Île de Sao Jorge, 4 ème étape

Ce moment où l’on se reveille avec le lever du soleil, cette luminosité changeante, ces couleurs variant du jaune/orangé dans lequel on peut distinguer du blanc, sont des instants indicibles, mais nécessaire pour notre équilibre de vie.


Nous avons besoin à un moment de nous retrouver hypnotisés par le lever du soleil.


Ici c’est encore plus grandiose pour nous, car en se levant il sort de l’océan. C’est absolument extraordinaire.
Après ce temps d’extase nous savons que les choses sérieuses nous attendent. Une montée de cinq kilomètres ardue. Et quand on voit le sommet dans les nuages, on sait aussi que la différence de température va être importante.


Ici en bord de mer il doit déjà faire plus de 20°, mais là haut certainement 10° et avec le vent le ressenti sera inférieur.
Enfin pour l’instant avant ce virage à droite qui nous met face aux premiers raidars, un cœur nous encourage et nous portons un dernier regard sur cette côte prestigieuse.


Le chemin monte c’est une piste pas très large où l’on peut garder un rythme régulier, cela me va bien.
Il n’est pas question de monter sans se retourner pour apercevoir ce que nous laissons derrière nous.



La parcelle pleine de fougères était cultivée par les gens habitant les fajās. Ils avaient organisé une culture en terrasse montant jusqu’à bien un tiers de la pente.
On aperçoit bien la densité de la forêt et ces parcelles où l’on peut encore voir quelques vaches ou moutons.


Voici le même point de vue mais un peu plus haut.


Le sentier change. Maintenant ce n’est plus que pierres, voire petits rochers provoquant des marches irrégulières. Les bâtons sont bien nécessaires pour nous hisser. Pas question dans cet imbroglio de pierres de maintenir un rythme et en plus la pente s’élève. La respiration est de plus en plus courte, le cardio grimpe et des micros pauses s’imposent.
Le corps souffre, des douleurs se signalent un peu partout. Les épaules qui souhaiteraient se débarrasser du sac, le cœur qui se demande quand on va lui permettre de retrouver un rythme normal. Les muscles des cuisses lancent une brûlure quand il faut lever haut le pied pour se hisser. Quant aux pieds, ils revendiquent un chemin qui peut être en pente, mais où il peut se poser sans risquer de se tordre.

De magnifiques fleurs redonnent de l’enthousiasme.


Les malheureux, ils ne savent pas ce qui les attendent et nous non plus.
Serait-ce une torture ? Non pas du tout, une belle expérience que de repousser ses capacités.
En s’élevant, le soleil disparaît et un vent frais, puis froid souffle de plus en plus fort.

Cela n’empêche pas la sueur de dégouliner du visage ; maillot et short sont trempés. Pour l’instant, une seule chose lancinante dans le mental. Continuer, continuer, se battre avec soi-même.
En relevant la tête, on espère toujours voir la déclivité s’amoindrir et ces fichus cailloux et rochers disparaître pour un sentier régulier et herbeux.
Mais nous allons de désillusions en désillusions et nous savons bien que nous ne sommes pas encore au bout de nos peines.


Mais alors pourquoi tant d’effort ?
Pour la satisfaction personnelle,  voir de quoi on peut être capable. C’est une richesse intérieure que de repousser ses limites, de mener une lutte avec soi-même, on ouvre les portes de la joie.
Le vie est un chemin nécessitant fréquemment de gros efforts, la randonnée est son entraînement.
Cette fois-ci les nuages s’élèvent et laissent apercevoir la fin de la montée
Le chemin devient régulier et herbeux, les derniers cinq cent mètres se font sans aucun arrêt.
Cinq cent mètres peut paraitre insignifiant pourtant après un tel effort, cette importante déclivité il faut bien 8 minutes pour les parcourir. L’ensemble du corps est satisfait de retrouver un bon tempo pour terminer.
Nous avons gravi cette pente de 5 kilomètres en 2 h 15 pour 702 mètres de dénivelé.


Énorme satisfaction de soi qui apporte des vibrations de bien être, d’équilibre.
Nous sommes au col Serra de Topo et nous  redescendons au fajā de Vîmes situé sur la côte sud-ouest.



Le vent est glacial, le brouillard file comme des filaments de sucre.
Pas le choix il faut se mettre torse nu et se changer. Le corps fatigué, les mains engourdis par le froid empêche les mouvements précis et on met plus de temps que prévu.


On comprend mieux pourquoi les premiers habitants qui étaient dans les montagnes ont souhaité descendre en bord de mer.
Quelle santé nous avons quand même, car nous ne serons pas pris de rhume.
Pas le temps de se restaurer, trop venteux, trop froid et rien pour s’abriter.
Maintenant, dans 5,4 km nous allons retrouver le niveau zéro et la météo sera plus calme.


Après 500 mètres sur une route goudronnée qui permet une détente à la musculature, nous bifurquons dans un chemin labouré par le passage des vaches, spongieux où nos chaussures s’enfoncent dans des bruits peu élogieux.
Celui-ci devient sentier puis remonte, au désespoir de tout l’organisme à qui j’avais promis qu’il n’y aurait plus d’ascension.
Au sommet de cette montée le balisage indique de piquer à droite dans une sente abrupte de cailloux et d’humus. Les cuisses, à chaque pas, doivent retenir le corps pour éviter de prendre de la vitesse.

