…. Il n’en faut pas plus pour allumer les braises de Georgette qui tire son mari vers le lit et la voilà promptement plus nue que les vahinés de son rêve. À force de vivre à l’extérieur, son corps est halé et c’est rapidement que Gaston sent sa virilité s’énerver.
Les efforts, tout le monde le sait, creusent l’appétit, nous les retrouvons autour d’un casse-croûte avec des petits pains au chorizo et cela sans oublier un verre de vinho verde qui réveille tous les sens.
Georgette respire une forme époustouflante, l’amour et le plaisir font danser ses cellules et lui donnent envie d’embrasser non seulement Gaston, mais aussi la vie, c’est pour cela qu’elle l’interpelle :
— Gaston, nous partons aux Açores, assez tergiversé ! On était un peu découragés en voyant tous les avions qu’il fallait prendre, cela nous paraissait compliqué. On saute les barrières et moi je te dis, nous y allons ! Je comprends qu’il y a l’empreinte carbone qui t’ennuie, mais je reviens à l’idée du juste milieu d’Estelle. Se priver de tout, ce n’est pas bon et sachons faire la différence entre ceux qui empruntent l’avion pour un oui ou pour un non, comme s’envoler d’une capitale à l’autre pour le week-end et nous. Nous partons pour deux mois! Et une fois là-bas que fait-on ? De la marche, du bivouac ! Où est notre empreinte carbone ?
Sur un ton un peu plus colérique, elle poursuit :
— Et puis merde, il y en a marre de se faire culpabiliser par tous ces milliardaires qui prennent l’avion sans compter, qui déplacent des tonnes de marchandises inutiles par mer et dans les airs. Nous avons marné toute notre vie, aujourd’hui, amusons-nous, dépassons notre zone de confort dans les limites du raisonnable. Je ne me sens pas du tout responsable de quoi que ce soit, car depuis que nous sommes au Portugal nous vivons dans la simplicité. Aucune consommation abusive, nous bougeons au maximum à vélo. Je veux découvrir ce jardin comme l’appel Ernesto, Gaston nous partons !
— Mais tu sais aussi bien que moi que les petits ruisseaux font les grandes rivières, ce qui signifie qu’il nous faut réfléchir à tous nos faits et gestes. Car il n’y a rien à attendre des gouvernants, leur valeur étant le dollar et non les petites fleurs. Ils comptent leurs actions en bourse, mais ignorent les actions d’amour qui adoucissent le quotidien de tant de gens. C’est donc bien à nous d’être attentifs à notre comportement. Le juste milieu est l’art de vivre que nous devons appliquer et cela nous apporte un grand bien-être.
— Le juste milieu, Gaston, le juste milieu ! Tu as raison, sauf peut-être pour les plaisirs sexuels, j’ai encore envie de toi, de sentir tes caresses et ta langue sur mon corps !
— Je crois que je n’ai plus rien à dire, je te suis !
— Où ça ?
— Aux Açores et avant nous allons dans la nature accomplir l’acte d’amour sur une couverture accompagnés par le chant du loriot, n’est-ce pas magique ?
Et les voici en train d’effectuer des galipettes nos sexagénaire, serait-ce la première syllabe de ce mot qui les met dans cet état ou alors les douces énergies du Portugal. Car il est vrai que nombreux sont ceux (non-lecteur, ne délire pas, ne croit pas que tout le monde passe son temps à butiner la fleur d’amour dans ce pays) qui disent qu’au Portugal les énergies sont fortes. Les centres de retraite, de méditation ou de yoga sont fréquents. Certains prétendent que ce pays est sur la même onde magnétique que la Bretagne et l’Écosse, vous savez là où il y a des fées et des druides.
Georgette et Gaston vont-ils se transformer en mages de la sagesse ?

Ils sont assis côte à côte dans l’avion qui les emmène vers l’archipel des Açores. Georgette depuis le hublot observe la mer de nuages songeuse, elle ressent un grand désir de paix. Elle laisse partir ses pensées et cette sensation de fraternité la conduit vers une réflexion :
Je ne comprends pas tous ces conflits qui s’étendent du Proche-Orient à l’ancien bloc de l’Est. Des frontières ? N’est-ce pas dépassé en ce XXIème siècle ? Le réchauffement climatique se moque bien de ces histoires d’humains. Les scientifiques, les aventuriers préviennent du danger de la fonte de la glace en Arctique et Antarctique. Dans la chaîne himalayenne, les épaisseurs de glace sont faramineuses à tel point que des scientifiques lui ont donné pour nom le troisième pôle. Ce sont des tonnes de glace qui dégèlent et qui vont provoquer des milliards de réfugiés climatiques. Il n’est pas besoin d’être savant pour comprendre, les glaciers fondent, remplissent des lacs dont la retenue naturelle finit par céder sous le poids (ce qui est déjà arrivé). Voilà des millions de mètres cubes d’eau, de roches et de terre qui se déversent sur des villes et des villages, des vallées et des plaines, ravageant tout. Cette eau écoulée dans les mers et océans, ce sont les sécheresses qui vont sévir. Ils auront bonne mine ceux qui tiennent des discours de franco/français avec leur nationalisme. La nature, la terre, c’est mondialement qu’elle hurle sa souffrance et on veut en revenir au nationalisme voire au régionalisme…
Gaston l’interrompt dans sa réflexion :
— Excuse-moi tu dormais ?
