La bienveillance, une utopie ?


Episode 14


fin épisode 13

– Alors là tu me laisses perplexe et penseuse ! Je me demande si savoir comment le monde a commencé et connaître ce qui se cache derrière cette énergie, les molécules, les atomes, etc., a un intérêt en soi ? Est-ce que cela va sauver la planète et niveler les inégalités ?

À suivre…


— Le moine bouddhiste Matthieu Ricard donne réponse à ta question : « l’environnement est le grand défi du XXI ème siècle. La solution est d’avoir de la bienveillance les uns envers les autres. À tous les niveaux que ce soit scientifique, politique ou de l’entreprise, il faut arrêter le : bla bla bla et être capable de se réunir en ayant de la considération pour autrui. Mais aussi pour les gens qui souffrent et subissent le dérèglement climatique, pour les générations futures et bien sûr pour cette terre qui nous donne en abondance de quoi nous nourrir, de quoi construire et cette beauté inégalable. »

— Voilà un programme auquel j’adhère. Je m’imagine avec un doux sourire découvrir le slogan d’une affiche électorale : nous allons gouverner avec bienveillance et considération ! Je vois les gens s’enlacer dans une étreinte de paix et des couples danser la valse. Dans une joie euphorisante, ils donnent la sensation de caresser le sol avec leurs pieds et de s’envoler dans une atmosphère lumineuse. Laisse-moi rêver, ne vient pas tout de suite réduire à néant mes espoirs, mon utopie.

— Serait-ce si utopiste que cela ? Quand on lit des livres de Jules Vernes, il n’était pas si loin de cela de la réalité. Quand on prend certains livres de science-fiction qui décrivent des scènes de drame sont-ils si loin de la réalité d’aujourd’hui ? Albert Einstein lorsqu’il dit au milieu du XX ème siècle : “ Les plus grandes épreuves auxquelles le monde aura à faire face dans les années à venir seront la surpopulation, le manque de ressource ( eau, pétrole, etc.) des pandémies de toutes sortes de maladies connues ou nouvelles, des pollutions de toutes sortes”, n’est-ce pas ce que nous vivons ? Alors pourquoi une vie de paix et d’amour serait une utopie, ma chère ?

— Le mystère de la création du monde ne serait-il pas la simplicité d’une leçon qui nous dirait : cultivez un sentiment de bienveillance, vivez l’instant présent, nourrissez un équilibre dans votre vie dans une harmonie de bien-être.

— Dans la situation que nous vivons, pour éteindre le feu du dérèglement climatique, calmer les débordements d’irrespect, transmuter la haine entre les hommes en paix, c’est en cette direction que notre ardeur doit-être placée. 

— Il est prouvé scientifiquement que cultiver la gratitude, la bienveillance, la générosité et le respect de soi et d’autrui modifie le cerveau.

— Tu aimes jouer avec la lampe d’Aladin ; vas-tu m’expliquer quels vœux tu vas faire pour être exaucé par ce subterfuge ?

— Tu vas être étonné, pas besoin de contacter une sorcière avec sa baguette magique et son abracadabra. La méditation, ma chère, cela peut paraître pour une idée naïve et bien pas du tout. Méditer en fixant son attention sur la bienveillance ou l’amour que l’on peut avoir pour une personne, voire un animal. S’entrainer, s’entrainer 10 minutes, voire 20 plusieurs fois par jour. Si l’on est diverti par une pensée ou autres choses, revenir à ce sentiment. Puis diriger son attention sur d’autres personnes que l’on apprécie et un beau jour on peut porter son sentiment d’altruisme sur des gens que l’on aime moins. Les neurosciences ont prouvé que cela influence le cerveau et globalement la santé. La personne qui s’entraîne tel le sportif change et se transforme. La bienveillance pour autrui a un double accomplissement : faire du bien aux autres, mais aussi à soi.

— Je suis convaincue de ton argument, car voilà des années que je médite et je constate les transformations dans mes relations et mon comportement. Tu arrives même à me donner l’espoir de voir une économie qui se mette au service de la société. Que l’entreprise modifie sa vision et fonctionne sur la considération de chacun et non plus dans un esprit de compétitivité. Que l’individu ouvre son esprit et cesse de croire qu’il n’y a que lui et ce qui est autour de lui. C’est une révolution de l’ouverture d’esprit du respect qui est nécessaire.

— Notre monde moderne nous a permis d’acquérir des congés et du temps libre. Ce sont des outils formidables afin de prendre du temps pour soi, d’améliorer ses connaissances à condition de faire l’effort, de lire, de s’instruire, de développer sa curiosité. Bernard Pivot disait : « les gens qui lisent sont moins cons que les autres. » Tout est dit, que faisons-nous de ce temps que l’on nomme loisir ? Les entreprises ont vite compris son utilité, elles tentent de nous le spolier ainsi qu’une partie de notre argent dans des parcs d’attractions ou toute autre activité. La richesse de ce temps libre, gardons-le pour nous informer, pour développer notre curiosité, nous poser des questions sur le sens de la vie. Car en définitive la création du monde, savoir si il y a un grand horloger ou non, je m’en moque. L’essentiel n’est-ce pas de comprendre le sens que je donne à ma vie ? L’énigme n’est-elle pas là ? Le premier pas ne serait-ce pas de s’éloigner de ces infos négatives, nauséabondes tellement l’hypocrisie ou le mensonge est évident. Elles enveloppent celui qui les écoute d’une brume d’inquiétude qui se transforme en un brouillard d’angoisse, de peur parfois de déprime. Dans ce cas, il est difficilement possible d’être réceptif et d’avoir une ouverture d’esprit qui permet de renaître à l’émerveillement. Socrate enseignait :  » La sagesse commence dans l’émerveillement » !  Ne sommes-nous pas une société qui a besoin d’une énorme sagesse, d’une intense sagesse pour faire face au dérèglement climatique ? Pour faire face à la misère mondiale ?

— Ton utopie m’amuse, te voilà génie, la lampe tu as frotté et le monde va mieux ?

— Mais tu vas constater que tu frôles peut-être la vérité et qu’un génie n’est pas loin. L’imagination aussi fait partie de notre richesse intellectuelle. Est-elle encore favorisée dans les séries télévisées ? Sur les réseaux sociaux ? Ou dans les écoles où l’art plastique, la musique et le sport sont bien les dernières roues de la charrette ? Alors imaginons, nous sommes une ethnie dans un tunnel bien sombre et voilà que tout à coup l’on aperçoit au loin une petite lueur. Ce groupe d’individus voit de l’espoir en cette lueur, il s’y accroche, leur regard la fixe et leur seul et unique objectif est de la rejoindre. Plus il s’y approche et plus elle est belle, ils sont hypnotisés par l’intensité de cette luminescence. Mais c’est loin et laborieux pour la retrouver. Certains abandonnent, découragés, fatigués. D’autres pensent que c’est une absurdité que de croire à une lumière dont on ignore la raison, ils tentent de convaincre les moins éduqués afin de prendre le pouvoir. D’autres encore manquant de rigueur tombent dans une crevasse, enfin petit à petit le groupe s’effiloche. Reste des individus très hétéroclites, mais unis et solidaires, le sens de la communauté permet d’éviter tous les pièges. La coopération amène le succès, la lumière est là, à deux pas et leur découverte est une surprise.

— Je languis accélère, ton histoire ne va pas se terminer en drame du style ce sont des vilains qui ont tendu un piège pour dépouiller les voyageurs. J’en serais très fâchée.

— Mais voyons tu oublies le génie, la lampe ; crains-tu d’être transformée en princesse ou alors en sorcière ?


À suivre…

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