Episode 11

… Salut les tourtereaux et surtout n’oubliez pas, la vie est un jeu, amusez-vous quelque soit l’âge.

Ils reprennent leur marche, Gaston se retourne vers Georgette et lui dit :

 – Tu vois qu’on a bien fait d’être un peu fou et de nous lancer ce défi de la tyrolienne. Cela fait peur, on hésite, on n’ose pas. Une fois dépassé cette limite, on est fiers de nous et les vibrations légères de la vie se glissent en nous.

– C’est tout à fait cela, tu as raison.

– Petit à petit, le vélo qui tourne sans cesse dans la tête avec des idées de méfiance et de doute sur nos capacités, se calme. Je ne sais pas comment cela se passe. Peut-être change-t-il de direction ou alors fait-il du rétropédalage ? Voilà que la confiance s’accentue, qu’une allégresse s’élève plus fréquemment et procure de l’assurance. Le sourire et les yeux qui pétillent d’optimisme gagnent et la vie devient plus suave. L’essentiel ce n’est pas le but, c’est d’essayer, si tu réussis c’est le gâteau sur la cerise !

J’ai failli intervenir pour lui dire Gaston tu as inversé la citation, mais le connaissant je pense qu’il l’a fait exprès.

— Eh bien tu m’en bouches un coin et je dois avouer que depuis Alcoutim je ne me reconnais pas tout à fait, j’ai plus d’enthousiasme, j’ai envie de mordre dans la vie.

– C’est bien cela Georgette, l’idée n’est pas de faire comme les aventuriers que je lis. Franchir des rivières avec des crocodiles ne m’inspire pas ;  mais découvrir en soi des expériences qui nous tente et les mettre en œuvre voilà qui est palpitant.

Pour l’instant, ils sont très satisfaits de leur randonnée. Ils abordent les flancs du massif de Monchique. La végétation change, c’est plus minéral dans l’ascension du Picota et dans celle du Mont Foia, ils retrouvent des feuillus tels que des noyers ou des châtaigniers. Dans cette succession de longues montées au pourcentage important suivie de descentes tout aussi pénibles, ils ont une grande pensée pour le septuagénaire Joseph croisé quelques jours plus tôt. 

— Après la tyrolienne, déclare Gaston, je crois que je souhaite continuer à nous lancer des défis un peu fous où l’on s’amuse et qui marque notre cœur de merveilleux souvenirs.

– Faisons confiance, il y a bien quelques activités intéressantes qui vont se présenter à nous.

Gaston inspire profondément plusieurs fois, il se retourne vers son double : 

– Le parfum de l’air change, ça sent les embruns nous devons approcher de l’océan.

Effectivement, après la traversée d’une forêt de pins, ils entendent les vagues qui viennent frapper les falaises de la pointe Saint-Vincent. Le sentier sillonne au milieu d’une végétation qui n’est pas bien haute, la roche domine ce plateau où souffle, avec de rares interruptions, le vent. Les premiers hommes considéraient ce lieu comme le bout du monde.

Nos randonneurs arrivent à la forteresse marquant la fin de la via algarviana mais aussi la fin de la terre, ils sont à la pointe extrême ouest de la péninsule Ibérique et du continent eurasiatique. À l’intérieur du fort se trouve un restaurant qui leur permet de fêter la réussite d’avoir bouclé les 300 kilomètres en dix jours.

Ils poursuivent jusqu’à la ville de Lagos en empruntant un sentier qui suit une côte magnifiquement découpée. De là, ils prennent un train pour la gare de Loulé où Alonzo vient les chercher.

Le calme est revenu dans les esprits, le quotidien s’écoule entrecoupé de silence, de discussions et de rires, quand tout à coup une clameur retentit. Tous les oiseaux alentour qui préparaient leurs parades nuptiales sont obligés de fuir, voyant déjà arriver un prédateur inconnu. Le geai, réputé pour être le gendarme de la forêt, car au moindre bruit suspect émet son cri reconnaissable, redouble d’ardeur en sifflant le plus fort qu’il peut « tous aux abris danger indéterminé ! »

–  AAAAH, AAAAH, iiiii, iiiii, ARGL, ARGL, Gaston, ce n’est pas possible !

Alors que celui-ci sommeille dans son hamac qui se balance au gré d’un léger vent, sursaute et manque de faire une culbute en sortant de ce tissu dans lequel il s’emberlificote. Il se précipite ventre à terre, ce qui était bien plus facile quand cette partie de son organisme prédominait démontrant la quantité de nourriture et d’alcool absorbée par son propriétaire. A présent, le voici plat comme celui de l’athlète et dans ce cas il adopte pour courir, la souplesse du sportif. Enfin tout cela pour vous dire que Gaston a les neurones qui s’affolent suite à cet hurlement qui vient de résonner dans la prairie.

