Le parfait équilibre, est-ce possible ?


Episode 19

       Fin épisode 18


– Les scientifiques ont une hypothèse, la forêt serait-elle un être avec une intelligence collective qui a des tentacules dans le monde entier ?

— Les conclusions dans les temps à venir vont encore nous réserver de sacrées surprises sur l’intelligence de la nature. Une chose est certaine c’est que nous les humains sommes bien pâles à côté de cette richesse.

— Tu seras d’autant plus étonné quand je vais te parler de l’if.
À suivre…

Épisode 19

— L’if est un arbre atypique, un résineux qui n’a pas de résine et un conifère sans cônes, que peux-tu me dire de plus ?

— C’est un arbre hors du commun déjà de par la lenteur de sa croissance, en un an il grandit de 30 centimètres et sa circonférence prend deux millimètres, elle aura augmenté de 50 centimètres en 250 ans.

— Tu ne m’impressionnes pas avec tes chiffres, il existe d’autres essences qui ne poussent guère plus vite.

– Laisse-moi finir et tu vas écarquiller les yeux. Les Celtes vouaient un culte particulier à cet arbre, culte que les Romains n’approuvaient pas. De plus, ils craignaient de s’aventurer dans ces sombres forêts d’ifs, tout était réuni pour faire la chasse à ces arbres. Le civilisationnisme des Romains pose la première pierre pour que les humains aient peur de la nature. Celle-ci est amplifiée à la Renaissance, ce qui a engendré l’anthologie du modernisme et la séparation de l’être humain face aux autres espèces et de la nature.

— Je vais te provoquer, tu me parles de l’histoire de  cet arbre qui est intéressante, mais je ne vois toujours pas sa singularité.

— Grand impatient laisse le temps à la fleur de s’ouvrir, butine l’information et prépare-toi à accueillir le saisissant, le déconcertant.

— Dis donc tu me mets l’eau à la bouche, j’espère que ton ramage sera à la hauteur de ton plumage…

— Écoute et juge par toi-même. Il peut tuer bovins, chevaux, moutons et chèvres par son poison dans ses aiguilles, ses rameaux, son écorce et ses graines ainsi que son bois, mais reste nourricier pour les sangliers et les chevreuils. Il a aussi participé à la mort de nombreux humains, son bois extrêmement dur et toxique en fit des flèches redoutables et permit aux Gaulois, Francs, Saxons et Anglais de gagner de nombreuses batailles. Violent, mais aussi complaisant, il peut guérir de certains cancers depuis que l’on a découvert les propriétés des taxanes. L’if est une porte entre la vie et la mort. Et tiens toi bien, il est considéré comme immortel, les chercheurs de nos temps modernes ont constaté qu’il se régénère de l’intérieur. Les Celtes étaient étonnés de son extrême longévité, ils avaient remarqué qu’ il pouvait se perpétuer éternellement, par les rejets de ces racines.

— Je reconnais que c’est un arbre hors du commun, la nature au travers de l’if nous donne un cours de leçon de choses.

— Aujourd’hui, c’est une espèce menacée, les peuplements d’ifs sont devenus rares. Ce qui me permet d’affirmer qu’à force de tout détruire nous, les humains, vivons dangereusement, car une majorité d’entre nous a rompu son lien avec la nature et se moque de la biodiversité.

— Ce n’est pas étonnant quand on constate que le bitume est l’un des plus grands envahisseurs. Comment veux-tu au milieu d’une mégalopole avoir un contact avec la nature ? Maintenant ce qui me rend triste c’est quand même de voir dans les campagnes des gens qui ont perdu conscience de ce que la nature, la forêt, apporte à l’humain. Comment est-ce possible que des bûcherons souillent un tel lieu en abandonnant bidon, pneu ou câble de débardage rompu ? Qu’un promeneur jette sans aucun remord papier de barre énergisante ou canette alu. Nous avons perdu le bon sens et gagné par l’insouciance, nous négligeons l’émerveillement et la contemplation de l’anodin.

— Cela nous conduit à oublier que la terre originellement est habillée par la forêt, nous sommes accueillis dans cette nature pleine de fertilité et que faisons-nous ?


— Ce n’est pas bien compliqué, nous prenons tout, nous coupons, détruisons et depuis quelques années consommons beaucoup plus que ce que la terre peut nous donner. Par exemple, à partir du 1er août 2024, nous avons consommé toutes les ressources que la terre à la capacité de produire en une année, nous vivons à crédit. En poursuivant ainsi, il nous faudrait 1,7 fois la terre par an, mais nous n’en n’avons qu’une. Mon côté révolutionnaire réapparaît, comment des hommes politiques peuvent prôner la croissance, la consommation à profusion et refuser d’agir, voire être sceptique quand ils ont tous les rapports des scientifiques. Seraient-ils les guides d’un troupeau que l’on amène à un suicide collectif ?

