Ce matin 14 mai, le réveil sonne à 4 h. Et qu’entends-je ?
Joyeux anniversaire ! De la part de ma chère et tendre!
Et oui, voici déjà 71 ans que je poussais mes premiers cris sur cette planète terre. 71 ans d’une vie riche et passionnante. Malgré des moments bien difficiles je peux affirmer que j’ai eu et que j’ai toujours une belle vie. Que celle-ci ci dure encore ¼ de siècle et tout ira bien pour dire adieu au monde matériel.
Dans mon livre « Lever de soleil sur la vie » édité chez Maïa vous pouvez découvrir une partie de cette vie.
Mais ce n’est pas le moment de se perdre en pensées et rêver, il faut se lever car une journée exceptionnelle m’attend et le cadeau de mon épouse est tout aussi exceptionnel … mais attendez encore un peu.
Tout d’abord petit-déjeuner ananas des Açores, brioche, beurre et confiture de raisin, rien que des spécialités des Açores.
Puis départ dans la nuit avec la voiture alors que les puffins font encore un tintamarre insupportable qui m’a fait passer une mauvaise nuit.

Nous empruntons une petite route de montagne qui se termine en parking.

Chaussures de marche bien lacées, bâton, sac à dos, nous grimpons une cinquantaine de marches pour pénétrer dans la maison de la montagne du Pico.
Ici un gardien vérifie que nous nous sommes bien enregistrés pour effectuer l’ascension et surtout que nous avons bien payé la somme de 25€ par personne. Puis il contrôle notre équipement, particulièrement si nous avons de bonnes chaussures et de l’eau.
Ensuite il nous fait part d’une multitude de conseils et recommandations et nous donne un GPS, en cas de problème nous pouvons communiquer avec un responsable ou alors eux peuvent communiquer avec nous, car il suivent notre évolution sur écran.
~ Pourquoi tant de prudence ?
Pour la sécurité des randonneurs, mais aussi pour protéger le site. Le gardien nous donne un certain nombre de recommandations puis toutes les interdictions telles que sortir du sentier.
En plus du paiement, le nombre de personnes en une journée est limité.
Sur cette montagne, il y a des changements climatiques très rapides, par exemple un brouillard à couper au couteau peut arriver brutalement.
Pour cette raison il y a 47 balises jusqu’au sommet, toutes numérotées qui sont des repères importants pour le randonneur.
La montée est physique et technique, en un peu plus de quatre kilomètres le dénivelé est de plus de 1100 mètres. On se trouve parfois face à un mur, certains randonneurs paniqués ou fatigués n’arrivent plus à poursuivre.
Nous quittons ce bureau, passons par la porte qui nous mène à ce rêve que nous observons depuis quelques jours.

Sur les premiers 400 mètres le chemin se trouve dans un peu de végétation , il est encore tranquille et nous permet de nous échauffer.
Nous arrivons à un premier cratère.

Le Pico est le volcan emblématique que tout randonneur se doit de gravir, mais il existe plus de 200 cratères sur l’île.
Nous sommes au-dessus des nuages et ce n’est que le début de la fête.

Ce n’est pas le sommet, mais voici une idée de la pente.

Puis on évolue dans la pierre de lave, souvent abrasive.


Nous découvrons très vite le côté extrême de cette montagne. Une fois que nous arrivons à 1500 mètres souffle un vent de face violent près à nous déstabiliser et en plus de cela glacial.

Comme nous grimpons sur la face ouest, pas question de compter sur le soleil levant.
Le spectacle est grandiose car nous sommes au-dessus des nuages.
La montée est exigeante, de par l’importance du pourcentage de la pente, mais aussi par la technicité. Nous devons réaliser une cohésion avec cette roche de lave que nous n’avons pas l’habitude de côtoyer.

Certains passages imposent l’utilisation des mains. Des petits replat permettent de récupérer avant le prochain passage escarpé.
Le vent ne nous laisse pas tranquille et les mains se glacent au point de ne plus avoir de sensations.
Le spectacle est époustouflant.




Mais en approchant du sommet enfin nous parvenons aux zones ensoleillées. Cela ranime nos sensations.

Enfin, ce paysage fantasmagorique.
Après deux heures trois-quart de monter nous voici dans la caldeira du Pico.

C’est très impressionnant de se retrouver dans l’antre de l’un de ces monstres de feu.
Si aujourd’hui tout est figé, sa dernière éruption n’est pas si vieille, elle date de 1720, à ce moment ici tout était en fusion.
C’est la terre qui nous ouvre des pages de son livre intime et immobiles nous écoutons le silence de cette montagne. Grand moment de plénitude.
Nous sommes dans la basilique de l’univers. Un silence d’or nous nourrit, c’est le plus bel endroit pour se recueillir. Remercier notre corps d’avoir pu grimper jusqu’ici et la terre de nous offrir de tel spectacle.


