Episode 16

….

– Mais chargés comme cela l’on ne peut pas marcher cette distance, dit Georgette déconcertée.

Le réceptionniste réfléchit et donne un coup de fil.

– Le patron va vous emmener à votre hôtel.

A-t-il été prévenu qu’il va trimballer des originaux ? Une voiture sans luxe s’arrête et on vient les chercher, le directeur regarde d’un air particulier ces clients qu’il doit prendre pour des romanichels avec leur drôle de barda. Georgette étonne Gaston qui est assis à l’arrière, car elle se sent à l’aise et pose des questions : 

– C’est grand votre domaine ?

– Nous avons trois hôtels, deux affectés pour les couples ou personnes seules et un réservé pour les familles avec enfants.

Il nous le présente, car nous passons juste devant. Il y a de nombreux jeux de toutes sortes, une voiture de pompier et une réplique des trams que tous les touristes peuvent emprunter à Porto ou Lisbonne. Jouets grandeur nature pour les enfants de la haute société, pense Gaston, mes gamins se sont contentés de voitures miniatures. On n’est pas dans la même cour et je me demande bien ce que je fais ici.

– Mais avez-vous aussi du vignoble ?

– Nous possédons 1650 hectares, il y a de la vigne, des oliviers et une variété d’arbres fruitiers, des champs de courges et un troupeau de moutons.

 Les voici arrivés dans l’autre établissement, effectivement une chambre leur est réservée pour deux nuits. Leur curiosité les amène à chercher sur internet et en définitive c’est une multinationale qui est propriétaire de nombreux complexes au Portugal, et dans d’autres pays.

– Le décor intérieur est bien triste, dit Gaston, gris et blanc, c’est fade.

– Mais c’est la mode, soit un peu plus discret.

– Mais je m’en fiche, ils ont tous des têtes d’enterrement, ils vont mal tous ces gens. On se croirait dans un hôpital ou à la messe, tout le monde parle à voix basse.

Enfin les voici dans leur chambre spacieuse et Gaston rouspète encore : 

– Mais tu as vu ce lit, il est immense on va se perdre. En plus, il y a une séparation au milieu, c’est impossible de se serrer l’un contre l’autre. On est bien mieux dans notre tente.

Ces individus vivent dans la peur et s’isolent au fin fond de la campagne d’où l’on distingue le moindre intrus de loin. C’est un peu comme le seigneur qui plantait son château au sommet d’un éperon. Leur crainte leur impose de s’enfermer pour la nuit. Fenêtres et volets sont clos, par contre la climatisation ronronne. Georgette et Gaston à l’inverse pour bien dormir, doivent ressentir l’air frais de l’extérieur. Comme ils sont matinaux, à huit heures, ce qui est déjà relativement tard pour eux, ils pénètrent dans la salle à manger pour prendre leur petit déjeuner. Voilà un instant qui fait plaisir à Gaston, car il connaît la diversité des plats. Ils commencent à se servir et très vite ils se rendent compte que le personnel panique, mais personne ne leur dit rien. C’est la réceptionniste qui arrive en courant et les informe que le buffet ouvre à 8 heures 30.

Gaston en se tournant vers Georgette : 

– Ils sont bizarres, les employés n’ont pas le droit de nous causer ? J’ai oublié que les petites mains n’ont pas l’autorisation de nous apostropher. Enfin, ce n’est pas que l’on soit mal, mais je me sens comme une verrue sur la belle peau d’un bébé.

– C’est vrai, ils ne doivent pas savoir rire, ils ont tous la bouche coincée en cul de poule. Quand nous sommes en montagne avec notre lourd chargement sur le dos il est fréquent que l’on nous souhaite bon courage, mais c’est ici qu’il nous faut du courage ! Bon, demain on s’en va.

Le lendemain, ils sont prêts le plutôt possible, dans tous les cas pour Gaston hors de question de rater le petit déjeuner. Georgette contacte l’assurance pour qu’on leur envoie un taxi et va voir la réceptionniste pour régler les quelques boissons qu’ils ont consommées. Quand elle revient elle est estomaquée. 

– Tu te rends compte que la chambre coûte 210 € la nuit sans le petit déjeuner !

– Arrête cela me dégoute. Quand je pense que certains n’ont pas de toit pour la nuit.

Enfin heureux, ils voient le taxi stationné devant l’entrée et c’est un peu comme si on les libérait d’une prison dorée. Le chauffeur les informe que le garage où se trouve leur véhicule est à plus d’une heure de route. Il est très sympathique et discute allègrement avec Georgette qui se débrouille de mieux en mieux en portugais.

Ils arrivent devant le garage, mais comme il est midi passé, bien entendu il est fermé. Le chauffeur du taxi leur propose : 

– Si vous voulez, je connais un bon restaurant ici à Pias. Je vous y dépose ?

– Ce n’est pas de refus, exprime Georgette.

Ils saluent avec force de muito obrigado le chauffeur. On les retrouve installés dans cette salle de restaurant bondée, il reste juste une table pour eux. Les serveurs transpirent et courent dans tous les sens, tout le monde parle sans discrétion. Gaston arrive à se faire entendre auprès de son épouse : 

– C’est super, il y a de l’ambiance, que c’est agréable de se retrouver avec des gens qui parlent, rient et parfois même crient un peu fort, mais ce n’est pas grave, ça vit !

