Je ne tiens pas à vous lasser, mais me voici dans l’obligation de vous reparler de la spirale.
En plus de l’oranger qui préside, nous avons planté un lilas de Perse et un micocoulier de Provence dans son pourtour, très jeunes plants qui ont besoin d’eau pour résister aux chaleurs de l’été Algarvien.

Nous allons effectuer l’irrigation grâce à des oyas…
Quoi ? Qu’est ce ?
C’est une technique qui repose sur l’utilisation d’un pot d’argile cuit à basse température, afin de garder la bonne porosité. On l’enterre jusqu’au col, ensuite il suffit de le remplir d’eau. Puis très lentement, les parois poreuses vont la diffuser et elle sera absorbée par les racines des plantes.

C’est une technique ancestrale, de plus en plus connue et reconnue surtout pour son importante économie en eau.
Nous enterrons chacune des oyas à une quarantaine de centimètres des arbustes, remplis d’eau elles n’ont plus qu’à faire leur boulot pendant que nous dormons.
Au petit matin, vous ne l’ignorez plus, nous sommes des lèves tôt, nous arrivons sur notre terrain.
Effarement 😳, les trois oyas sont sortis du sol. Qu’est-ce que cela signifie ? Les arbres ne sont pas volés, nous n’avons pas à faire à une bête à deux pattes… mais à quatre pattes.
Les oyas ont été déterrées proprement et vidées de leur précieux liquide, l’eau. Les arbres n’ont pas été abîmés, c’est déjà une bonne chose. C’est presque un travail d’orfèvre.

Il y a deux jours, nous avons acheté une caméra nocturne pour observation d’animaux, mais pour cette nuit elle n’était pas au bon endroit. De sa position, elle nous révèle la présence d’une genette, le jour où nous aurons nos poules, il va falloir être vigilant…
Nos suppositions vont dans tous les sens. Comme il a fait très chaud serait-ce la genette qui avait si soif que cela ? Ou alors une renarde avec ses petits ? Il y a aussi des chiens errants ? Mais c’est un peu ridicule à cinq cent mètres de chez nous, une rivière s’écoule avec un bon débit.
C’est un animal futé qui n’a rien cassé, enfin si, cela nous casse les pieds !
Le soir même, tout est remis en place, les oyas dans la terre remplie d’eau et l’appareil photo en observation de notre oranger.
Le lendemain, impatient comme l’enfant au matin de Noël, nous filons vers notre appareil photo, la première chose nous constatons que rien n’a été déterré et bien évidemment pas un animal sur l’écran.
Cela aurait-il été l’acte d’un vagabond qui, ignorant la bonne eau fraîche du torrent, s’est rabattu sur la pitance de cette eau terreuse ?
Nous ne touchons à rien en espérant et rêvant que le lendemain soit comme ce matin tout en place.
Que nenni, en ce troisième jour à nouveau, les oyas gisent au sol, vidés de leur contenu, rien de cassé et les arbres point déterrés.
Nous filons vers le piège photographique et là nous n’en croyons pas nos yeux.
Nous les frottons efficacement pour épousseter les restes du sommeil ou des rêves, mais notre première vision ne nous a pas trompé c’est un… sanglier !

Sur la succession de photos, nous pouvons observer comment il procède délicatement. Puis il plonge son groin dans l’oya pour se désaltérer avec ce qui reste d’eau.
J’ai élevé ses cousins pendant vingt ans, le porc gascon, je connaissais l’intelligence de ces bêtes, elles m’ont souvent étonné, mais pas à ce point.
En tout cas pour nous, c’est moins amusant que les petits mammifères évoqués hier. Pour la simple et bonne raison que le cochon sauvage ou domestique est une bête puissante et têtue. Cette fois-ci, en plus d’être casse-pied, cela devient un casse-tête.
Je sais que les deux moyens efficaces sont soit une clôture électrifiée ou du fil de fer barbelé bien tendu. L’investissement est important vu la grandeur de notre terrain.
Après il y a d’autres subterfuges un peu plus aléatoires.
De toute façon, il nous faut intervenir rapidement, mais sans précipitation pour ne pas subir les railleries de madame laie ou monsieur sanglier, qui avec malice et amusement détourneront toute embuscade que nous pensions infranchissable.
L’urgence vient surtout du fait que ce malotru a déjà piétiné et arraché quelques-unes de nos fraîches plantations de fleurs. Il est vrai que lorsque l’on pèse entre 50 et 100 kg la grace d’une capucine ou la jeune pousse de calendula ne représente pas grand-chose.
Enfin, vous avez le droit de penser que pour d’anciens paysans nous ne sommes pas bien malins et nous aurions dû prévoir l’événement. Lorsque l’on s’installe sur le domaine de la faune sauvage, elle a bien le droit d’effectuer quelques visites de son territoire et surtout vérifier ce que ses intenables humains vont encore saccager ou bitumer.
Partager nos territoires dans le respect et l’équilibre donne de belles récompenses.
Ne voilà-il pas qu’une perdrix et ses sept perdreaux apprécient notre démarche harmonieuse entre secteur sauvage et entretenu. Sa balade en début d’après-midi est un beau cadeau.


L’apparition de ce volatile avec sa nichée est comme une sonate, cela adoucit les mœurs mais nous n’en oublions pas qu’il va nous falloir prendre des mesures efficaces et réfléchis pour donner envie à ce sanglier d’aller voir ailleurs.
