paysage est varié et enjôleur avec des hameaux blottis où les charmantes maisons en pierre avec de mignons patios suscitent un sentiment de bien-être, rien de tout cela ne peut me dévoyer d’une obsession : une bonne bière ! 🍺

Alors mes pensées divaguent et me reviennent en mémoire des réflexions glanées deci-delà, ces derniers jours. Assis à une terrasse, me délectant d’une tisane de houblon, j’affectionne laisser mon ouïe folâtrer autour des tables proches.

Et qu’entend-on ? 

Nous vivons dans une société violente, arrogante, mais où allons, il faut se méfier de tout et tout le monde. 

Je m’interpelle : sommes-nous crédules au point que nous ne nous apercevons pas de l’insécurité dans laquelle nous vivons ? Tous les dangers se cacherait-il comme le loup à l’orée du bois dans les XVIII/XIX ème siècle ?

La phrase qui resurgit régulièrement, quelle que soit la région visitée

« On ne peut plus faire confiance à personne ».

À force d’écouter ces sentences, j’ai presque envie de dire ces slogans répétés dans les fêtes de famille, les soirées entre amis où les discussions de bistrot on finit par y croire. La télévision terminera d’enfoncer le clou en démontrant par A plus B que ce monde est insécuritaire et qu’il faut être constamment sur ces gardes. Inconsciemment, le positif s’éclipse.

Heureusement, nous approchons du perron de la boutique et je peux m’échapper de ces pensées néfastes. L’épicerie est ouverte, mais le restaurant est encore fermé. Nous déposons nos sacs à dos pour éviter de tout envoyer valdinguer à l’intérieur.

Il est 10 heures, nous poussons la porte, le carillon du commerce résonne, une dame ayant passé la moitié du siècle, fatiguée par la saison, arrive en boitant. Mon regard découvre une surprise bien agréable dans un frigo, sont rangées des bières qui attendent le client. Laetitia fait l’étonnée quand je demande une bière. Pensait-elle vraiment à une eau pétillante ou une boisson tonique ?

Elle ne me suit qu’à moitié et prend une bière sans alcool. Dans un panier, il reste deux croissants, je les commande en même temps. 

Nous achètons encore un saucisson et une conserve, car nous n’avons plus rien pour notre repas de midi.

Voilà qu’arrive le moment du paiement et nous nous rendons compte que nous n’avons pas assez d’espèces pour régler la note. 

Certains vont de suite se dire, mais, et la carte de crédit on est plus à l’époque féodale ! Dans la France profonde, le réseau internet parvient par intermittence. 

Nous sommes prêts, avec les larmes aux yeux, à abandonner cette bière et son accompagnement de croissants que mon rêve a fait danser dans mon cerveau toute la matinée.

C’est alors que la voix de la dame s’élève dans la boutique :

« Vous allez loin ? Vous n’avez pas l’occasion de repasser ?

Nous lui expliquons que notre véhicule est à Rieisse, soit environ dix kilomètres par la route.

À ce moment elle nous dit :

 « Et bien, vous reviendrez me payer dans la soirée ».

Nous sommes très stupéfaits de la suggestion, Laetitia propose de laisser ce qu’elle a en monnaie ou encore une pièce d’identité.

Et c’est dans cette circonstance que nous entendons la phrase magique sortir de la bouche de cette commerçante : 

– « Mais non, je vous fais confiance, il n’y a pas de problème ».

Sidérés, mais heureux, nous la remercions de nombreuses fois et nous partons enthousiastes avec nos emplettes jusqu’à l’aire de pique-nique toute proche.

En nous délectant du précieux breuvage et dégustant le croissant, nous n’en revenons pas et nous nous réjouissons en nous disant que la confiance n’est pas une chose démodée ou obsolète.

Et si en définitive notre société n’était pas autant tordue et triste à vivre ? Il reste encore plus de personnes que l’on ne pense pour aider, faire confiance et rendre service !

Ne serait-ce pas notre culture qui est mal construite où dès le plus jeune âge on met le doigt sur le négatif, on finit par en faire des montagnes et c’est lui seul qui nous aveugle de ce fait le positif passe sous silence.

Devenons attentif et observons notre quotidien en prenant garde aux belles actions, l’agressivité ambiante se retrouve isolée.

Il va sans dire que l’après-midi nous sommes allés régler notre dû.

6 commentaires sur « La confiance, est ce une idée désuète ? »

  1. C’est vrai, parfois il est pénible de respecter des lois concernant l’absurdité.
    Ce qui est ennuyeux c’est que ce genre de lois crée des divisions entre les gens.
    Mais gardons toujours espoir dans un monde meilleur car comme disait Gandhi
     » Soyez vous-même le changement que vous voulez voir dans le monde »
    Merci pour le message.
    Pascal

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  2. Je dis toujours que seul 5 % de la population est tordue. Toutes nos lois sont faite pour ce 5 % et ennuyant le 95 % évidemment… Donc respectons les lois mais restons certains que nous ne sommes pas concernés !!! Bonne route à 100. % !!!

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  3. Oui, cette histoire de confiance toute mignonne révèle en creux tout ce que notre époque porte d’hystérie et de paranoïa. Elle nous invite à réfléchir humblement sur nos attitudes et comportements qui dérapent parfois…
    En tout cas, votre anecdote est aussi fraîche qu’une bière bien frappée 🍺🍻🍺 !
    Merci et santé !
    Thierry

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