Le petit cône ou pico pequenho surplombe la caldeira, en le regardant on se demande bien par où nous pouvons passer.
A mi pente nous laissons nos bâtons, car il y a nécessité d’avoir les mains libres afin d’effectuer un peu d’escalade facile.


Enfin, nous voici sur le toit du Portugal mais aussi l’un des trois volcans les plus élevés de l’atlantique.
Le grand avantage de partir très tôt c’est d’être seul et de profiter de ce lieu en toute quiétude. Nous connaissons bien la gente humaine et nous savons que ceux qui vont se lever à quatre heures du matin pour fournir un effort important sont peu nombreux.
Depuis ces 2351 mètres nous ne pouvons pas admirer l’ensemble de l’archipel des Açores, mais le spectacle de cette mer de nuages est incroyable. Nous apprécions ce qui nous est offert. Une trouée dans les nuages et nous devinons quelques maisons.


Lier le bonheur des yeux au plaisir de l’effort physique ! C’est faramineux, c’est le plus beau des cadeaux, car celui-ci relie mon corps, mon âme et mon esprit.
Ce bonheur élève l’être à un état spirituel.
C’est un cadeau inoubliable !
Merci à la fée de ma vie !

A cette pointe sommital nous n’avons le droit de rester 20 minutes. Comme nous sommes seuls nous profitons pleinement de cette beauté, grace et plénitude.




Avant de redescendre du petit cône un regard sur la caldeira

pas toujours de manière très élégante mais l’essentiel c’est l’efficacité.

Arrivés au niveau de la caldeira, nous cassons la croûte. Il faut reprendre des forces pour amorcer la descente. L’effort sera différent mais important et surtout une forte concentration sera nécessaire pour bien garder l’équilibre sur toutes ces roches.
Cette lave lors de son refroidissement prend des formes ou des couleurs particulières.



On distingue bien les tunnels de lave. Ici la lave s’est écoulée doucement, petit à petit elle s’est refroidie en surface pour former une croûte. Mais l’intérieur a continué à s’écouler ce qui forme des tunnels sur les flancs du volcan.


Ces tubes se vident à la fin des éruptions, laissant des galeries.
Leurs dimensions sont très différentes, celles que vous voyez sur les photos sont de la taille d’un tuyau d’autres on y pénètre et sont visitable, debout, accroupie ou en rampant.
Aux Açores un tunnel de 5 kilomètres de long peut être visité.

Avec Laetitia nous avons eu l’occasion d’en visiter au volcan de la Fournaise sur l’île de la Réunion, c’est impressionnant.
Terminé de se prélasser en ce lieu quasi mythique, nous abordons la descente. Heureux d’avoir effectué cette découverte et un peu nostalgique, car nous savons bien qu’il y a peu de chance que nous revenions ici.
Mais tout est gravé dans nos cœurs. N’est-ce pas l’essentiel ?
Dans cette descente toujours le vent et la mer de nuages.

Nous sommes bien contents d’avoir fait l’effort de nous lever très tôt, nous avons pu profiter en solitaire du sommet et des sentiments de joie que diffusent le panorama et notre satisfaction.
Depuis que nous avons quitté le pico pequenho, les gens arrivent, qu’est-ce qu’ils peuvent faire comme bruit. Ils parlent fort, crient, rient, le lieu perd de son intensité.
Dans notre descente nous croisons de nombreux randonneurs qui montent, si nous avons eu froid eux ont chaud et souffrent encore plus que nous ce matin.
Enfin toujours cette mer de nuage et une balise qui aide si bien le randonneur car même avec une bonne visibilité on se demande bien parfois où il faut passer.
Un peu plus bas, les nuages se dispersent enfin et l’on aperçoit terre et mer.

Un dernier regard sur cette montée, ceci n’est qu’un aperçu du démarrage, le sommet est bien plus loin.

Une pause devant le logo du parc.

Nous sommes partis à 6h20 et il est 13h30 pour 9 kilomètres et 1172 de D+ et de D-.
La personne présente au bureau à qui nous remettons les GPS nous donne notre diplôme, belle surprise !

En ce début d’après-midi, nous nous rendons dans la localité de Madalena, pour un repas mérité et une bonne bière.
Demain après l’étape sportive, nous serons dans une journée gastronomique.