— Nous n’avons qu’une solution, retourner à l’école de l’univers afin de réapprendre. Celle-ci nous dirait : rappelez-vous les stoïciens, ils vous interpellaient sur l’importance des mots, vous n’écoutez pas, vous n’êtes pas assez attentifs aux parentés des mots. Humus est un mot qui partage ses racines étymologiques avec Humain et humilité qui signifient la terre. Des chercheurs ont démontré que l’humus est un antidépresseur, celui qui inhale ses odeurs respire du pollen, des nanoparticules qui stimulent des facultés mentales. Au plus profond de notre cerveau, nous avons comme un disque dur qui a imprimé l’histoire de l’humanité. L’humus réactive cette mémoire profonde qui nous redonne le moral et nous fait rajeunir.

— Attends deux secondes je veux chercher un livre…

— Tu en as mis du temps, je languis, car je me demande ce que tu peux vouloir ajouter à mon explication. Veux-tu me contredire pour reprendre la maîtrise de la discussion?

— Enfin! Cesse ou alors c’est un tsunami de déception qui va me recouvrir, pourquoi voudrais-je te dominer alors que je suis fier de tes recherches. Je veux te parler d’un navigateur au long cours, Bernard Moitessier.

— Cela me parle, il était compétiteur et décide de participer en 1968 à la première régate en solitaire et sans escale qui doit doubler les trois caps : Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn. Envouté par l’isolement et l’accointance avec la mer il a quitté la course pour poursuivre sa navigation dans les océans, il n’arrivait plus à rentrer.

— Tout à fait et je veux te lire cet extrait, écoute bien. « Cette chose douce et tiède que je pétris dans mes mains dont j’avais oublié la consistance, c’est de l’argile. Je l’approche de mon visage. Son odeur me pénètre lentement d’abord […] et ensuite je ne sais plus très bien ce qui se passe, la terre entière entre en moi, comme un éclair. Je revois ma nourrice chinoise […] me coucher face contre terre quand j’étais épuisé par un effort violent. Plus tard, elle me disait que la terre donne sa force et sa paix à ceux qui l’aiment et savent reconnaître son haleine. » *


— J’avais oublié ce passage, d’ailleurs les scientifiques du bois furent étonnés que leur découverte correspondaient aux savoirs d’anciens peuples celtes qui n’avaient pas leur moyen technologique. Cette nourrice, sans expérience scientifique, fait sentir la terre à l’enfant pour le calmer. Nous voici à nouveau face à une finesse invisible de l’univers.


—  Les chercheurs nous disent qu’il faut réapprendre à restituer une partie de ce que nous avons déforesté, afin de réaliser à nouveau le parfait équilibre. Il faut redonner aux forêts leur importance ainsi qu’aux arbres, nous disent-ils. Puis il nous faut accepter de partager avec reconnaissance et gratitude. Avec un tel comportement, nos modes vibratoires seront différents de ceux de l’avidité et du consumérisme qui domine actuellement, de ce fait un nouvel équilibre va arriver. La nature a une grande capacité, c’est de réagir vite et de nous offrir à nouveau le paradis, il suffit de le vouloir.

— Je repense à l’humus qui actionne le cerveau. Des recherches m’ont intéressé sur ces facultés. Elles sont surprenantes et si la nature tient une place importante dans nos vies, l’art aussi fait sa part de travail. Des chercheurs de Dijon ont fait des études en utilisant le chant et la musique sur le développement de prématurés, d’enfants autistes et de personnes âgées atteintes d’un début d’alzheimer. Les résultats furent positifs et extraordinaires.

— Le peintre Matisse disait : je ne peux m’empêcher de vieillir, mais je peux m’empêcher de devenir vieux. Pour avancer un tel argument, il ne pouvait s’appuyer sur des études scientifiques bien maigres à cette époque. Là encore, c’est la subtilité du ressenti qui le guidait.

— Je t’informe mon ami et confident de la vie que j’ai une bonne nouvelle, j’ai lu une étude datant du début de ce siècle où des chercheurs ont découvert le potentiel de régénérescence du cerveau adulte.

–– Dis donc cela m’intéresse, car j’entends beaucoup de gens de mon âge, voire plus jeunes, souvent dire « c’est triste avec l’âge on perd la tête. »  Raconte vite !

À suivre…

Épisode 20
*Extrait du livre, La longue route de Bernard Moitessier aux éditions J’ai Lu.

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