Episode 4

…. Et ils éclatent de rire tous les deux, pour l’instant ils ont la retraite et toute la richesse du monde.

L’automne arrive et ils ont refermé la porte de leur maison en la remerciant des belles années qu’elle leur a offertes, encore quelques préparatifs pendant lesquels ils s’installent sur leur terrain. Doucement, les feuilles glissent vers des couleurs flamboyantes, chatoyantes et les colchiques pointent leur nez au milieu des prairies bien vertes, mais dans le ciel, point de nuages qui s’étirent.

En cette soirée d’été indien comme cela arrive souvent en cette belle région d’Alsace, ils se retrouvent avec leur fils David et sa famille autour d’un brasier où les flammes sont vives. Les saucisses et les brochettes attendent qu’elles se calment pour aller se faire dorer afin de ravir les papilles gustatives de la petite troupe. Pour l’instant, les réjouissances commencent par l’apéritif local, l’amer bière qui désaltère, accompagné de bretzel bien frais.

David, leur lance :

— Dis donc les camping caristes on les connaît, c’est l’apéro, la chaise longue, des repas bien caloriques à nouveau l’apéro et surtout peu d’activités. Alors moi je vous le dis tout de go, bonjour les futurs bibendums ! 

Georgette et Gaston sont interloqués, ils n’ignorent rien de son franc-parler, mais là c’est une provocation. Ils se regardent et mettent quelques minutes pour digérer les propos légèrement violents.

Il ne leur laisse point de temps de réflexion et renchérit :

— Je ne suis pas médecin, mais quand je vois déjà ta bedaine papa tu cultives le terrain pour un infarctus.

Gaston, pas fâché pour le moins du monde consent :

— Mais tu as raison fiston et se tournant vers Georgette, tu te souviens avant que ce garnement ne vienne au monde comment nous étions sportifs. Marcher trente kilomètres dans ces montagnes ne nous inquiétait pas le moins du monde. En vélo, on grimpait le Platzerwasel, ou le Grand Ballon. Ta réflexion ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd.

— C’est que je trouverais dommage que vous ne profitiez pas de cette retraite pour cause de problème de santé, ajoute David.

Estelle, la femme de David a beaucoup d’affection pour ses beaux-parents et elle les interroge:

— Alors avez-vous défini le pays où vous voulez vous rendre ?

— À la veille de l’hiver, répond Georgette, nous irons vers le sud, mais nous hésitons entre la Grèce, l’Italie et l’Espagne.

— Quelle que soit votre destination, n’oubliez pas les propos de Gandhi: « Le plus grand voyageur n’est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même. «

Sur ces belles paroles, David invite sa famille à partir se coucher et dit bonsoir à ses parents.

Ils se retrouvent seuls et Gaston s’adresse à son épouse.

— C’est intéressant les citations d’Estelle et elles me font cogiter. Par contre celle de David m’a secoué, demain nous allons à Strasbourg.

Étonnée, elle le regarde :

— Tu as besoin du bruit de la ville maintenant que nous sommes au calme de la campagne que tu réclamais sans cesse ?

— Ne t’inquiète pas, j’ai mon idée.

— Et bien dis donc avec toutes tes idées, tu me plais toi! Si je ne t’avais pas marié, je crois que je te demanderais en mariage.

Il la prend dans ses bras et l’embrasse comme de jeunes amoureux à qui populairement on fait cette remarque absurde « ça vous passera avant que cela nous reprennent ». Et bien justement avec la retraite, le Gaston, ça lui reprend, la fougue, les idées, l’amour de la vie !

Le lendemain, ils reviennent de la ville, le coffre de leur voiture déborde de sac en tout genre. Georgette se tourne vers lui :

— Mais dis donc je ne m’attendais pas à cela, mais je suis heureuse de ta décision et je sens que nous allons retrouver une forme physique.

Ils déballent leurs achats, des chaussures et des bâtons de marche, des sacs à dos, une popote avec un réchaud enfin tout l’équipement pour randonner et même bivouaquer. Ils ont aussi acquis deux vélos tout chemin, le vendeur voulait les orienter vers des vélos électriques, mais ils ont refusé. Gaston argumentant :

— Pour garder la forme que nous n’avons pas tout à fait perdue, il faut savoir fournir quelques efforts qui ne nous font pas peur.

Après avoir rangé tout ce nouveau matériel dans le camping-car et accroché les vélos, ils se retrouvent tous les deux à discuter.

— Quand je pense, dit Georgette, que nombreux sont ceux de notre âge qui recherchent des maisons de plain-pied. Ils sont déjà dans l’idée qu’ils ne pourront plus monter d’escalier, je me demande si nous ne sommes pas un peu fous.

— Mais ne serait-ce pas cela la vie ? Avoir un brin de folie. Nous avons été sages comme des images, enfermés dans trop de principes pendant toutes ces années, il est temps de libérer nos énergies. Cela fait belle lurette que je ne m’étais pas senti aussi léger, j’ai la sensation de revivre.

Quelques jours plus tard, après les étreintes et l’au revoir avec les enfants, les voici abordant les routes de France en fredonnant de vieux refrains de leur enfance.

Mais où vont-ils ? Pour l’instant, ils hésitent toujours. Est-ce bien sérieux de mettre les voiles alors que la destination n’est pas déterminée ?

Justement, ils ont décidé de ne plus être raisonnable, de vivre leur quotidien comme ils l’entendent, de ne plus s’embêter à programmer ou organiser et de faire confiance en l’existence.

Ils savent qu’ils vont s’arrêter chez des amis dans la vallée du Rhône.

Gaston, qui est attiré par les volcans, rêve d’Italie. Il se verrait bien randonner du côté du Vésuve, du Stromboli ou même de l’Etna.

Georgette souhaite visiter l’Espagne, elle aime les danses de flamenco et désire découvrir l’Andalousie et sa capitale Séville, cette région étant l’âme de cette danse.

Comment faire ? se demande Gaston, que la situation inquiète. L’un doit céder à l’autre avec des risques de disputes ou de reproches. Ce n’est pas comme cela que je concevais notre voyage. Désappointé, une idée saugrenue l’atteint, nous aurions mieux fait de rester dans notre routine.

Est-il envahi de regrets au point de saboter leur périple ?

A suivre..

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