… Gaston ne réagit pas. Il est bien embêté, l’Italie le titille, mais il a aussi envie de faire plaisir à Georgette. Après un certain temps de silence pendant lequel il se tarabuste, réfléchissant et calculant sa réponse, elle finit par lui lancer :
— Mais enfin Gaston, toi qui est capable d’un merveilleux discours sur la gratitude et qui m’a procuré une belle émotion, tu ne vois pas le message de la vie que nous avons eu ?
Il se retourne vers Georgette, le regard éteint. Elle insiste :
— Je ne pensais pas que le Côtes du Rhône était à ce point un anabolisant.
Tout à coup l’illumination lui parvient : il s’écrie :
— Le Portugal !
— Et bien, tu en as mis du temps, mais bien sûr le Portugal! De la manière dont Ernesto nous l’a décrit, je voudrais déjà y être.
— Cela m’enchante bien entendu et le volcanisme je le trouverai aux Açores.
Ils profitent des paysages fabuleux des différents massifs Ardéchois et admirent cette multitude de rus qui prennent leurs sources au pied du Mont Gerbier-de-Jonc pour former ce fleuve sauvage qu’est la Loire.
Cette fois-ci ils s’engagent vers le sud en direction de ce petit pays de la péninsule Ibérique.
Ils visitent les lieux recommandés par Ernesto et régulièrement lui envoient des photos. En lisant ses réponses, ils comprennent que le fait de suivre ses conseils, cela le rend heureux, comme quoi dans la vie rien ne sert de se casser la tête, il suffit d’être soi-même, avoir de la gentillesse sans stratégie ou arrière-pensée. Juste donner avec amour.
D’ailleurs ne serait-ce pas le comportement de ces Portugais qu’ils rencontrent ? Ils sentent qu’ils sont ravis de parler de leur région, de leurs traditions et comme le disait Ernesto, ils sont pourvus d’une grande affabilité.
Ils ont prévenu le cousin Afonso de leur arrivée. Ils ne s’imaginaient pas que leur venue serait l’occasion d’une fête où une partie de la famille d’Ernesto est présente. Accroché à une broche, un cochon de lait tourne au-dessus d’un lit de braises qui fait déjà saliver Gaston.
Afonso explique avec simplicité cet accueil :
— Les amis d’Ernesto sont nos amis, alors bienvenue!
Avant de passer à table, Afonso les conduit sur le fameux terrain qui n’est pas bien loin. Il leur précise qu’ils ont de la place, car il fait près d’un demi-hectare, il est arboré de chênes-lièges et verts, mais aussi de caroubiers, oliviers et figuiers. Georgette n’a pas le temps de relever, il poursuit :
— Voici l’emplacement idéal, nous abordons l’hiver il vous faut du soleil, ici vous êtes plein sud et vous l’avez de son lever à presque son coucher. Vous serez bien, j’ai tiré un tuyau pour que vous ayez de l’eau. En ce qui concerne les eaux usées et les toilettes, j’y ai déjà réfléchi, mais installez-vous et venez vite nous rejoindre.

Georgette arrive quand même à poser sa question :
— Qu’est-ce qu’un caroubier ?
Gaston est parti chercher la « maison mobile « comme la nomme Georgette. Pendant ce temps, Afonso lui explique les secrets du caroubier.
— C’est un arbre exceptionnel, lorsqu’on voit son tronc, creux, torturé on s’imagine les turpitudes qu’il connait pour grandir. Parfois on peut avoir la sensation qu’il est pourri, mais il repousse de plus belle et donne toujours de grandes quantités de fruits, la caroube. Celle-ci ressemble à un gros haricot plat, elle devient intégralement noire quand elle est mûre. Elle est utilisée pour la fabrication de différents produits, particulièrement en parapharmacie en séparant la pulpe et la cosse. Ici en Algarve on en fait de la farine qui a un goût de chocolat. C’est aussi une belle histoire, le terme carat, l’unité de poids des pierres précieuses, trouve son origine dans la graine du caroubier. Cette graine remarquablement constante en poids a été utilisée depuis l’antiquité comme contrepoids dans le commerce.
— Et bien sacrément intéressant cet arbre, je reste fréquemment médusée face à tout ce que la nature réalise comme exploit et nous offre pour nous nourrir.
— J’aurai encore l’occasion de te parler de ma région, mais il faut que je surveille la cuisson du porcelet.
Georgette et Gaston s’installent et avec cet accueil bienveillant ils se sentent déjà chez eux. Ce qu’ils apprécient en ce lieu, c’est le calme. Gaston sur les chantiers passait sa journée dans le bruit, quand à Georgette, à la fin de sa carrière, elle n’en pouvait plus du brouhaha entre la musique dans le magasin et les clients qui parlaient fort, elle rentrait épuisée nerveusement.
Pour eux le plus beau cadeau c’est ce silence qu’ils trouvent régénérant. Cela ne sera pas trop le cas de la soirée qui se déroule sous les meilleurs auspices. Ils sont nombreux, ils sont tous là, les cousins et cousines, les tantes et oncles et peut-être des voisins, une trentaine de personnes pour accueillir les amis d’Ernesto. Pour que l’ambiance soit parfaite et que ces Français découvrent la tradition portugaise, résonne une musique folklorique. Gaston garde en souvenir cette viande tendre et moelleuse, il n’a cessé de se resservir ce qui a apporté une grande fierté à Alonso qui considère que son plat est exquis.
