Les maux de la terre

          Épisode 6


       — Mon cher mari, voici encore quelques mots sur ce triste, mais réel décor. Après je m’arrête, car je crains que tu te sauves !

— Ne crains rien, je n’ignore point que les hommes politiques de tous bords se targuent d’agir pour notre bien et d’améliorer notre vie, mais ces discours ne sont que filouterie.

— C’est sûrement l’une des raisons qui démotivent les gens à se rendre aux urnes. En tant que femme, je me permets de remémorer à certains ce que le ministère de l’Éducation laisse volontairement s’effacer avec le temps. En France, les femmes ont obtenu par ordonnance du gouvernement provisoire, situé à Alger, le droit de vote en 1944. Certains vont s’exclamer que cela date d’une autre époque, relativisons dans l’espace-temps de l’univers, c’était ce matin alors que nous sommes en début d’après-midi.

— Vois-tu, ma chère épouse, je me demande si la haine ne serait pas une graine qui est dans le cœur des humains ?  Bien exploitée, arrosée, entretenue, c’est une plante invasive aux rhizomes persistants. Avec quelques manipulations le peuple va s’émerveiller devant la beauté de la fleur, après cela quelle facilité de justifier une intervention militaire au nom de la religion ou de Dieu. Une action de contrôle de police un peu virulente au nom de la sécurité et de la justice. Des gazages et matraquages effectués par les CRS au nom des libertés.

— Je suis certainement très naïve, mais avec ces leitmotivs tout devrait aller mieux, non ?

— Un monde qui va mieux, je reste perplexe et dubitatif, quand je vois tous ces humains qui sont toujours à la recherche d’un coupable et qui s’accusent les uns les autres des moindres problèmes.

—  Ne serait-ce pas comme si un gamin voulait enfiler un gant à ses pieds et des chaussettes aux mains, il hurle rendant coupable ses parents de ne pas lui avoir appris. Et voilà, le tour est joué pour l’enfant, ses parents sont les coupables. Pour les dirigeants du monde, s’ils n’arrivent pas à vêtir tels pays ou continents du costume fringant neuf de la paix, de la justice, de la liberté, c’est la faute des écologistes qui protègent une nature dont on se moque. Mais ce costume d’apparat cache les idées du productivisme et de consumérisme dans un monde moderne où tout est électronique où des villes sont dirigées par la domotique (la capitale de Taïwan), alors la nature est inutile. L’inutile ne fait pas avancer les choses, alors ne nous embarrassons pas avec.

— Ils ont enfoncé le clou sans craindre le ridicule. N’avons-nous pas entendu que les inondations de Valencia en Espagne sont la faute des écologistes. Que les difficultés des agriculteurs en France sont la faute des écologistes. Que l’effondrement de l’industrie en Allemagne est la faute des écologistes. Je pense que je pourrais braire avec tous ces gens. Alors que j’étais paysan en agriculture biologique, à partir de 2009, les canicules estivales m’ont empêché d’effectuer une deuxième coupe de foin, ne serait-ce pas la faute des écologistes ? Vraiment, le ridicule ne tue pas !

— Et voilà tu as tout compris et tu n’exagères pas, car j’en ai entendu des absurdités de cet acabit. La propagande est bien élaboré, les médias, les réseaux, les syndicats proches du patronat (écoutez la chanson de Jean Ferrat, La porte à droite dans son album de 1985) n’ont plus qu’à diffuser en boucle :

« Écologiste, tu mens, écologiste tu aggraves la situation, écologiste arrête de répandre la peur, etc.. Le mal est fait, la rumeur se diffuse, se répand sans bruit, mais aussi vite que le pollen emporté par le vent au printemps. »

— Si les salariés, les employés veulent relever la tête pour s’aérer avec de nouvelles idées, ils ne reçoivent plus de coups de bâton sur celle-ci, acte violent datant de période banni. On les martèles de coups d’infos, d’images déprimantes, on leur dit que les normes sont trop contraignantes, mais on les assène de loi et de contrôle, bientôt pour respirer ils seront taxés. Les voici repartis dociles et soulagés, car le coupable du problème est découvert, ce sont les règlements environnementaux.

— Des décrets, de la réglementation, des ordonnances, toutes ces contraintes pleuvent dru. Tant que l’on marche avec le troupeau, on nous laisse tranquilles et même de temps en temps, on nous brosse dans le sens du poil. Dès que l’on veut en sortir, des forces se soulèvent de partout pour nous mettre sur le dos tous les « maux « du monde. Ne serait-ce pas un emprisonnement organisé ? Mais l’avenir n’est-il pas à ceux que l’on nomme d’abord terroriste et que l’on pourchasse puis l’histoire les vénèrent et les honore du titre de résistant !

— Cette société peut m’amener à pleurer. En tant que grand-père, j’aperçois dans ma propre famille certains vénérer le monde de l’argent. Ils prétendent que ceux qui se plaignent des faibles salaires, des difficultés de la vie, n’ont plus leur place sur cette terre. D’autres encore, sont en dérive complète, ils n’ont plus envie de rien, plus rien ne les motive, souhaite un objet et quand je leur propose en cadeau ils en ont perdu le gout. Ou encore, celui qui est prisonnier de la haine, la jalousie dans la vie sentimentale, son cœur est un champ de bataille plus dévasté que ceux de la fin de la guerre de 14/18.

— La porte du bonheur est une porte étroite, nous dit-on, cela nous laisse de l’espoir. La remise en question, la curiosité, l’ouverture d’esprit nous y conduit envers et contre tout. Rêvons, émerveillons nous devant la nature, contemplons l’immensité d’un paysage, c’est dans ces moments que le sourire gagne le visage celui-ci s’illumine et l’huis s’ouvre.

— Jean Ferrat chantait « La femme est l’avenir de l’homme » tu es bien de cette lignée avec tes propos de sagesse. Je concède que tu as raison, être écologiste ce n’est pas avoir une étiquette aliénant à un parti, être écologiste c’est vivre avec du bon sens, c’est rester humain et vivre simplement dans l’humilité. Être écologiste c’est faire ce que nous faisons très souvent lors de nos promenades, ramasser une canette d’alu, une bouteille en plastique, un paquet de cigarettes. C’est faire sa part même si cela peut paraître ridicule, mais ce qui est fait, est fait et n’est plus à faire. L’essentiel est d’être fier de soi, car le petit geste soulage la terre mère et tôt ou tard elle nous remerciera.

— Le mal vient du fait que ce noble mot écologiste dont voici la définition :  » personne attachée à la défense de la nature, de la qualité de l’environnement ». Cette estimable dénomination a été enfermée dans des étiquettes de parti politique, ces Hommes n’ont su faire qu’une chose : se crêper le chignon comme des gamins dans une cour de l’école maternelle. À partir de là, il était facile pour les fanatiques du productivisme de dénigrer ces mauvaises graines afin de détourner la magnificence, la splendeur et la grande générosité de la nature.

En tant que femme je me permets de citer une grande dame du XIX ème siècle, George Sand :

« La nature est éternellement, jeune, belle et généreuse. Elle verse la poésie et la beauté à tous les êtres à toutes les plantes qu’on laisse s’y développer. »


À suivre…

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