L’observation




Nous sommes installés sur un promontoire.

Dans notre dos le fleuve Guadiana qui fait office de frontière entre le Portugal où nous sommes et l’Espagne.

C’est aussi dans notre dos que le soleil levant tente de s’extraire d’une masse nuageuse.



Face à nous, les marais salants aux formes rectangulaires sont séparés par des terre-pleins. Tout est très géométrique et si dans certains bassins l’eau est bien calme d’autres sont animés et c’est cela que nous sommes venus observer.



À l’œil nu, nous repérons rapidement une colonie de flamants roses. Nos jumelles vont nous permettre de les épier sans les déranger et d’un coup de baguette magique elles nous transportent à leurs côtés.



Nous admirons leurs plumes, mais aussi leur élégance dans leur déplacement. Certains se rapprochent de leur congénère, est-ce des couples qui se font des avances ? Dans leurs jeux, leurs longs cous souples s’enlacent et en un temps très court forment un cœur. Est-ce par inadvertance ou pour montrer aux autres leur fidélité ?

Nous allons épier cette avifaune sans les perturber. Tenter de les approcher, c’est les affolés, les troubler dans leurs activités de chasse, de nettoyage ou de séchage de leurs plumages tels ces cormorans.

Nous tournons doucement notre buste et l’objectif s’arrête sur quelques échasses blanches, leur dénomination latine nous amuse himantopus himantopus. Elles se distinguent facilement avec un plumage blanc à l’exception du dos et des ailes, leurs pattes sont très fines, interminables et rouges. Quant à leur bec, il est long et effilé.

Elles se déplacent lentement, levant avec lenteur leurs pattes pour aller de droite, de gauche et picorer.

Nous restons focalisés pas mal de temps sur les avocettes élégantes, tout est dit dans leur nom. Elles sont tirées à quatre épingles prêtes à se rendre à un mariage avec leur plumage bigarré de blanc et de noir et une capuche noire se prolonge à l’arrière du cou. Elles évoluent avec légèreté et pour raffiner le tout, leur bec est long, mince, effilé et recourbé vers le haut.

Quand elles s’envolent, leur battement d’ailes donne un rythme à leur plumage noir et blanc, il est mis en évidence comme une danse où le contraste des deux couleurs tente de surpasser l’autre.

Mais quel est cet oiseau avec son long bec droit de taille assez importante ?

Les rayons du soleil qui créent des reflets dans l’eau à cet endroit nous gênent pour le distinguer correctement.

Nous changeons d’angle, notre objectif croise des courlis aux becs recourbés et au chant si particulier, des bécasseaux variables, des goélands à l’envergure impressionnante ainsi que des mouettes rieuses. Nous repèrerons quelques aigrettes que nous ne confondons point avec les spatules dont le bec est en forme de… spatule. Elles sont étonnantes dans leur vol avec leur long bec qui fend l’air dans l’alignement de leur corps et de leurs pattes avec un battement d’ailes lent et mesuré.

Mais revoilà ces oiseaux que nous n’arrivions pas à déterminer tout à l’heure, ils ont changé de bassin et Laetitia est contente, car elle reconnait de suite les barges à queue noire. C’est un oiseau qui est menacé en Europe.

Nous n’avons pas assez de connaissances ornithologiques pour nommer tous les volatiles que nous apercevons, particulièrement chez les canards. Nous admirons le plumage de certains à la tête sombre et un reflet lie de vin très original à la base du cou.

Nous sommes fascinés par ce spectacle matinal et insensiblement une perception singulière nous envahit à un tel point que nos regards se croisent et nous avons envie de partager ce phénomène.

Nous nous adressons la parole dans un murmure afin de ne pas perturber l’ordre établi.

C’est bizarre j’ai comme une puissante sensation d’amour, dirais-je à Laetitia. Pour moi, c’est une impression d’union avec le tout. Ce trouble qui nous inonde nous apporte un sentiment que nous ignorions et qu’il n’est point commode de nommer

Nous méconnaissons l’heure qu’il peut-être, j’ai laissé ma montre dans le véhicule. Nous ne savons depuis combien de temps nous sommes là. Surement assez longtemps, car le soleil est sorti de sa masse de nuages et brille assez haut dans le ciel.

Nous restons encore à nous régaler du spectacle ainsi que des différents chants des volatiles. Tâche compliquée d’essayer de déterminer par qui ils sont émis.

Nous apercevons un lièvre courant et bondissant, partant se cacher dans un buisson. Pas très loin, un troupeau de vaches n’ayant pas grand-chose à pâturer font tinter leurs clochettes, elles n’affolent pas les oiseaux, mais doivent attendre impatiemment leurs ravitaillements. Tiens voici le paysan qui arrive et le vacarme du tracteur fait envoler de belles nuées d’oiseaux dans des cris et chant de toutes sortes. On se croirait au bouquet final d’un feu d’artifice.

À ce moment, ayant perdu toute notion du temps envoûté par ce monde vivant, nous comprenons les propos de certains photographes animaliers qui disent perdre toute sensation de faim ou de sommeil, est-ce le même sentiment qui nous à envahit ?

Monde merveilleux, merci de nous émerveiller !

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