Il arrive à l’entrée de la maisonnette sur roues, il n’est pas essoufflé, ni transpirant, car en définitive il n’était pas bien loin.

– Mais que se passe-t-il ? Où est-il ce serpent que je te libère ?

Georgette étonnée de son interrogation se retourne et :

– Mais pourquoi me parles-tu de serpent ?

– As-tu entendu l’horreur de ton cri ? Il n’y a que la présence d’un reptile qui puisse te faire réagir ainsi.

– Mais non Gaston, il n’y a plus un seul vêtement qui me va, j’ai perdu mes poignées d’amour auquel tu aimais t’agripper. Je suis abattue et atteinte de mélancolie.

Alors là, Gaston ne sait plus sur quel pied danser. Est-ce du lard ou du cochon ? Elle le fixe, son regard est affligé, elle doit être sérieuse pense-t-il. Que dois-je lui dire ?

– Mais Georgette tu es encore plus belle et je t’aime d’autant plus, je retrouve le corps de ta jeunesse, cela me met dans un enfièvrement d’excitation qu’il me devient difficile de contenir.

Alors que Georgette est en culotte et soutien-gorge, il saute à l’intérieur du véhicule et me claque la porte au nez. Je ne peux donc rien vous dire, si ce n’est que le barrissement que Georgette avait poussé se transforme en feulement de plaisir. Je suis parti me cacher dans un caroubier au tronc tortueux et impressionnant craignant les foudres du dieu Eros.

La porte s’ouvre, ils sont enlacés et rient aux anges comme des élus de Dieu ayant atteint le paradis.

Ne voulant pas déplacer leur maison mobile, ils empruntent la voiture d’Alonzo et se rendent à la ville pour renouveler leur garde-robe, car Gaston lui aussi doit changer pantalons et chemises dans lesquels il flotte. Cette perte de poids est le résultat des efforts fournis ces derniers mois et Gaston apprécie car il s’essouffle moins rapidement. Ils sont empreints d’une grande satisfaction.

À leur retour, Georgette est exaltée de se sentir plus légère. Elle désire partager son contentement et communiquer sa joie pour que tout le monde se bouge afin d’aller mieux. Elle téléphone à l’une de ses amies qui a pas mal d’embonpoint et déjà un pilulier conséquent. D’ailleurs dernièrement, elle a trouvé une citation d’Hippocrate qui dit « La marche est le meilleur remède pour l’homme. »

Quelle ne fut pas sa déception, son amie presque la rabroue, elle prend mal l’information et se défend que de toute façon c’est normal avec l’âge et son médecin lui conseille de se reposer. Une fois la discussion terminée c’est Gaston qui permet à Georgette de retrouver le sourire en lui rappelant : 

– On ne peut pas aider quelqu’un qui ne le veut pas. Si tu lances une bouée à une personne qui se noie et qu’elle refuse de l’attraper, tu ne peux rien faire pour elle.

– Tu as raison mais cela me rend bien triste, car je souhaitais en lui partageant ma joie lui donner envie d’agir pour elle et voilà qu’elle est offusquée par mes propos.

– Nous les humains, nous avons des capacités que n’ont pas les autres êtres vivants de la planète telles que le parler, l’écoute et la réflexion. Encore que, en lisant les derniers livres de Peter Wohlleben sur la forêt ou les animaux, je suis perclus de doutes. Mais supposons que nous soyons les plus doués, je suis convaincu que nous sommes des handicapés, car nous ne voulons entendre que ce qui nous arrange et nous fait plaisir. Concernant la parole, nous savons prioritairement critiquer, râler mais complimenter ou nous passionner à regarder le positif nous est parfois bien compliqué. Pour rester dans ma réflexion Georgette, moi je te dis que tu es formidable et tu as fait l’essentiel avoir l’intention de partager ta joie, désirer offrir ton expérience pour aider. Si en face de toi les personnes ne sont pas capables de réceptionner tes cadeaux, tu n’en es pas responsable. Moi je suis là, prêt à accueillir tous tes compliments et tes baisers.

Il n’en faut pas plus pour allumer les braises de Georgette qui tire son mari vers le lit et la voilà promptement plus nue que les vahinés de son rêve. À force de vivre à l’extérieur, son corps est halé et c’est rapidement que Gaston sent sa virilité s’énerver.

A suivre

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