Le quotidien s’organise, des repas, des visites, de la lecture, car c’est une activité qui permet de laisser bercer l’imaginaire, qui ouvre l’esprit et permet comme le disait Bernard Pivot d’être moins con que les autres. Ils ont des projets de voyages à vélo et de longues randonnées. Pour se préparer, ils se baladent au minimum une à deux heures tous les jours, d’autrefois ils partent pour la journée, pour entraîner les épaules à supporter le sac à dos. La profusion de sentiers de promenade très bien balisés leur donne un choix important.
Voici déjà les fêtes de fin d’année et Ernesto arrive. Il est heureux de constater que Georgette et Gaston sont bien installés et font partie de la famille. Les entendre parler avec passion des lieux qu’ils ont visités l’enchante.
— Et n’oubliez pas, un jardin au milieu de l’océan : les Açores.
— Oui, oui, dit Gaston un peu désinvolte.
Ils se sont intéressés à cet archipel, mais ce qui freine Gaston c’est le nombre d’avions à emprunter, les obligations d’horaires et l’empreinte carbone alors que chaque jour ils sont attentifs à leurs actions.
Pour le moment, notre couple de retraités n’en revient pas, nous sommes en janvier, la météo est clémente et le soleil diffuse une douce chaleur. Mais le plus surprenant pour eux c’est de voir le vert éclatant des prairies où éclosent des fleurs aux multiples couleurs. Dès le matin, des oiseaux chantent à tue-tête particulièrement le cochevis huppé. Les papillons déjà se pourchassent dans une danse légère et capricante de fleur en fleur.
Un jour, Gaston annonce à Georgette enthousiaste :
— J’ai eu David au téléphone, il me parle de neige, de temps gris et humide qui pénètre partout, je remercie cette rencontre avec Ernesto.
Et Georgette précise :
— Remercier Gaston, ce ne doit pas être juste des mots lancés en l’air par principe. Cela s’effectue avec une sincère intention et ce comportement de gratitude avec la vie l’invite à être douce avec nous.
— Puisque la vie est douce avec nous, je te propose de partir plusieurs jours à vélo et d’inaugurer notre tente.
— C’est une bonne idée et où comptes-tu m’emmener, car je suis certaine que tu as déjà trouvé un itinéraire.
— Je te suggère de nous rendre dans le massif de Monchique puis de rejoindre la côte ouest pour retrouver l’éco-via et prendre la direction de la frontière espagnole. Comme cela tranquillement l’on va découvrir toute la côte de l’Algarve.
Il ne leur faut que quelques jours pour préparer toutes les affaires, prévenir Alonso et l’inviter avec sa femme à un pot de départ. On est bien originaire d’un pays où tout commence et se finit par des ripailles, mais pour l’occasion on évite les bagarres comme nos ancêtres les Gaulois.
Leur entraînement a été efficace et c’est avec plaisir qu’ils montent aisément le Mont Foia qui culmine à 902 mètres d’altitude, ils sont presque dans un état de grâce d’avoir retrouvé une telle forme.
Quant aux nuits, si au début ils se rendent dans les campings, très vite, ils décident de s’installer en bivouac sauvage, car cela donne beaucoup plus de liberté. Gaston précise :
— On choisit le lieu où l’on a envie de dormir, on s’arrête quand on le souhaite. Je trouve que c’est un grand bonheur que de pouvoir me soulager dans la nature, en prenant bien garde de recouvrir le tout de terre ou de cailloux, pour cela nous avons une pelle pliante. Notre objectif étant de laisser notre passage invisible.

Dans ce périple ce n’est pas seulement le fait que le soleil brille au quotidien qui les rend heureux, c’est de vivre dehors en lien avec la nature. Sur leurs vélos, il siffle, elle chante, ce qui les amène déjà à la ville d’Olhao. Charmante ville côtière face au parc naturel de la Rio Formosa, elle a une riche histoire. Il est intéressant de visiter l’ancien quartier des pêcheurs et ils retiennent que les deux halles du marché ont été conçues par le célèbre Gustave Eiffel. Tout au long de ces halles, il y a de nombreuses terrasses qui invitent à la dilettante.
Au moment où ils accrochent leurs vélos à des installations prévues à cet effet avec dans l’idée de s’offrir une bière, arrive un couple eux aussi à vélo, mais bien chargés. Sacoches à l’arrière, à l’avant, ainsi qu’au guidon et encore des sacs sur le porte-bagage. Après avoir jaugé les vélos, les cyclistes se regardent, se sourient et chacun s’interroge dans quelle langue s’adresser. Gaston dans sa spontanéité oublie qu’il est à l’étranger et se lance :
— Bonjour, vous êtes bien chargés !
C’est au moment où la jeune femme va lui répondre qu’il se rend compte que sans réfléchir il a parlé en français alors que ce sont sûrement des Allemands ou des Hollandais. D’ailleurs, il n’y a qu’eux pour avoir de tels équipements et Gaston a de suite remarqué que les vélos sont de marque allemande. Mais il est scotché, quand il entend cette voix féminine douce lui répliquer :
À suivre…
C’est fait exprès 🤣 Bises
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Vivement demain !Arrêt en plein suspens 😜😜
Bises
Marie mimi
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