Histoire d’un manuscrit

Cela faisait quelque temps qu’une idée me harcelait : écrire des événements de ma vie.


Je n’ai pas réellement envie de raconter mon autobiographie, pour la simple raison que je ne trouve pas cela passionnant à écrire, je souhaite de la créativité et non un copié-collé. Mais une idée persiste qui me dit : dans ta vie tu as vécu des moments exceptionnels qui t’ont permis, soit de te sortir de situations pénibles ou de vivre des périodes impensables, voire inimaginables, par exemple devenir un jour paysan. Cette voix ou pensée insiste : c’est de cela que tu dois parler.


Des principes de mon éducation surgissent avec force,


— Te voilà bien prétentieux, mon ami. Ne rêve pas. Qui cela peut bien intéresser ?


Mais je ne suis jamais tranquille et c’est comme un petit caillou dans la chaussure qui ne fait pas vraiment mal, mais qui gêne. Et régulièrement, cette idée se rappelle à moi.


En cet automne 2023, la vie s’organise pour que j’arrête de courir par monts et par vaux et un léger problème de santé m’amène à un repos obligé.


Quoi de mieux pour écrire, en plus, Laetitia part à l’île de la Réunion dans sa famille.


Seul et du repos, tout est réuni pour que l’inspiration m’illumine.


Ces types d’événements qui m’ont sauvé la vie, j’en comptabilise quatre et pour cette écriture, je décide d’en oublier un.


Mon plan est posé, j’ai trois piliers qui se dressent au milieu d’une vallée, je dois créer un habillage pour les relier et avoir un pont, ou un viaduc qui donne une histoire censée, cohérente qui reflète mon chemin de vie.


Pour cela, je me laisse guider et je commence, je ne peux pas dire une biographie, car j’invente des situations. C’est assez particulier, car je parle d’événements vécus que je place dans un autre contexte que celui où je les ai vécus.


À l’inverse de ce qui est conseillé quand on veut se mettre à écrire, je n’ai pas de plan, j’avance à vue, en confiance. Je ne sais nullement quels sont les personnages qui vont intervenir et combien il va y en avoir. Les idées me viennent au fur et à mesure et je crée ces compagnes et compagnons d’écriture selon les besoins du texte. Ils seront plus de quarante à intervenir dans mon récit.


Tous ces personnages n’ont pas existé et un seul d’entre eux peut en réunir plusieurs que j’ai croisés.


Dès les premières pages, j’emmène mon héros principal dans des lieux que je connais et dans une activité que j’aime.


Je veux donner à mon texte de l’intrigue, de l’amour et même un peu d’érotisme. Là, je m’amuse et j’utilise mes connaissances, les rencontres de ma vie et aussi les histoires que j’ai pu glaner, auxquelles je rajoute toujours de la créativité.


J’écris beaucoup la nuit entre trois heures et six heures du matin.


Parfois, je peux écrire sans m’arrêter pendant plusieurs heures. Quand tout à coup la fatigue m’atteint et le cerveau est vide, il ne me reste plus qu’à me coucher. Quand je relis dans la journée je me demande où j’ai pu chercher cette inspiration. J’ai même la sensation que l’on me souffle les idées, car en plus je ne quitte jamais mon fil rouge : raccorder ces trois piliers en racontant des expériences qui ne me sont pas inconnues, seul le contexte est modifié.

J’ai la sensation d’effectuer un habillage d’apparat à ces trois pylônes et de relier le tout avec des haubans qui dans la vibration du vent font résonner des émotions de ma vie.



Ces lieux que je décris et où se déroulent les événements sont des endroits où j’ai voyagé et qui m’ont marqué par leur beauté, leur histoire. J’emmène mes héros bien sûr en Alsace, mais aussi dans des coins de France que j’apprécie tel que les Causses. Ils vont partir en van en Grèce, en Espagne avec quelques anecdotes en Suède, pour enfin se retrouver au Portugal avant de rejoindre les Vosges.


Je m’impressionne, car je retombe toujours sur mes pieds pour arriver à l’essentiel qui va donner un frisson au lecteur.


Les sentiments de joie, de tristesse, d’amour, de colère ou de révolte ainsi que de désarroi sont tous un partage de vécu intime. Je suis convaincu que c’est cela qui donne de la puissance et de l’émotion à mon texte.


