Quand tout commence





Il m’est impossible de définir mon âge, pourtant ma mémoire fonctionne toujours, car je peux vous dire qu’il y a 400 000 ans, je courais vers l’Est et je retrouvais le Danube. Puis un vacarme effarant et assourdissant résonne, la terre tremble, des volcans explosent de tous côtés. Les plaines se soulèvent, se soulèvent, se soulèvent, à l’époque le système métrique n’existe pas, mais je peux vous dire que j’ai l’impression qu’elles s’amusent à vouloir toucher le ciel. Elles sont tellement hautes, les sommets se couvrent d’une blancheur immaculée que les hommes des siècles plus tard nommèrent neige et glace.

Moi tout cela me perturbe, j’en suis tout chamboulé et voilà que je ne perds pas le Nord, car c’est vers lui maintenant que je me dirige. Au début, je suis désuni pourtant je suis Suisse et eux aiment ce qui est ordonné, mais voilà je tiens à prendre un titre de noblesse, dès ma naissance et je me fais remarquer. Je réussis, car les Romains avaient fait de moi un Dieu.

J’émerge au Saint-Gothard en deux torrents distincts et fougueux. Je creuse de formidables gorges près de Chur et je forme une frontière entre la Suisse et l’Autriche, j’aime cela non pas séparer les pays, mais les amener à réfléchir à leur rôle. Ils se battront, mais je leur permettrais de se relier grâce à de magnifiques ponts. Je vais séparer l’Allemagne et la Suisse en leur offrant une perle, le lac de Constance dans lequel je me prélasse alors que les habitants vont profiter du microclimat que je crée. Ils vont aménager de magnifiques vergers et leur besogne terminée, ils se reposent, une pinte de bière à la main en profitant de ma sérénité et en admirant les sommets enneigés des Alpes suisses. Cette fameuse montagne qui en émergeant, m’a dévoyée et compliqué la vie.

Aucune route, aucun panneau de signalisation, les sirènes qui m’accompagnent fredonnent sans se lasser « tu dois retrouver la mer « ! Elles omirent de me donner une boussole alors instinctivement je pars vers l’Ouest et je me fraye un chemin entre des vallons pour effectuer une chute de 23 mètres à Schaffhouse, les milliards de gouttelettes qui me forme n’apprécient pas outre mesure la violence du choc, elles se retrouvent dans un bouillonnement, se fracassant contre des roches, mécontentes, elles hurlent créant un vacarme qui apeurent les premiers habitants du site. L’émotion passée, je les aide à retrouver une sérénité afin de former une magnifique unité paisible et tranquille qui coule jusqu’à Bâle.


C’est à ce moment que je rencontre à nouveau un problème. Les sirènes hurlent comme la trompe des sauvages vikings « à l’Ouest, à l’Ouest « mais c’est impossible et je profite d’une cassure pour remonter vers le Nord. Je poursuis ma mission, selon certains de diviseur pour d’autres de réunificateur. Enfin, je traverse ce qui deviendra la plaine d’Alsace et je sépare des pays nations qui vont se nommer la France et l’Allemagne. Ils me feront souffrir ces pays avec leurs dirigeants imbus d’eux-mêmes avant de comprendre que je suis le fleuve de l’amitié européenne. Oui aujourd’hui je peux vous l’annoncer, je suis le deuxième fleuve d’Europe, mais à l’époque je n’avais pas conscience de l’importance que j’allais avoir.

Revenons à ma création, je vais m’écouler dans cette plaine sur 120 kilomètres. Je me suis amusé, mon lit s’étalait sur plusieurs kilomètres et mon flux perdit de la vitesse. Cette lenteur me provoque le désir de flirter un peu avec les sirènes qui jusqu’à présent m’avaient fait souffrir. Lors de séance de massage, je ne retenais plus ma libido qui me mettait dans un état d’enivrement, pourtant les Romains n’étaient pas encore passés pour planter les fameux vignobles tant d’Alsace que du Kaiserstuhl. Mais après la force développée et la fatigue engrangée pour franchir la Suisse, j’avais besoin de me délasser et dans des crues importantes j’étale tout mon enchantement. J’inonde forêt et campagnes créant ainsi de multiples bras morts qui se transforment en marécages. Certains villages changent fréquemment de rives, telles que Vieux-Brisach situé en rive gauche qui fut cerné par deux de mes bras, je deviens frivole et j’aime tout ce que je rencontre. Je paresse dans des étreintes sans fin avec les sirènes qui chantent la gloire d’une nature luxuriante, Vieux-Brisach perché sur la colline de Münsterberg en perd la tête, au X ème siècle je m’organise pour qu’il se retrouve à nouveau sur ma rive gauche et enfin dans mon jeu de chaise musicale au XIV ème siècle je décide de l’installer définitivement sur ma rive droite.


Je voulais partager mon plaisir qui décuple mes forces et j’ai provoqué des inondations incroyables qui sont sûrement relatées dans les vieux livres exposés dans la bibliothèque humaniste de Sélestat. En 1480 c’est l’apothéose, j’inonde la plaine de Bâle à Cologne, l’eau s’étend dans un rayon de 30 kilomètres autour de Strasbourg. Quel amusement quand je vois les habitants proches de Rouffach ou Colmar être obligés de se déplacer en barques. Certains maladroits tournaient en rond et ils en mettaient du temps pour retrouver la terre ferme, mes éclats de rire provoquaient des vaguelettes et d’autres perdaient l’équilibre et tombaient à l’eau. À ce moment, je pouffais et ma surface calme se transformait en tempête.


Je m’amuse tant durant ces périodes que j’ai remis cela en 1740 entre Vosges et Forêt-Noire, je ne formais qu’un immense lac qui se prélassait.


Ces déchaînements de mon amour de la vie n’ont pas été que des tourments pour ces populations je leur ai permis d’avoir une terre fertile grâce aux alluvions et l’Alsace devient un grenier. Le roi Louis XIV du haut du col de Saverne, apercevant la plaine d’Alsace s’écria « quel beau jardin, « et cela grâce à moi !


J’étais capricieux et après avoir joué au plaisantin et fait un peu souffrir ces peuples, je me suis glissé en Allemagne dans des gorges pouvant atteindre 200 mètres de profondeur. Mais cela je vous en parle dans la suite de mon aventure !


Je suis certain que vous avez deviné qui je suis, sinon c’est une citation que Victor Hugo a écrit à mon sujet qui va révéler mon identité.


« Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil… »


Lecteur, tu comprends ma fierté !

4 commentaires sur « Quand tout commence »

  1. Bonsoir Laurence,
    Bien eu ton message, merci de t’abonner au blog.
    Par contre sur ton message nous avons enlevé tes coordonnées car il peut être lu par d’autres lecteurs du blog.
    Je les ai enregistrés.
    Cet article a une suite qui est deja paru au titre : Le Rhin et sa romance et un troisième va paraître. Pour ce dernier tu revevras une notification.
    Belle soirée !

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