Il y a des moments dans la vie, on ne sait pas d’où ça vient, mais ça vient.
Une idée surgit et nous paraît un peu loufoque. Trop souvent, on rejette ce type de pensée pour moult raisons, mais particulièrement, car l’on craint de ne pas être sérieux aux yeux de la société, des autres.
Ne serait-ce pas l’inspiration soufflée par la vie pour développer notre créativité ? Même si l’on est loin des talents d’artistes, ce qui est mon cas, que risquons-nous d’essayer ?
C’est ce qui m’arrive un matin lorsque j’effectue le tour du propriétaire de notre terrain, ce message qui vient des profondeurs de mes entrailles me suscite de créer en cet endroit, une spirale.
L’idée est tellement forte, enchanteresse qu’il m’est impossible de résister et la nécessité de passer à la création ne peut-être remise à plus tard.
Nous pénétrons sur cette partie de terrain légèrement plus basse par un passage dans un muret, en observant je trouve que c’est sympa de commencer par cette entrée, à mes yeux cela représente l’accueil.
J’ai aussi envie d’y inclure des arbres et de rejoindre des roches qui affleurent la surface du sol.

Et voilà, en récupérant les nombreux cailloux épars, je construis petit à petit ma spirale et je suis fier de la voir prendre forme. Un tour puis un autre et j’arrive au centre.
À ce point sera planté l’oranger que Zélia et Jorges viennent de nous offrir.
Après être passé à d’autres activités, je retourne voir ma création. À ce moment, ma satisfaction s’envole comme une nuée d’étourneaux apeurés par un coup de fusil. Je prends conscience qu’il manque un tour, je fais, défais, refais, observe, mais point de satisfaction alors je recommence pour enfin arriver à terminer.
Je regarde et un contentement me gagne. Après cette journée de travail, je peux me coucher.
Le lendemain matin avec mon épouse, je m’octroie un petit déjeuner royal. Installé entre les oliviers et au pied d’un caroubier alors que le soleil se lève et qu’il est ovationné par le chant du merle, du rossignol et du geai.
Pour moi, il est temps de rendre visite à ma spirale. Je la remonte étreint dans ses rangs de pierres comme des bras, ils m’accueillent et me guident vers le centre.
Voici qu’une indisposition me surprend, cela ne va pas du tout !
La spirale doit arriver d’un lieu caché, discret, elle est une naissance des énergies du centre de la Terre ou encore une source de l’univers.

Cette nouvelle idée implique une modification complète de la forme initiale. Je pourrais rouscailler, tout ce temps passé, ces gouttes de sueur pour rien. Mais bien au contraire, c’est l’idée initiale qui permet à la seconde plus géniale d’immerger des neurones qui s’activent.
Je veux que le promeneur qui arrive ici soit accueilli par surprise, avec douceur et guidé doucement vers le centre.
Il doit y avoir plus de boucles pour que la remontée soit lente et ce cheminement conduise vers l’élévation.
La vie ne serait-ce pas, faire pour défaire et refaire pour encore défaire et peut-être une fois, un jour arrive la perfection ? À ce moment, la porte d’un monde nouveau nous accueille.
Je n’en suis pas là et me voici à recommencer à poser des pierres, me redresser, observer pour déterminer le meilleur chemin.
Je me rends compte que dans mes cailloux je ne cherche pas de ressemblance, il y en a des petits et des gros. Mais je trouve que l’ensemble finit par être harmonieux.

Une chose me surprend, je ne prends pas garde à la forme ou la taille des cailloux que je saisis, mais ce qui est incroyable c’est que chacun s’adapte au précédent. Leur forme permet une imbrication, une mise en valeur du suivant. Certains ont la forme de cœur, mais pour le visiteur il faudra être un fin observateur pour le trouver. Enfin, la spirale se referme, le travail est terminé et le soleil qui se couche à son zénith me pousse à l’ombre d’un olivier.
Repas, sieste puis d’autres activités et enfin avec le soleil couchant, retour à la spirale.
Et là encore une fois une brise me souffle que ce n’est pas au point. Trop ouvert à certains endroits, trop serré à d’autres, il me faut faire des ajustements.

Il n’est pas question de dire ça suffit j’en ai marre, cela n’existe pas.
Je mets en attente, car la nuit porte conseil et dès le lendemain un retour sur le lieu est évident qu’il faut remanier certaines boucles. C’est peut-être du détail, mais trop criant à mes yeux pour ne pas réagir.
Je repars à la recherche de pierres ayant des formes originales, parfois j’ai la sensation qu’elles m’interpellent.
— Hé tu m’as vu, je serais bien dans ta spirale !
Si j’entends le message par ultrason du caillou, inutile à toute autre personne de m’interpeller, je suis dans le monde du colimaçon.
Cette fois-ci, c’est bien reparti, les boucles sont soit plus ouvertes, soit plus refermées, oui je suis satisfait et le moment est venu de planter, là au cœur de la spirale, l’oranger.

Dans le pourtour, petit à petit viendront des fleurs et d’autres arbres. Comme des lucioles, de petites lumières illumineront la spirale la nuit, car elle est la gardienne du lieu.
Le travail terminé, je me suis demandé pourquoi l’idée d’une spirale et quel en est le sens.
Voici quelques informations que j’ai glanées et qui m’ont parlé et que je souhaite vous partager :
La spirale est un symbole sacré de la nature. On la rencontre un peu partout, chez les végétaux, les animaux y compris chez l’homme. L’ADN se présente sous la forme d’une double hélice en spirale. Dans la nature, l’escargot, les coquillages, des roches, mais aussi les jeunes pousses de la vigne ou encore le serpent lové. Même le caducée du Dieu grec hermès, etc.
La spirale se rattache à une idée de rythme et de progression, à la fois circulaire et ascensionnelle. Elle est aussi le symbole du rythme universel, elle évoque le mouvement, l’énergie, le mystère de l’univers.
Elle est la source de réconciliation de l’esprit avec lui-même et avec le monde. Elle est donc source de paix. Mais aussi d’inspiration et de création.
Ce soir, je suis satisfait, mais je suis conscient que la vie n’est que variation, alors spirale surement que tu vivras encore des changements.