… Elle n’a pas le temps de comprendre ce qui se passe déjà, Gaston lui tend la main, et l’invite à danser.
Si ses pieds ont vite retrouvé le pas de la valse, son cœur est en fête et chante vive la retraite ! Je retrouve mon Gaston, pense-t-elle joyeuse, voilà des années qu’il ne m’avait pas emmenée guincher.
Malgré les poignées d’amour de Georgette et le ventre de Gaston, ils virevoltent avec légèreté et donnent l’impression de planer au-dessus du sol, c’est gracieux et romantique. Ils ont gardé de la souplesse, pourtant le travail et les soucis leur avaient retiré le temps de faire de l’exercice et Gaston disait en riant :
— Tant que je vois mon petit oiseau, tout va bien.
Leurs visages inondés d’un sourire enchanteur sont radieux et Gaston glisse à son épouse.
— Rien de tel que la valse pour rester jeune !
Il est vrai que dans leur jeunesse aucune danse n’avait de secret pour eux, du tango au paso doble, du rock au twist ou même le séga. Mais c’est bien la valse qu’ils préfèrent et Georgette se souvient de cette année où ils avaient fait des folies pour leur bourse en allant fêter l’an neuf à Vienne. C’était l’anniversaire de leurs dix ans de mariage et ils désiraient que ce soit marqué par un événement incroyable. Georgette, magnifique portait une robe longue et Gaston vêtu d’un costume impeccable avec un nœud papillon fut son héros. La nuit entière, ils dansèrent sur les airs merveilleux de Johan Strauss.

Ce soir, c’est une ambiance de guinguette, mais la surprise pour elle est féérique et la comble de bonheur.
Les notes s’éteignent doucement afin de permettre aux danseurs de reprendre leur souffle et de boire un petit verre afin de se rafraîchir. C’est bien ce que font nos heureux valseurs, elle porte à ses lèvres un verre de vin blanc bien frais, un vin qu’elle aime car il est moelleux, un gewurztraminer. Gaston lui coupe le souffle :
— Georgette ! Je t’aime comme il y a quarante ans ! Alors pour cette retraite nous allons vivre nos rêves. Tu te souviens des voyages que nous envisagions d’effectuer ?
— Oui, tout à fait, la Grèce, les pays baltes, la Suède et la Norvège et aussi l’Espagne. Et nous sommes restés dans notre petite ville, enfin nous avons quand même bougé un peu en France, dit-elle sur un ton nostalgique. Nous avons fait avec nos moyens et la priorité était que les enfants ne manquent de rien, j’estime que nous avons réussi ce bel objectif. Même si nous voyons peu Olivier qui court le monde avec son métier de grand reporter, il est heureux et voyage pour nous. Quelles sont belles les photos qu’il nous transmet.
— Oui, tu as raison, mais maintenant nous allons penser à nous et j’ai un plan.
Alors là Georgette le regarde médusée, qu’a-t-il bien pu manigancer ?
— Jean-Yves notre ami vend son camping car, plus assez confortable dit-il pour son âge. Je me marre quand j’entends cela, enfin c’est un autre débat. Nous on s’en fout. Moi, je te propose de le racheter et on se libère de tout, maison, meubles et on s’envole où tu veux ma Georgette. À nous la liberté, à nous les rêves, à nous les valses de la jeunesse!
Pour l’instant, les voici repartis tourbillonner sur leurs airs préférés. Il va sans dire qu’ils dansèrent comme des effrénés une partie de la nuit et que leurs discussions eurent du mal à se tarir sur la multitude d’idées qui se bousculaient dans leurs têtes. Seul le sommeil eut raison de leur enthousiasme.
Le camping-car ne porte pas l’âge des années, car Jean-Yves est un méticuleux presque maniaque, il est rutilant et fait le bonheur de nos tourtereaux retraités.
Ils ne savent pas encore quelle sera leur direction, nous l’avons bien compris, elles sont nombreuses et nous allons les laisser se dépatouiller devant les cartes qu’ils déplient un peu partout. Leurs doigts se posent à chaque fois sur un site, une ville ou une montagne avec de grandes exclamations, ils veulent aller partout, tout découvrir, être éblouis et fascinés. Ils vont en avoir pour un moment avant de se décider.
D’un autre côté, ils ne perdent pas de temps, ils ont mis en vente leur maison qui part aussi vite qu’un petit pain, car si Jean-Yves est maniaque Gaston et Georgette ont toujours tout bien entretenu. Les acquéreurs non qu’à amener leur mobilier et s’installer, même dans le jardin il y a déjà des légumes. Ils se libèrent de leurs meubles et gardent quelques caisses avec des livres, un peu de vaisselle et des objets qui ont un lien sentimental.

Leur deuxième fils, David, habite le plus haut village d’Alsace, Aubure. Réputé pour sa situation exceptionnelle, niché à 800 mètres d’altitude sur un plateau en forme de cuvette, c’est un lieu reconnu pour son air pur. Une petite parcelle de prairie est à vendre à proximité du chalet en fuste de leur fils. Ils n’hésitent pas à acquérir ce bout de terre où se trouvent quelques arbres fruitiers. Pour Gaston, c’est important d’avoir des arbres et de les préserver car c’est grâce à eux que l’harmonie de notre planète existe. Autour d’un arbre c’est une biodiversité incroyable entre les insectes, les oiseaux et les petits rongeurs. Mais nombreux ignorent la vie qu’ils donnent sous terre, leurs racines sont deux fois plus importantes que leur houppier. En plus de cela, ils apportent la fraîcheur et l’humidité dont nous avons tant besoin en cette période de dérèglement climatique.
Souvent dans des débats passionnés, il invective l’État qui devrait imposer une demande d’autorisation à chaque fois que l’on veut couper l’un d’entre eux. C’est avec les larmes aux yeux qu’il voit les abatteuses arrivées dans les forêts détruire le sol et sans respect abattre en quelques secondes ces arbres qui ont mis plusieurs dizaines d’années à grandir. Lui le charpentier a toujours eu une admiration pour les poutres qui allait abriter une chaleureuse demeure, il les caressait et les remerciait des années de service qu’elles allaient offrir aux habitants.
Georgette est plus apaisée et pense que c’est bien d’avoir un petit morceau de terre, car on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait.
— Comme ça, dit-elle en riant, nous aurons un coin pour stationner notre cabane et planter deux salades.
C’est à ce moment que Gaston sort de ses pensées :
— Tu ne veux quand même pas faire de moi un lapin!
— Mais non, nous n’aurons qu’à en élever des lapins et des poules et en plus nous aurons aussi des fruits avec les pommiers.
— Je n’oublie pas que tu aimes mordre dans le fruit défendu !
Et ils éclatent de rire tous les deux, pour l’instant ils ont la retraite et toute la richesse du monde.
L’automne arrive et…
À suivre…
Merci Marie, avec de la patience la suite tous les deux jours peut-être bien jusqu’à fin août.
Nous avons récupéré notre véhicule mais nous n’avons pas envie de partir trop vite.
Bises
J’aimeJ’aime
Merci pour la suite qui donne envie de connaître encore et encore une suite
Bisous
Marie Mimi
J’aimeAimé par 1 personne