Episode 9

Elle ne dit rien, mais roule de gros yeux dont les éclairs sont plus violent que ceux de l’orage. Alors il se reprend pour la calmer …

— Ne pose donc pas tout le temps de questions. Tes parents ne t’ont pas appris les principes de l’article 213 du Code civil d’avant 1970 : la femme doit obéissance à son mari et le mari protection à sa femme » .

Elle ne dit rien mais roule de gros yeux dont les éclairs sont plus violents que ceux de l’orage. Alors il se reprend pour la calmer

— Ce que femme veut, Dieu le veut. Je t’invite à une petite aventure, nous empruntons le bateau qui effectue la navette entre les deux pays, alors bonjour l’Espagne et le rêve de Georgette.

Georgette faillit en lâcher son vélo pour lui sauter au cou comme à leurs vingt ans. Elle repense à Mari-Pili, l’amour n’a pas d’âge, c’est bien vrai, se dit-elle et il brûle tel un feu intense quand on y met de l’inédit et du surprenant.

Les rêves même quand ils se réalisent ont une fin. Ils laissent dans des tissus inconnus de l’organisme des souvenirs merveilleux qui rendent la femme ou l’homme ayant pu les réussir plus heureux, plus humain, plus social. Il y a quelque chose de miraculeux qui a changé en eux. Un jour, le rêve s’en est allé au-delà des océans, au-delà des étoiles de la lune et du soleil s’inscrire quelque part en lettres dorées, bonheur à partager !

Mais à ce stade, Georgette ignore où son mari l’emmène, elle le voit foncer comme si tout à coup il y avait une urgence. Elle se dit mais il est fou, je souhaiterais bien profiter un peu de cette Espagne. Les pauses sont rares, c’est tout juste si Georgette a le temps de faire pipi. Enfin au moins il lui paye le restaurant à midi, en guise de consolation. Après trois jours de ce rythme endiablé, Georgette a ses yeux qui sortent des orbites quand elle aperçoit le panneau Séville. Il l’emmène à Séville, son rêve. Elle chante, l’appelle. Elle fait un tel tapage que Gaston s’arrête et lui demande de se calmer. 

— Mais tu ne te rends pas compte de ma joie, oh mille fois merci !

— On va aller se poser, j’ai loué une chambre. On prend une douche et on s’habille un peu plus proprement et alors tu auras ta surprise. Pas besoin d’occasion, c’est le cadeau de l’amour.

À partir de là, son cœur bat la chamade et son cerveau tourne plus vite que lorsqu’ils valsent, car elle se demande bien ce qu’il a prévu le bougre. Les voici sortant de leur location, beaux comme des sous neufs, Gaston tient Georgette par la main et marche d’un bon pas. 

— On est arrivés ! 

Georgette lève la tête et ce sont de douces larmes de joie qui coulent sur ses joues. Elle lit :

— Musée du Flamenco.

 Gaston précise :

— Avec spectacle ce soir. 

Alors là Georgette craque, rit et pleure, elle se demande si de sa vie il lui a déjà fait une telle surprise. Tu te souviens lecteur, avant qu’ils décident de voyager au Portugal, le rêve de Georgette était l’Espagne et particulièrement l’Andalousie pour le flamenco. Et bien, son Gaston sans rien dire n’avait pas oublié et il a agit.

Elle grave dans sa tête cette phrase inscrite à l’entrée du musée : 

Voici un art de la confluence. Mélange d’Orient et d’Occident, de mode grecque et de tambours africains, de chansons andalouses et de romances castillanes, de gitans et de noirs, de joies et de douleurs, de théâtre et de fêtes. Originaire d’Andalousie et citoyen du monde.

Ils apprécient tous les deux cette phrase et particulièrement dans le contexte de haine montante.

Ce fut pour elle une soirée incroyable à se trouver dans l’antre de sa danse préférée et à quelques mètres des danseurs.

Quelques jours plus tard, ils sont de retour à la maisonmobile. Georgette a encore toute cette musique et ces danses dans la tête. Les retrouvailles avec Alonzo et son épouse s’effectuent dans de grandes exclamations et Georgette s’étouffe presque, les mots se bousculent dans sa bouche car elle voudrait tout raconter d’un trait et cela n’est guère possible. Une fois assise devant une sangria, elle reprend son souffle et y arrive. Elle raconte tout cela avec une telle passion qu’une importante émotion atteint le couple. 