— Non, après avoir pensé à l’absurdité humaine, je m’imaginais la possibilité d’un monde de paix où les Hommes se respectent et s’aiment. Je suis utopiste, mais c’est le privilège du rêve, se plonger dans la beauté d’un peut-être réalisable.
— Et bien, tu ne dis pas n’importe quoi. Je viens de lire un article sur un pays dont on parle peu, le Bhoutan, grand comme la Suisse coincée entre la Chine et l’Inde.
— Si c’est pour deviser sur la pauvreté qui existe dans tous ces pays d’Asie et de la pollution avec le Gange qui est un égout à ciel ouvert, tais-toi.
— Et bien pas du tout, tu fais fausse route.
— Alors, méfie-toi de tes informations avec l’intelligence artificielle maintenant on ne peut plus faire confiance. Ça y est, tu n’as pas encore prononcé un mot que déjà mon rêve mirifique dégringole dans l’horreur.
— Alors là ma chère je t’arrête, tu parles et tu te démoralises toute seule, car ce que j’ai à te raconter est issu de sources sérieuses et c’est positif. Es-tu prête à m’écouter et à accueillir de la beauté ?
— Ne me déçois pas, car sinon !
— Sinon quoi ?
— Je te fais taire en t’embrassant goulûment.
— Voilà que j’hésite.
— Je n’ai pas dit quand !
– Bon alors voilà, le Bhoutan a interdit les pesticides depuis 2012, il est en autosuffisance alimentaire et a pour objectif que son agriculture soit 100 % biologique pour 2035. Et accroche-toi, leur bilan carbone est positif, d’ailleurs un deuxième pays est dans ce cas en Amérique du sud, le Surinam. Et ce n’est pas tout, parfois tu me trouves excessif dans mes considérations. Tu te souviens, il y a quelque temps, je disais qu’il faudrait une autorisation pour abattre un arbre. Et bien au Bhoutan, il est interdit de couper un arbre. Je ne raconte pas que des conneries.
— Mais je n’oserais point prétendre cela et je me résigne : tu n’es pas dans l’exagération, bravo. Je suis fière de ta perspicacité.
— J’en termine avec ce pays, ils ont placé le bonheur de la population avant la croissance et ils ont un programme qui élève le niveau de l’éducation dans les écoles.
— En définitive, je sens monter mon adrénaline, nos hommes politiques n’arrêtent pas de nous dire c’est impossible, il n’y a pas d’autres solutions que des restrictions. Les agriculteurs manifestent avec leurs énormes tracteurs contre les normes environnementales pour encore déverser un peu plus d’intrants chimiques. L’économie, la rentabilité, l’indice de consommation, les déficits c’est tout ce dont ils savent nous parler. On marche sur la tête, je ne veux plus entendre leurs mensonges et leur hypocrisie.
— Je te parle de belles décisions qui se passent sur la planète et toi tu t’énerves contre la politique.
— Certes, je suis sensible et je ne peux rester indifférente face à cette injustice. Ce proverbe est criant de vérité « L’intelligence n’a rien à voir avec le niveau d’études, on peut avoir beaucoup de diplômes et être un parfait idiot «. C’est bien le cas et nous on est encore plus idiot, car on se laisse mener par ces personnages corrompus. La démocratie, ça fait belle lurette qu’ils nous l’ont volée discrètement.
— Georgette reste sur de belles choses, dernièrement j’entendais un député exprimer qu’il faut changer et gouverner avec tendresse. J’en rêve! Peut-être qu’il revient d’un stage au Bhoutan !
Pour l’instant, ce sont eux qui se donnent de la tendresse en se prenant la main. L’avion perd de l’altitude, la première île de l’archipel est là, comment dire, sous leurs pieds. La terre de Sao Miguel se rapproche, Georgette sert de plus en plus fort la main de son mari. Le contact de l’avion avec le sol à lieu, elle écrase la main de Gaston, enfin façon de parler, car il a des mains de charpentier.
— Ne me regarde pas comme cela déclare-t-elle, je n’ai pas peur c’est juste que tu me rassures.

À suivre…