Arrive huit heures, le petit déjeuner est moins copieux que dans les grands hôtels, mais suffisamment pour rendre heureux Gaston, ils sont seuls et ont leur intimité.
Maintenant, ils repartent en direction du garage, le véhicule sera-t-il là ou de nouvelles surprises les attendent ?
Ils ne se pressent pas pour arriver au garage en se convaincant que de cette manière le dépanneur aura le temps de livrer leur « maisonmobile ». Ils parviennent au niveau de l’atelier mécanique qui occupe la rue sur une distance de près de cinquante mètres. Ils cherchent, scrutent, observent, tournent la tête dans tous les sens et de tous les côtés, il n’y a pas l’ombre d’une camionnette et encore moins d’un camping-car. Des voitures le capot ouvert, d’autres désossées ou désarticulées, mais rien qui ne peut les rassurer. La stature zen d’un bouddha abandonne Gaston, fébrile il clame :
— La plaisanterie a assez duré, ne me dit pas qu’ils l’ont perdu ou qu’ils ne savent pas où il est.
Gaston rentre dans un jeu de mime qui accompagne son discours :
— Volatilisé votre camping-car, on ne comprend pas, il était sur le plateau de la dépanneuse, il s’est évaporé. Que voulez-vous, c’est le pays de Fatima il y a des miracles. Il y en des bons et des moins bons, vous n’avez pas de chance, vous faites partie des seconds. C’est bien dommage…

Georgette a laissé Gaston se dépatouiller avec son public virtuel et est allée à la rencontre du chef d’atelier.
— Ne vous inquiétez pas, nous l’avons garé dans la cour juste à droite.
Georgette attrape Gaston par la manche, il ne finira pas sa diatribe et elle lui dit gentiment:
— Arrête tes singeries, elle est là notre maisonnette.
Gaston regarde, une expiration profonde démontre qu’il est soulagé, il en aurait presque une larme à l’œil tant la joie l’envahit. Après avoir récupéré quelques affaires, histoire de se changer et de ne pas laisser derrière eux des vapeurs de « Javali «, (sanglier en portugais), ils retournent voir le chef d’atelier pour avoir des informations sur la réparation à entreprendre. Ce dernier leur explique, le problème vient d’une pièce défectueuse au niveau de la pédale, nous l’avons commandée et elle sera remplacée demain matin.
— Il y a bien plus grave dans la vie, nous avons la santé, nous nous aimons et nous avons de l’appétit, énonce Gaston, d’ailleurs, allons découvrir le restaurant que nous avons repéré lors de notre promenade d’hier.
Les voici partant main dans la main, la salle est plus clairsemée que dans celui de la veille, c’est aussi plus calme, ce qu’ils apprécient pour aujourd’hui.
— J’ai fait un calcul, explique Georgette, deux nuits à 210 € soit 420 € plus deux taxis l’un à 50 € et l’autre à 110 €, l’assurance en est à 580 € de frais. Et je n’ai pas compté les petits déjeuners. Là où nous venons de dormir, le coût est de 70 € avec le petit déjeuner, donc pour deux nuits nous ne dépensons pas le prix d’une nuit dans cet hôtel où pour rien au monde je souhaite retourner. C’est nous qui payons tout cela dans le tarif de nos cotisations. Les montants des assurances ne cessent de grimper et ils accusent les femmes en prétextant qu’elles provoquent des accidents moins graves que les hommes, mais plus nombreux et qui leur reviennent chers. Ils nous prennent pour des dindes.
— Georgette, calme-toi, tu vas avoir du mal à digérer cette bacalhau qui, rien qu’au regard, me semble exquise. J’ai une idée, j’entends bien que c’est compliqué pour toi de discuter avec tous ces termes de mécanique, le mieux serait de mettre le garagiste d’Alonzo en rapport avec celui d’ici.
Parfois, des choses incroyables se passent dans la vie, à l’instant où Gaston termine sa phrase, s’installent à la table juste derrière notre couple le patron du garage et le chef d’atelier. Georgette ne repousse pas à plus tard ce qui peut-être fait dans l’immédiat, la voici expliquant au patron ce que Gaston vient de proposer.
— Tu as une idée lumineuse, ils vont se contacter dans l’après-midi, et il me tient informée.
Un peu plus tard alors qu’ils sont dans une « adega « . Je te vois ne pas comprendre lecteur, mais enfin fais un effort comme notre ami Gaston. Adega, il a vite pigé lui, pas la peine de lui faire de dessin. Je suis bien aimable, je te confie la traduction « une maison de vigneron » et là que font-ils ? Ils dégustent ! Et c’est dans un instant de cette qualité que le téléphone de Georgette vibre. Avec assurance, certaine que leur « maison mobile » va être réparée, elle saisit son portable et lit le message puis le déchiffre pour Gaston.