Parfois en relisant j’ai la sensation de revivre mon expérience et des émotions comme une douce vague remonte des profondeurs de mon âme pour me tirer des larmes de peine ou de joie.


Peut-être même que l’écrit est en même temps une thérapie pour moi.


Je vais vivre au rythme de ce livre pendant sept mois. J’y investis mon amour, ma force, mon temps, ma passion de la vie.


Quand j’ai fini, mes mollets enflent, car je suis très satisfait de moi. Je fais lire le manuscrit à quelques personnes pour avoir leur avis, toutes l’apprécient.


L’une d’elles me touchera au cœur par son témoignage : « tu m’as fait lire ton texte au bon moment, car j’étais dans un passage difficile et ton récit m’a aidé. »


Merveilleux cadeau pour moi, car c’est ce que je veux au plus profond de moi que la lecture de ce livre avec mes différentes, riches et nombreuses expériences aide d’autres personnes. C’est une joie que de lire cela.


Par contre, j’ai du mal à trouver un titre. J’en voulais un, très court, juste un mot, mais cela ne vient pas alors à mon regret le titre sera un peu long.


L’arbre lui souffle ose !


Laetitia assure son job et le manuscrit part chez les éditeurs. À partir de l’automne, des retours reviennent toujours très polis, voire élégants, mais la conclusion est NON. Le nombre d’éditeurs n’ayant pas répondu se compte sur moins des cinq doigts de la main et mon moral se met en berne.


J’y ai mis tellement d’énergie, tellement d’amour que j’étais certain que le manuscrit serait édité. Le dernier refus arrive, achevant l’écrivain que je suis.


Je vis cela très mal, comme une invitation à remballer mon stylo et à passer à autre chose. J’en conclus que je suis un écrivain de pacotille.


L’hiver dernier, j’étais dans l’exubérance de l’écriture et en ce début d’année 2025 après ces refus j’ai tout abandonné et je m’ennuie, je me morfonds.


Un beau matin, je me réveille en forme, mon manuscrit n’a pu être édité, car j’ai omis de parler d’un événement très important qui m’est arrivé.


Pourquoi ne voulais-je pas en parler ? Peut-être, j’avais la sensation de revenir sur des expériences trop intimes. Ou alors de la pudeur mal placée. Enfin, peu importe, il faut que j’écrive cette partie. Il ne me faut pas longtemps pour reprendre le fil de l’histoire, solliciter l’une de mes correctrices et voici les trente pages qui manquaient sont bouclées.


Je suis satisfait de moi, c’est déjà une bonne chose, me lance mon épouse en admiration.


En écoutant une conférence, le titre du livre m’est soufflé. Juste un mot, son seul sens défini tout le récit.


Un mot magique que peu de monde connait et qui attise la curiosité.


Kairos, qui vient du grec ancien et qui signifie le moment opportun. Avant c’est trop tôt, après c’est trop tard. Quand on saisit l’opportunité, c’est le miracle.


Tout est bouclé, correction, relecture et je retente l’expérience avec les éditeurs, une dizaine.


Je me dis que je verrai bien, mais je n’y engage pas mon enthousiasme et mes sentiments. Je décide que s’il n’est pas édité et bien je le distribuerais en e-book via Amazon et pourquoi pas un petit tirage en auto-édition.


Mais dans tous les cas, il paraîtra.


Donc me voici dans la période la plus compliquée même si j’y mets moins de sentiments, l’espoir est présent. L’intelligence c’est au bout du compte de ne pas se laisser emporter par le désespoir.


Voilà la vie d’un manuscrit dans le cœur de l’écrivain que je suis.


Mais dans tout cela, mon réel bonheur, je préfère le mot joie, c’est qu’un jour alors que vous lisez ces lignes votre cœur s’accélère, car vous serez pris dans l’intrigue et que va-t-il y avoir au rendez-vous ? Ou pris par les sentiments, des larmes humidifient votre joue et l’incendie de la mélancolie est éteint par des rires.


Le feu d’artifice, je ne vous le cache pas c’est le message que vous m’écrirez.

Alors à bientôt pour la publication.

2 commentaires sur « Histoire d’un manuscrit »

  1. je dirais qu’il faut garder espoir et que tout arrive au moment juste, bravo pour avoir repris et compléter le texte, j’ai foi en cette nouvelle demande de publication 💫

    Zélia Rita

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