Episode 20

— Tient c’est le garagiste. Voilà ce qu’il écrit : 

« Je suis bien embêté, mon fournisseur de pièces ne comprend pas que je lui retourne l’embrayage avec un tel retard. Il a un doute sur la défectuosité et le renvoie à la centrale à Lisbonne pour vérification. Je ne maitrise plus rien sur le temps que cela peut prendre, mais je crains que ce soit bien plus long que prévu. Ma caravane est toujours disponible. »

— Ah! la vache! s’exclame Gaston.

— Tu sais, acceptons de composer avec ce que la vie met sur notre chemin et soyons certain que c’est pour notre bien.

— Je me souviens qu’un jour nous étions invités, des personnes ne nous connaissaient pas et nous discutions à bâtons rompus lorsque l’une d’elle s’est exclamée en me regardant, tu as une fée à tes côtés en parlant de toi. Le temps passe et tout me confirme que c’est vrai, tu es la fée de la sagesse.

— Et tu as l’intelligence de t’imprégner de ses propos.

— Bon pour l’instant répond à Luis qu’il ne se fasse point de souci, tout va bien pour nous, et nous acceptons sa caravane.

— Est-ce que tu crois que c’est abusé que de solliciter Alonzo pour chercher la caravane comme cela quand on rentre on n’a plus qu’à s’installer.

— C’est une idée, mais de toute façon nous devons récupérer des vêtements dans notre « maisonmobile » . Attend-voir ! Attend-voir ! J’ai trouvé, je vais demander à Alonzo de nous chercher en fin de matinée à Mertola, on leur paye le restaurant, l’après-midi on va directement au garage, on prend nos affaires et on ramène la caravane.

Aussitôt dit, aussitôt fait, la proposition est envoyée à Alonzo. Un message en retour leur confirme :  nous arriverons comme convenu.

Ils terminent la randonnée à Mertola, il n’est point besoin de s’arrêter chez la marchande de chaussures qui en ce dimanche matin est ouverte.

Rien de tel qu’un bon repas avec des amis, ce sont toujours des instants de partage important dans une vie. Même si Georgette et Gaston n’hésitent pas à jeûner de temps en temps sur les conseils d’Estelle, car ils sentent bien que cela leur est bénéfique. La table reste un moment privilégié de convivialité et de plaisir, car les mets peuvent être variés à l’infini avec à chaque fois des parfums qui sont un feu d’artifice pour le palais.

Après une bonne heure de route, ils arrivent au garage, ils vont dans leur petit intérieur et chacun prend ce dont il pense avoir besoin pour encore une semaine environ. Les affaires étant rangées dans la voiture, Gaston s’adresse à son ami : 

— Alors on la cherche cette caravane ?

Margarida et Alonzo sourient : 

— Mais mes amis, déclare Alonzo, je crois, bien que la caravane vous attend à l’ombre d’un caroubier sur un terrain que vous connaissez. 

Georgette et Gaston les remercient et elle ajoute : 

— Vous êtes intenables, d’un dévouement sans fin. 

Il ne leur reste plus qu’à retourner à Juncais et s’installer. Gaston est rêveur dans la voiture et très satisfait de son changement de comportement. Il pense : quelques années en arrière, je me serais emporté et le garagiste aurait entendu parler du pays. À quoi cela aurait-il servi ? Je n’aurais pas fait accélérer les choses. Je me serais rendu malade, Alonzo aurait été mal à l’aise et le garagiste animé de rancune envers moi. Dans cette situation, j’ai été bienveillant, respectueux, on s’est séparé, se serrant la main en toute amitié. Le résultat, tout le monde est heureux, tranquille et agit de son mieux pour aider l’autre, en plus je me sens comblé d’une grande satisfaction. Je remercie Estelle qui par ses réflexions nous pousse dans nos retranchements pour éliminer nos principes. À mon avis, c’est cela la spiritualité.

Georgette ouvre la porte de la caravane et s’exclame : 

— Vingt diou de vingt bois. Mais qu’est-ce que c’est spacieux ! L’intérieur tout en bois, c’est magnifique et chaleureux. 

Gaston la suit et à son tour étonné : 

— Mais tu as vu ça! Il y a une cuisinière comme à la maison, avec un four. Cela va nous changer de nos deux minuscules feux du fourgon. Il nous en faut peu pour être heureux !  