La rencontre avec les cyclistes Alsaciens a mis en émoi Georgette et Gaston, ils sont conscients que passer toutes leurs journées allongés dans un hamac à attendre que la digestion se fasse, n’est pas sain. D’autant plus que l’un et l’autre aiment cuisiner et c’est presque une concurrence qu’ils se lancent dans des plats sophistiqués ou les parfums enveloppent toutes les papilles et ravissent le corps pour l’après-midi. Sachant que pour Gaston impossible qu’un bon repas soit accompagné par de l’eau et il a toujours une excuse auprès de Georgette : 

– Regarde toute cette variété de vin qu’ils nous proposent de l’Algarve au Douro en passant par l’Alentejo. Cela serait une offense envers ces viticulteurs de ne pas déguster leur boisson divine qui fait danser nos cellules, si j’écoute bien je les entends chanter, comme ces chœurs de l’Alentejo.

Georgette secoue Gaston, il a les yeux mi-clos:

— Tu rêves encore à je ne sais quel dessert. Peut-être hésites-tu entre une forêt noire bien arrosée ou un brigadeiro du Portugal. 

— Mais, mais, balbutie-t-il.

– Allez debout gourmand fini de faire du gras, tu crois que Pierre avec sa mignonne Mari-Pili a le temps de se prélasser comme cela s’il veut rester à la hauteur ? Il faut qu’il se bouge ! Moi aussi je veux un homme en forme vient, prenons la carte de l’Algarve et détaillons le parcours de ce Gr13, la via Algarviana. Il est bientôt temps de nous y lancer, le mois de Mars arrive et Alonzo nous a mis en garde, à partir d’avril les chaleurs s’élèvent et nous n’aurons plus le même plaisir.

— Et bien ma belle Georgette, je constate que cette rencontre t’a revigorée. Tu n’as pas plutôt envie d’effectuer une sieste avec moi ? À l’inverse de ce que tu dis, je ne songeais pas aux pâtisseries, mais à de mignonnes vahinés que tu accompagnais en balançant ton fessier qui me donne des frissons partout.

– Gaston cela me touche que tu rêves de moi en tenue légère, voire érotique, mais pour l’instant je suis sérieuse, je cherche la carte et on se retrouve autour de la table.

Georgette déplie le plan et les voici penchés pour repérer cet itinéraire qui apparaît en rouge.

Georgette fait la remarque : 

– On démarre du village d’Alcoutim situé sur la rive du Guadiana. 

– Oui, j’ai lu que c’est un charmant village où les maisons blanchies à la chaux descendent en cascade vers le fleuve, en face côté espagnol, il a son pendant, le village de Sanlucar. De celui-ci part une tyrolienne, après une longueur de 720 mètres, tu rejoins Alcoutim. Je peux te regarder passer 100 mètres au-dessus des flots, atteindre une vitesse comprise entre 70 ou 80 km/h, pendant que moi à la terrasse du restaurant O Contrabandista, je déguste le steak du contrebandier. 

Excuse-moi ami lecteur de cette interruption qui j’espère ne va pas te perdre sur les sentiers des contrebandiers, mais je te dois une explication, pourquoi tant d’honneur pour des trafiquants ? Deux pays qui ne furent pas toujours frères, l’un plus riche que l’autre, juste un fleuve à traverser tout est réuni pour organiser la contrebande qui fut importante ici. Si tu te rends à Alcoutim, tu pourras même admirer la statue du douanier et cent mètres plus haut celle du contrebandier. Mais revenons auprès de notre couple.

– Alors là, mon vieux, je suis certaine que c’est un rêve qui ne va pas se réaliser. En 10 jours nous allons parcourir les 300 kilomètres qui vont nous permettre de rejoindre le Cap St Vincent sur la côte ouest. Ce n’est pas une raison pour se gaver au quotidien avec ce refrain je fais des efforts donc il faut que je me nourrisse.

– Ne t’emporte point, je te propose ma chère que nous fassions tous les deux cette tyrolienne. Après un tel exploit pour nous, on mérite un bon repas et on démarre notre trek.

– Elle le regarde hébétée, mais tu es tombé sur la tête ou quoi ?

– Tu sais, les folies sont les seules choses que l’on ne regrette jamais ! Et puis, on en boucherait un coin aux enfants. Rien qu’à imaginer leurs têtes, je me marre déjà. Allez on tente le coup, quand on est sur la plate-forme de départ si vraiment cela te fait trop peur, il n’y pas de honte à faire demi-tour, l’essentiel n’est-ce pas d’essayer ?

Un matin, Alonzo et son épouse les conduisent à Alcoutim. Bien entendu, ils les emmènent pour rendre service, mais entre eux ils avouent qu’ils sont bien curieux de les regarder suspendus au-dessus du vide. Gaston a bien motivé Georgette. Il n’y a pas de pont qui relie les deux bourgades et c’est en bateau que nos retraités traversent le fleuve pour se diriger vers le point de départ. Le couple de Portugais s’est installé à la terrasse d’un restaurant pour trinquer et les ovationner s’ils réussissent.

Georgette va- t-elle réussir ?

A suivre…

Laisser un commentaire