En France, on n’a pas à se plaindre !



Qui n’a pas entendu cette phrase :

« En France, on n’a pas à se plaindre ! ».

Ce qui n’est pas totalement erroné si l’on se compare à certains pays européens encore que, en ce moment, nous sommes plutôt le pays à la traîne. Si l’on poursuit cette comparaison avec les pays d’Asie ou encore d’Afrique, cela devient une évidence. Je poursuis, et si l’on compare avec des pays où le droit des femmes n’existe pas ou encore en guerre, cela devient criant.

Mais cette phrase ne serait-elle pas un couteau à double tranchant ou en même temps que je coupe quelque chose j’appuie sur la lame et je me coupe la main ?

Quand j’analyse l’évolution de notre société française, je suis bien obligé de prendre conscience que dans de nombreux domaines nous régressons : la santé, les retraites, la scolarité, les EHPAD, l’ambiance dans les entreprises avec une multiplicité de maladies qui touche les salariés comme la dépression. Quant à la jeunesse, elle est atteinte de perte de sens et pour un trop grand nombre la solution est le suicide.

Certains philosophes nous ont avertis sur le pouvoir des mots. Les résultats se profilent, à force de dire « on n’a pas à se plaindre» « les gouvernants en profitent pour faire reculer conditions de travail et qualité de vie pour le peuple alors que quelques milliardaires ne cessent de faire grossir leur fortune.

Une amnésie collective s’est mise en place sur l’histoire du monde ouvrier. Lorsque l’on dit que le français est un individu privilégié, on efface des mémoires que, ce que nous avons, ce dont nous profitons aujourd’hui c’est la victoire de nombreuses luttes des salariés. Dans ces luttes, certains perdirent leur vie, d’autres allèrent en prison ou se retrouvaient avec des mutations ou sanctions disciplinaires.

Alors on parle d’acquis et si je regarde la définition de ce mot dans le Larousse il est dit : avantage, privilège, droit qui ont été obtenus grâce à des actions, des luttes.

Je suis sidéré et je connais quelque peu mon histoire et vous n’êtes pas sans ignorer le livre des Misérables, publié en 1862 par Victor Hugo. Nous ne sommes pas à l’époque Romaine ou féodale. Nous sommes au XIXème siècle. Certains vont s’exclamer, mais cela date de mathusalem. N’oublions pas que dans l’évolution de la Terre ramenée à 24 heures la présence de l’homo sapiens représente un clin d’œil. Donc l’on peut dire que cette époque de l’émergence de l’industrialisation était en début de matinée et nous en ce XXIème siècle sommes en fin d’après-midi.

L’histoire de nos acquis, de nos privilèges prennent racine dans ces luttes. Qui veut revivre comme dans ces années ? Qui veut vivre comme dans les pays en voie de développement ?

Encore que, parfois en me promenant dans les villes, je vois des gens vivre dans leur voiture alors qu’ils ont un travail, je constate que les villages de tentes s’agrandissent, cela m’interroge. J’ai vu disparaître à la fin des années 70 début 80 les bidonvilles et voilà qu’ils réapparaissent. Mais au fait que se passe-t-il en ces temps modernes où l’on nous parle à tour de bras d’intelligence artificielle ? D’ailleurs c’est une métaphore, écoutez ce que disent certains scientifiques à ce sujet. Mais que se passe-t-il alors qu’une partie de la population n’a pas accès au minimum, la santé, un toit sur la tête, l’eau courante ou du chauffage ?

Certains médias ont fait leur travail de sape et ces gens sont traités de cas sociaux, j’ai même entendu avec mépris « les cas sos », ou encore on leur reproche d’être des assistés qui profitent du système. Quand je propose à ceux qui portent ces critiques « pourquoi tu ne fais pas comme eux puisque c’est une situation aussi intéressante « pour toute réponse : je n’ai que zozotement.

N’est-ce pas une fausse direction, dont le guide n’est autre qu’un état sans foi ni loi ? La responsabilité d’un gouvernement n’est-elle pas d’assurer à son peuple une amélioration de ses qualités de vie et non pas d’assurer de renflouer le matelas financier de quelques milliardaires ?

L’une des tristesses de notre système c’est qu’il y a un certain nombre de personnes que l’on nomme les classes moyennes qui vivent aisément et dès que l’on parle de riches, ils se sentent concernés, leur égo se révolte, car la peur qu’on leur prenne ce qu’ils possèdent après des années d’effort et de travail les envahit. Mais ce ne sont que des marionnettes du système qui comme tout le monde paye pour l’enrichissement des actionnaires. La subtilité est là, leur faire croire qu’ils payent pour les fainéants qui ne bossent pas.

