Les déchets

Episode 1




Je me promène sur ce petit chemin, c’est le rendez-vous des insectes, les oiseaux y donnent la fête, les lapins nous invitent à courir ou encore les cochons ne se soucient guère de notre présence.



Les fleurs nous proposent une pause, ce chemin me fait tourner la tête, j’ai posé des baisers sur ces cheveux frisés, son visage s’est tourné et nos bouches se sont rencontrées.



Mais voilà, le rêve s’arrête à ce moment, car si les différentes espèces de faune sont passées par là et non rien souillés, qui a donc oublié, ici un paquet de cigarettes, plus loin une canette en alu et dans le fossé une bouteille en plastique ?

Serait-ce un jeu pour nous obliger à marcher les yeux fermés et développer notre sixième sens ?

Je me rassure en interprétant la présence de ces déchets par le passage d’un petit poucet des temps modernes qui craignait s’égarer…

En discutant avec ma compagne, je chavire de mes illusions et ce que je refusais de m’imaginer me parvient comme un boomerang en pleine face. Ces déchets ne sont pas l’oubli d’un conte de Charles Perrault, mais abandonné volontairement par un bipède ayant une tête conçue d’un cerveau constitué d’environ 100 milliards de neurones lui permettant de construire une réflexion.

J’en reste coi, presque paralysé à ne plus savoir mettre correctement un pied devant l’autre.

Mais je me hasarde :

— Je ne comprends pas bien ce que tu viens de m’exprimer. Tu insinues que ce bipède féminin ou masculin a jeté ces détritus sans vraiment prendre conscience de son acte ? Tu me confirmes afin de tourner le poignard dans ma plaie que cela ne le dérange pas !

Je dois préciser que je porte un amour incommensurable pour la beauté que nous offre cette planète Terre et observer ces détritus joncher le bord du chemin, une prairie, la rive d’un torrent, etc. me provoquent une peine indicible.



Mais ce n’est pas tout, je ne comprends pas, je ne comprends pas comment elles ou ils peuvent ! Lorsque je m’informe, je lis ceci : les humains ont un cerveau qui leur permet d’acquérir des compétences cognitives les plus avancées, de s’épanouir et de s’adapter dans des environnements variés. D’avoir du discernement, de la finesse, du jugement, de la lucidité, de la perspicacité, de la réflexion, etc.

Mais alors je me hasarde, me tournant vers celle qui accompagne ma vie :

— Peux-tu me dire à quoi pense celui qui jette son paquet de cigarettes ? Crois-tu qu’il s’imagine que par magie en quelques jours il va s’autodétruire, pour disparaître ?

— Mais enfin, je viens de te l’expliquer, il ne pense pas !

— Comment te croire, la science me démontre l’inverse. Peut-être n’a-t-il pas connaissance de la lenteur de la dégradation ou encore des traces de pollution que le moindre détritus laisse dans le sol puis dans nos rivières.

Détritus présent depuis bien longtemps sur ce chemin.



— Je crois, me dit-elle en souriant devant ma naïveté, que tu ne prends pas conscience qu’un nombre important d’humains ont oublié les dégâts que cause l’abandon du moindre déchet. Sans vouloir excuser quiconque, notre société a perdu le sens du respect de la nature. Mais pire encore, on a, au cours de l’évolution ultra rapide du monde, oublié de nous émerveiller devant l’infiniment petit, on a perdu l’amour de la simplicité. Je ne veux pas te décourager, mon mari, mais aujourd’hui l’environnement n’est intéressant qu’à la condition d’effectuer une prise de vue exceptionnelle à l’autre bout de la planète pour époustoufler une assemblée.

L’environnement et sa protection sont réservés à des gens un peu particuliers. Hors norme et hors circuit. Qui s’inquiète en ces instants présents du déséquilibre de la faune et de la flore dû à ces détritus qui encombrent terres, montagnes, glaciers, rivières, mers et océans ?

— Je me résous à rejoindre tes explications, répondis-je, mais si cela venait simplement d’un manque de sensibilisation, de discussion, de culture.

À nouveau tout sourire, elle me regarde et exprime :

— Je t’aime avec ton utopie, mais tu sais le problème à mon humble avis à débuter depuis l’ère industrielle. On a fait croire que nous les Hommes étions les plus forts, les plus puissants et que la terre, la nature n’avait qu’à bien se tenir. Nombreux sont ceux qui ont adhéré à cette philosophie, car elle favorise l’absence d’effort. Alors aujourd’hui, il faut désinscrire ce qui s’est imprégné dans les mémoires cellulaires depuis de nombreuses décennies. Nous sommes dans la société où l’on jette, dès que quelque chose ne nous plaît plus, Hop ! à la poubelle. Même dans les couples, cela fonctionne.

— Mais alors quelle solution ?

— Fais ce qui est juste pour toi, ne t’épuise pas à vouloir convaincre tu ne peux pas aider celui qui ne veut pas voir et entendre. 🙈🙉

— En t’écoutant, je me retrouve les bras ballants. Donc il n’y a pas d’espoir ! Je me sens envahi de tristesse, les larmes aux yeux troublent ma vue et au lieu d’apercevoir une bouteille de plastique au sol il y en a deux ! Je sursaute de frayeur et je hurle :

— Si en plus les objets se multiplient une fois à terre nous allons nous faire dévorer par des montagnes d’immondices.

— Que veux-tu ? Jouer à Don Quichotte ? Accepte que l’homme en soit où il en est, rien ne sert de critiquer et autorise-lui d’évoluer. Quant à toi, fais ton bonhomme de chemin en ramassant les déchets qui gênent la vue et garde espoir ! C’est cela la sagesse de l’écologiste.

A suivre…