Les muscles se bandent malgré l’effort de la montée, ils restent efficaces, mais font comprendre par une brûlure leur lassitude.
Il faut une concentration extrême, car à chaque pas, ce peut être la glissade et une cascade dans cette pente rocailleuse où l’apic n’est pas loin, peut conduire à une blessure bête, telle l’entorse et devenir vite une galère.
De temps à autre, il faut effectuer un saut de cabri pour descendre d’une roche un peu haute.

La réception doit être maîtrisée pour ne pas glisser sur les feuilles mortes et humides.
De plus dans cette forêt quasi équatoriale, il n’y a pas un brin d’air. Les vestes depuis longtemps sont retournées sur les sacs et le deuxième tee shirt est déjà mouillé.
Après un kilomètre et demi de cette descente technique, nous atteignons une route goudronnée qu’il faut remonter, là le corps à envie de jeter l’éponge.
Pour le calmer, une petite pause sur un muret afin de reprendre de la vigueur. Un morceau de caramel dur, très sucré, redonne un coup de fouet.
Enfin nous lui parlons à notre corps, nous l’encourageons, nous lui expliquons le profil du terrain qui se présente à notre regard et nous le rassurons.
Fou peut être, efficace sûrement.
Nous quittons la route pour retrouver un sentier tout aussi technique sur quelques centaines de mètres.

Enfin la forêt laisse place à de la fougère et des ronces et nous avons un peu d’air.
Nous retrouvons une piste en pouzzolane, il faut poursuivre notre attention car ses petits cailloux sont toujours prêts à tendre un piège pour faire rouler le pied.


Enfin nous arrivons, le fajā est là et nous retrouvons une route goudronnée avec une certaine joie, alors que d’habitude nous n’aimons pas marcher sur ce type de sol.
Après 2h15 de montée et 2h10 de descente, notre corps ressent une forte fatigue et nous sommes heureux de trouver la terrasse d’un café.
Mais ce n’est pas un café ordinaire, car ici ils sont producteur et torréfacteur de café. Les seuls producteurs de café d’Europe.
Mais là, c’est une autre histoire que je vous raconterais sur une autre page, avant de quitter l’île.
Tout d’abord nous voulons manger. Cependant, à cette période la seule chose qu’il peut nous proposer c’est un paquet de chips.

Le jeune homme qui assure le service a un sursaut et s’exclame je peux vous faire des sandwichs. Je vais voir ce que j’ai comme pain. Il va chez lui et avec ses produits personnels revient avec deux sandwichs jambon/fromage.
C’est incroyable cette serviabilité et on se régale non seulement de cette nourriture, mais aussi de la gratitude avec laquelle c’est proposé.

Nous rechargeons nos sacs sur nos dos fatigués et arrivons au panneau précisant la suite de notre rando jusqu’à Topo à l’extrême Est de l’île.
On nous a conseillé de faire un test, nous installer au milieu de cette plateforme circulaire qui servait à sécher le grain et de parler ou chanter. Incroyable il y a un echo qui nous revient.



Mauvaise surprise, déception, le sentier est interdit et fermé pour cause d’éboulement.


Un peu désemparé, que faire maintenant ?  Ne dit-on pas que la nuit porte conseil, cela compte aussi pour la sieste.


Des toilettes publiques et des douches sont situées près de l’église, avec ce que nous avons transpiré tant dans la montée que dans la descente, une eau froide ne peut que nous ragaillardir. Il nous faut souligner que c’est quand même très pratique ces douches mises à la disposition gratuitement.


Repos et douche nous donnent la solution qui se trouve sur un panneau au pied d’une chapelle.
Un sentier régional que l’on nomme PR part de ce fajā pour rejoindre le village de Portal en longeant la côte. Après, il ne nous reste plus qu’à marcher jusqu’à la petite ville de Calheta d’où nous prendrons le bus lundi matin afin de rejoindre le port de Velas pour de nouvelles aventures.

Devinez-vous sur quelle île nous pouvons nous rendre ?
Il n’y a rien à gagner si ce n’est notre considération, un petit message pour nous dire que vous avez deviné ! Merci !
Mais avant toute chose, il nous faut trouver un petit coin pour passer la nuit. Nous amorçons ce sentier et de suite se présente à nous une montée, ce pays est intraitable pour le marcheur. Nous ne voulons pas transpirer alors nous l’abordons bien tranquillement. Juste avant que le chemin redescende, sur la gauche, une plate forme domine l’océan d’une centaine de mètres. L’espace exact pour notre tente.

Nous sommes enfin satisfaits de poser nos sacs et de pouvoir nous reposer. Je dis bonsoir à la pointe du pico et nous voici blottis dans nos duvets.


Fatigués même si nous n’avons parcouru que 14 kilomètres, ce fut une étape technique et éprouvante.
Mais les puffins viennent encore nous taquiner avec leurs cris stridents et bizarroïdes.
Pour mieux comprendre le sens de l’effort et la satisfaction que cela engendre je vous conseille mon livre :
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Le soleil se couche sur le volcan Pico.

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