Il suffit de faire une purge, la panne viendrait du fait qu’après remplacement de l’embrayage, le véhicule soit resté deux mois sans circuler. Demain matin, il est prêt.
Ils retrouvent la maison de leur hôte et, à l’ombre sous une tonnelle, s’installent dans un salon de jardin en fer forgé, semblable à ceux que l’on observe dans les histoires des amoureux de Peynet. Le propriétaire qui travaille dans son potager est très discret pour ne pas les déranger dans leur repos.
Ils passent une nouvelle nuit à écouter le festival pop-rock mené par les chiens. Ce matin, à l’inverse des hôtels de luxe, il n’y pas d’œufs brouillés, mais ce sont leurs yeux qui sont dans le brouillard.
Leur hôte est dans son bureau, ils lui règlent la somme due et le remercient de son accueil. Il est rempli de bienveillance et de prévenance, il croise les doigts pour la réparation du camping-car et certainement pour les rassurer, il les informe que c’est le mécanicien de son véhicule, il travaille très bien.
Au garage, ils récupèrent les clefs de leur maison sur roues et on leur assure que le problème est résolu.

Les voici partis en direction du nord de l’Europe où les attendent famille et amis. Gaston qui conduit estime que la pédale est très souple, mais il affirme:
— Tout va bien. Cette fois-ci nous retournons aux pays de nos racines.
Parfois, les aiguilles de l’horloge se déchaînent, lassent d’avancer avec lenteur, au moment où personne ne les observe, hop, un petit coup d’accélérateur. C’est comme cela qu’il est déjà midi, l’heure du déjeuner.
Grâce au GPS Georgette trouve une aire de pique-nique en bord d’un barrage. Elle indique la route :
— Au prochain rond-point, tu prends à droite.
Il y a de la circulation, Gaston ralentit pour s’engager dans le giratoire et à ce moment, il secoue son levier de vitesse comme un prunier, avec sa jambe gauche il appuie sur une pédale qui ne répond plus. Un véhicule klaxonne et Georgette hurle, mais qu’est-ce que tu fais ?
— Mais ce n’est pas possible les vitesses ne passent plus !
Il arrive à dégager le centre de la route, décide de ne pas écouter les élucubrations de son épouse et après concentration réenclenche la première. Puis doucement la seconde et il amène tranquillement leur camping-car sur le parking de la rive du barrage.
Le calme est revenu dans le corps et l’esprit de nos amis. Gaston, sur l’aire de stationnement effectue quelques essais, ce n’est pas la peine, la pédale n’actionne plus l’embrayage. Il la relève avec le dessus du pied, l’enfonce et en répétant plusieurs fois cette opération, il parvient à passer les vitesses.
La sagesse ayant à nouveau conquis le cerveau de Gaston, il explique à Georgette qui hésite entre rire ou pleurer :
— Le site est calme et beau, il reste une table de libre que nous allons occuper et pour couronner le tout il y a même une cabane qui propose des boissons, nous pourrons tranquillement déguster un café.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils profitent du côté paisible du lieu et toutes les personnes attablées sont comme eux accablés, non pas de soucis, mais par la chaleur. C’est alors que trois individus qui ont terminé leur repas s’animent comme s’ils avaient besoin de se réchauffer.
À suivre…