Le chauffeur de taxi ne leur avait pas raconté de carabistouilles, le repas fut bon et copieux pour un prix raisonnable.

Ils prennent la direction du garage qui n’est pas bien loin. Les voici devant le bâtiment, mais ce qui les inquiète c’est qu’ils ne voient pas leur véhicule. Comme d’habitude, Georgette s’y colle et on l’informe qu’ici c’est l’atelier peinture, ils doivent se rendre dans une rue proche pour trouver l’atelier mécanique. 

– Encore une centaine de mètres, soupire Gaston, et qu’est-ce que cela va être agréable de retrouver notre maison.  

Arrivés devant l’atelier mécanique, ils sont vite à nouveau envahis d’une grande inquiétude, pas de fourgon à l’horizon. Ce n’est pas une Twingo ou une Smart, ça se repère de loin un véhicule de ce gabarit.

Ils trouvent un mécanicien, Georgette s’adresse à lui, il n’est au courant de rien et n’a pas vu l’ombre d’un camping-car, il leur dit : 

– Attendez, le patron ne va pas tarder, il pourra certainement vous renseigner.

Ils commencent à avoir un bon entraînement de l’attente, et oui, car attendre sans s’énerver, sans s’agacer ce n’est pas donné à tout le monde et c’est cela qui demande de l’apprentissage. Il faut accepter de ne rien faire ou à ce moment savoir se recueillir sur soi, c’est-à-dire respirer profondément et se détendre. Enfin en les observant, on voit qu’ils ont de l’expérience. Mais je cause, je cause et j’aperçois Georgette discuter avec le patron, je me dépêche et j’entends : 

– Non madame votre véhicule n’est pas chez moi, je n’ai pas été informé de l’arrivée d’un camping-car. Je ne peux rien vous dire de plus. 

Alors là le couple se retrouve les bras ballants, ils ne comprennent plus rien et c’est un coup à ce que Georgette en perde son portugais.

Nous les connaissons, ils ne sont pas du genre à se décourager, Georgette est aux manettes, dégainant son portable, elle appelle l’assurance, explique qu’ils sont au garage et que le véhicule n’y est pas : 

–  Où est-il, s’il vous plaît ?

– On se renseigne, on vous recontacte.

Encore de l’attente, maintenant on le sait, ils sont formés, ils finissent même par aimer ces instants où il n’y a qu’à contempler et regarder le temps qui passe. Ce ne sont que les artistes qui sont capables de faire cela, et selon leur entraînement ils peuvent voir la vitesse de l’écoulement du temps. Ils font le discernement entre une rivière du temps avec des rapides ou un fleuve calme et paisible qui d’autrefois peut s’énerver et déborder, enfin je vous le garantis c’est tout un art.

Bzz, Bzz, Bzz, vous avez compris c’est le téléphone qui vibre.

– Diga, très bien d’accord, je vous remercie, mais c’est certain? très bien, obrigado.

– Gaston est impatient, que se passe-t-il ?

– Le dépanneur n’a pas encore eu le temps d’amener le fourgon, il est toujours sur le plateau et il arrive demain à huit heures. La fille de l’assurance voulait à nouveau me réserver une chambre dans un hôtel, je ne sais pas où, j’ai refusé. Je lui ai signifié que nous ne souhaitons pas nous éloigner du garage et dans ce cas c’est à nous de trouver une chambre. Elle m’a précisé que nous avons droit à cinq nuits sans frais, il nous en reste trois.

– Ne t’inquiète pas de toute façon, demain soir on est sur la route.

– Moi je ne prévois plus rien. Pour l’instant, il faut que l’on se trouve une chambre pour ce soir. J’ai anticipé, j’ai déjà cherché sur internet et j’ai repéré un lieu qui me parait sympa, j’envoie un message.

Rapidement, elle a un retour « j’ai une chambre de libre, vous pouvez venir dans une heure» .

Les voici arrivant devant le logis, une cossue maison de maître. Un homme les accueille, il commence à parler anglais, puis il glisse : 

–  Vous êtes français, je parle un tout petit peu le français.

Il s’avère qu’il maîtrise très bien notre langue. L’intérieur du bâtiment est rénové avec goût en alliant le moderne avec l’ancien, c’est très bien réussi. 

Gaston et Georgette s’installent, vont effectuer une balade dans le bourg, s’assoient à une terrasse pour se désaltérer d’une bonne bière, car il fait très chaud. Comme à leur habitude, il leur faut de l’air pour dormir, les fenêtres sont ouvertes, mais des chiens ont aboyé toute la nuit entravant leur sommeil. Enfin huit heures sonne, le petit déjeuner est moins copieux que les grands hôtels, mais c’est très bien et ils sont bien contents, ils sont juste tous les deux, dans leur intimité.

Maintenant, ils repartent direction le garage, le véhicule va-t-il être là où de nouvelles surprises les attendent ?

A suivre…

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