 La dernière phrase de Gaston développe l’imaginaire de Margarita, elle le voit tel l’ours Balou danser  et se gratter le dos au caroubier en chantant : « Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire… »

— Vous n’allez plus vouloir la quitter à ce rythme, émet leur amie.

— De toute façon, il le faudra bien, nous n’allons pas rester ici toute notre vie, mais nous allons en profiter. Je vous ferai des petits plats et vous allez venir manger fréquemment avec nous, cela sera une manière de vous remercier.

— Si il y a une chose qui est impossible à refuser, c’est bien une telle invitation, dit Alonzo.

Le lendemain, Luis passe les voir pour s’assurer qu’ils sont satisfaits de leur nouveau logis.

— Bom dia, j’espère que ça vous convient, ce n’est pas très confortable.

— Le confort ? Qu’est-ce ? rétorque Gaston. Pour nous, c’est très confortable, nous sommes à l’abri du soleil, du vent et de la pluie. Nous avons un lit, une cuisine, des WC et un canapé, c’est plus que ce que l’on souhaite. 

— Et bien tant mieux si cela vous enchante, car je n’ai pas de très bonnes nouvelles. Mon fournisseur de pièces me dit que la centrale veut contrôler tout l’embrayage avant de faire jouer la garantie. Si tout va bien je reçois les éléments à la fin de semaine, mais à mon avis il vaut mieux penser à la suivante.

— Écoute Luis ne t’en fait pas, à cet instant où l’on discute, des gens se battent contre des cancers alors de quoi allons nous nous plaindre ? Viens je t’offre un verre de Moscatel 

— Vu comme ça, il n’y a rien à rajouter si ce n’est lever le verre.

Luis leur prête une voiture afin qu’il puisse se déplacer. Dans l’après-midi après une sieste bien méritée, Gaston arrive auprès de Georgette pensif.

— Malheureusement, tu ne vas pas pouvoir te rendre à ton stage de dessin auquel tu tenais tant pour te perfectionner.

— Que suis-je étourdie, avec la présence de Luis ce matin, j’ai complètement omis de te prévenir qu’il était annulé faute de participants.

— Georgette, je m’interroge, je commence même à m’inquiéter et je vais finir par croire aux esprits. On est bloqué ici et tout ce que nous avions prévu s’annule au fur et à mesure. Coïncidence, coïncidence ? Je ne sais plus ?

— Ou alors les évènements conspirent, car il va nous arriver quelque chose d’incroyable.

— Incroyable tu me fais marrer, alors que nous avons tout vendu pour voyager, cet été on escomptait découvrir en randonnée les Alpes Bavaroise et Autrichienne et nous voici immobilisés. Ce n’est pas qu’on soit mal, je suis le premier à l’exprimer, mais quand même.

— Pour l’instant, je te propose de nous rendre à la fête de la bière à Silves, elle dure toute la semaine.

Ils déambulent entre des stands de bière tous plus attirants les uns que les autres. À côté des grandes brasseries locales, il y a de multiples micro-brasseries avec des produits très intéressants aux parfums différents. Ils en sont déjà… oh je crois qu’ils ne savent plus trop, mais leurs chopes de 30 cl se sont remplies et vidées quelques fois.

Pour accompagner ces bières blondes, ambrées ou noires parfois sucrées avec plus ou moins de bulles, le choix entre de nombreux plats gastronomiques est important.

Mais alors il y a une chose qui met de très mauvaise humeur Gaston, seules les bulles de bière dansant dans son cerveau nous protègent de la colère. C’est la présence d’un vendeur de barbe à papa aux couleurs bleues ou rose fluo. Un autre propose des pop corn et des sucettes aux multiples teintes chimiques. 

— On connaît les méfaits de ses cochonneries sur la santé, il n’y a qu’à observer l’obésité chez les jeunes. Comment les gouvernements peuvent-ils encore autoriser la vente de tels produits dangereux. Mais ce qui me rend fou, dit-il en serrant nerveusement le bras de Georgette c’est de constater les parents offrir cela à leurs enfants avec le sourire, ils sont inconscients ou crétins ?

— Gaston calme toi et lâche-moi tu me fais mal, allons sois sage, ne fais pas ton Obélix dans le domaine des Dieux qui va apeurer tout le monde. Laisse-toi attendrir par une de ces belles bières ambrées ou selon les dires du brasseur elle a un parfum de chocolat, tout ce que tu aimes.

Alors qu’ils sont absents, il se passe de mystérieuses tractations, Alonzo reçoit des coups de téléphone très discrets même Margarita n’est pas au courant.

A suivre…

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