Flânerie en Alsace


Les voyages lointains sont à la mode et l’on en est à ignorer les trésors qui sont proches de nous, parfois même les méprisons nous.

Combien de fois ai-je entendu, mais tu vas encore à ce lieu ?

Effectivement, il y a des endroits où j’aime retourner, voire même me prélasser, car je les trouve beaux, je m’y sens bien et ils m’apaisent.

Alors cet automne, quoi de plus extraordinaire que de se promener dans le vignoble, de revoir des châteaux connus comme le Haut-Koenigsbourg qui se découpe de loin dans le ciel, ou de relire des histoires que je connais et d’en découvrir de nouvelles.



C’est Edgar Morin qui dit que l’une des richesses pour bien vieillir c’est de conserver de la curiosité. Je rajouterais et surtout ne pas penser que l’on connaît tout, donc rester ouvert pour s’étonner et s’émerveiller.

Un noble sentiment s’élève au plus profond de moi : partager dans la simplicité.

Je vous emmène dans une promenade, de vallons en vignobles et vignobles en agglomération.

Où je me trouve, le château de l’Ortenberg occupe une place privilégiée parmi tous les châteaux forts alsaciens. À l’époque féodale, il en existait plus de 500 et un peu plus de 200 vestiges sont arrivés jusqu’à nous.



De ruines, où il ne reste que quelques pierres, au majestueux Haut-Koenigsbourg remis en état par Guillaume II, lors de l’annexion de l’Alsace en 1871 jusqu’en 1918. Il aura fallu 8 ans de travaux de restauration, car il avait été pillé et incendié pendant la guerre de 30 ans. Les premières mentions de ce château datent de 1147 et il ne faut pas ignorer que Koenigsbourg signifie « château royal « .

L’Ortenbourg lui fut construit en 1262, il nous est parvenu dans un état de conservation assez remarquable.

Par la suite, l’Ortenbourg fut adapté aux besoins militaires modernes. Ce château est considéré comme une très belle place forte défendable par 22 hommes. La guerre de 30 ans lui sera fatale, il fut incendié.

Son voisin le château de Bernstein fait partie des plus anciennes forteresses d’Alsace, il est cité dans certain texte vers l’an 1009.



Ce chemin qui voit passer dans nos temps modernes moult tracteur ou machine à vendanger a connu d’autres succès, c’était la route du sel encore nommée chaussée des sauniers. Elle fut empruntée dès le moyen âge et permettait l’acheminement du sel des salines de Lorraine jusqu’au Rhin. On comprend mieux la présence des châteaux qui étaient là surtout pour contrôler les marchandises et récolter la dîme.

Le fleuve a toujours eu une place importante, voyez mes articles précédents.

La route du sel croise un axe encore plus vieux puisque nous voici sur une voie romaine balisée par des bornes militaires en granit placées tous les milles romains soit 1478,50 mètres.



La vigne nous entoure, alors c’est d’elle que je veux vous parler. Je ne vous ferai pas l’affront de vous expliquer les différents cépages que vous devez connaître et apprécier, mais nous allons surtout découvrir les vieux métiers de la vigne.



Le mieux n’est-ce pas de commencer par une légende ?

Les sorcières ou les loups qui occupaient encore les forêts en sont souvent les personnages principaux, une fois n’est pas coutume et c’est un âne qui est à l’honneur.

Cet âne avait repris sa liberté et malin il détournait tous les traquenards placés par les vignerons pour retourner au dur labeur de la vigne. Il broutait les rejets des pieds de vigne, mécontent les viticulteurs furent prêts à occire le baudet. Jusqu’au jour où ils remarquèrent que les vignes qui avaient été grignotées donnaient des grappes bien plus belles. L’âne put vivre des jours heureux et les vignerons chantèrent, car leur récolte s’était améliorée.

Le vin est bon, la légende est peut-être bien vraie, mais ce qui est certain c’est cette guerre des paysans qu’ont connus ces vieux cèpes. Au XVI ème siècle, l’ordre ancien est remis en question par ces hommes rustiques et ils se révoltent en 1525 à la mi-avril, car ils aspirent à davantage d’équité et de liberté. Ils prennent les armes sous le symbole du   » Soulier de lacet « , chaussure que les paysans avaient adoptée par opposition à la botte à éperons des seigneurs.



La guerre s’achève en mai 1525, les rustauds furent écrasés par les troupes du duc de Lorraine. On compte près de 20 000 morts dans la région de Saverne et 4000 du côté de Sélestat.

Les revendications des paysans seront reprises lors de la révolution de 1789 et aboutiront.

Mais revenons aux vignerons, il faut savoir que sans de nombreux artisans celui-ci aurait connu bien des difficultés pour presser et conserver son vin. Il en est particulièrement deux qui avaient un rôle primordial.

Tout d’abord le tonnelier qui bien entendu comme son nom l’indique fabrique des tonneaux, mais pas seulement, il réalise aussi des hottes, des cuveaux, des saloirs et bien d’autres récipients en bois. Son activité ne s’arrêtait pas à la conception de tous ces objets, il avait un rôle primordial lors de la vente du vin. Il veillait au transfert du vin depuis le tonneau jusqu’au chariot de l’acheteur, pour cela il était assermenté. Dans les villages, des maisons remarquables ont été construites pour les tonneliers. Le poteau cornier était fréquemment sculpté et représentait le tonnelier avec son maillet et un verre à pied.

Autre métier important le charpentier, jusque dans les 1930 il procédait au traçage et à la préparation du pan de bois destiné pour la future maison à colombage. Avant façonnage, le bois était immergé dans une rivière qui souvent traversait le bourg, c’était un traitement efficace contre les insectes et la cellulose et cela augmentait la durée de vie du bois.



Puis les troncs étaient équarris à la doloire, débités à la scie et aplanis à l’herminette. Pour l’assemblage des pièces en tenons et mortaises étaient utilisés le ciseau et le bédane.

Ces deux métiers se retrouvaient pour construire et entretenir les pressoirs à vis en bois. Un système d’empilement de planches grâce à l’action de la vis exerce une pression égale sur les grappes.



Tout effort mérite récompense quoi de mieux qu’un banc au pied d’un chêne majestueux pour récupérer et assimiler toutes ces informations.

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