Monter les différentes classes les une contre les autres, créer des peurs c’est très efficace pour parvenir à des fins inavouées.

Les questions existentielles sont :

Est-ce que pouvoir se soigner, vivre décemment, avoir des enfants qui s’instruisent et à qui l’on donne la capacité de réflexion, de critiques c’est un privilège ? C’est tout juste un besoin vital comme respirer.

Est-ce qu’avoir du temps libre pour s’instruire et se cultiver est un privilège ? Je m’en référerai à Victor Hugo qui disait : « Lire c’est comme boire et manger. L’esprit qui ne lit pas maigrit, comme le corps qui ne mange pas. »

Mais n’est-ce pas ce qui est recherché par les gens de pouvoir, que les esprits se réduisent et ne puissent plus réfléchir pour être manipulés avec plus grande facilité?

Toujours réduire ce qui donne une meilleure qualité de vie à l’humanité me convainc que ces gens sont diaboliques et leur cœur est remplacé par un lingot. Ils donnent en exemple d’autres pays européens limitrophes, arguant qu’ils ne possèdent pas nos privilèges et que c’est eux qui ont raison. Il faut selon cet argument tirer les acquis sociaux vers le bas. Mais ne sommes-nous pas en train de mettre la charrue avant les bœufs ?

C’est un peu comme si on argumentait que dans de nombreux pays la femme n’a pas de droit de vote ou pas de droit du tout, donc il est grand temps de leur retirer le droit de vote ou de supprimer certaines de leurs libertés, comme le droit à l’IVG ! Comment réagirait la population ?

Pour éviter toute réaction et rendre le peuple léthargique, ils avancent l’argument de l’argent, il n’y a pas d’argent.

Tout économiste sait qu’avec le plein emploi les caisses seraient pleines. Est-ce les salariés qui un jour ont demandé à leur patron de délocaliser et de se retrouver sans emploi ?

Je ne crois pas, donc les voici au chômage, ne payant plus de cotisations sociales, détruits psychologiquement et on les rend responsables de la situation.

Quand je vois à quel prix sont payées certaines publicités télévisées, quand je vois les réceptions qui sont organisées dans certains milieux, quand je vois les évasions fiscales, j’ai des doutes sur le fait qu’il n’y a pas d’argent.

Ce qui m’étonne, certains patrons et le gouvernement clament et pleurent qu’en France ce n’est plus possible, les charges sont trop importantes.

Dans ma petite tête, il y a une chose que je ne comprends pas, la société allemande Liebherr France existe depuis que je suis gamin. Depuis 50 ans, je constate qu’elle ne cesse de s’agrandir et il y a quelques jours, elle vient d’acquérir plusieurs hectares appartenant à la ville de Colmar pour encore s’agrandir.

Les charges ne sont-elles pas les mêmes ? Certes, il y a des aides de l’État, mais toutes les grandes entreprises bénéficient d’aides et sans contrepartie.

Pourquoi quand la société Brandt annonce qu’elle ferme ses portes et licencie, les salariés montent un projet de SCOP et celui-ci est refusé par le tribunal de commerce ? Ne serait-ce pas une volonté de maintenir le chômage, ou encore une piètre existence à une partie de la population afin qu’elle devienne servile ?

Alors n’y aurait-il pas tout simplement un style d’esclavagisme moderne que l’on essaye de faire accepter par la population comme irrévocable avec des arguments mensongers.

Ces personnages qui croient être sortis de la cuisse de Jupiter sont punissables pour non-assistance à personne en danger, car aujourd’hui c’est bien le peuple qui est en danger. Je cite ici Pierre Rabhi, « Nous ne vivons pas, nous sommes conditionnés, endoctrinés, manipulés pour n’être que des serviteurs d’un système. »

Alors à force d’appuyer sur le couteau à double tranchant, en disant : « En France on n’a pas à se plaindre « on est en train de s’amputer de la main et bientôt d’autres organes.

L’histoire nous démontre que le peuple solidaire est le plus fort et dans notre monde moderne c’est le consommateur qui, avec son porte-monnaie (je suis démodé), plutôt sa carte bleue incluse dans son smartphone, possède une puissance incroyable.   

Non seulement il n’y a pas de mal à reconnaître que nous ne sommes pas mal loti et que ceci est l’acquis de luttes ou de propositions du Conseil national de la résistance, mais plutôt à en tirer une fierté. De se souvenir que les Communards avaient déjà des revendications avant-gardistes et qu’ils furent réprimés dans le sang.

Notre travail, nos actions, surtout au niveau politique, sont de tirer les autres vers le haut, pour une société plus humaine et bienveillante !


P.S. Voyez mon livre, La bienveillance, une solution pour demain.

En ebook sur Amazon.

Laisser un commentaire