Est-on à la place de celui que l’on critique ? Sait-on ce qui se passe dans la boule de cristal qui brille au plus profond de son être bien souvent au niveau du ventre et qui se nomme émotion ?
Julio Cortazar, écrivain argentin, disait :
« La lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité que l’on refuse. »
À suivre
Dans mon enfance, on m’avait appris que seul un vieux monsieur à la grande barbe assis sur un nuage et appelé Dieu avait le droit de nous juger, je crois que c’est ce que l’on nommait le jugement dernier. On ne m’avait jamais prévenu que tout au long de la vie, c’est une pluie de jugements sans queue ni tête qui nous tombe dessus laissant chaque fois une trace indélébile.
Mes cheveux blancs, mes rides et le cœur perturbé me donnent envie de pousser un cri. Ne portez pas de critiques, pas de jugement, donnez votre avis avec tendresse si on vous le demande, et surtout soyez bienveillant c’est le remède pour notre monde.
Les gens n’ont pas besoin de conseils, ils ont besoin de compréhension !
Un comportement de compassion entre tous les humains déstabiliserait ceux qui calculent pour nous maintenir dans l’arène des hostilités afin que le mirmillon enfonce sa dague dans nos thorax, avec une arme vieille comme Hérode : la diffamation. Cela permet de maintenir les gens dans la haine les uns envers les autres.
Fait-on du bien en nourrissant des clivages envers les chômeurs, les fonctionnaires, les travailleurs indépendants, et la cerise sur le gâteau, en alimentant le feu du racisme ?
Certains me disent, mais ce n’est pas une critique, c’est une constatation. Me voici devant une grande interrogation, effectivement si je dis que le maire de mon village ne dirige pas correctement la commune. Est-ce une constatation ou une critique ? C’est juste mon avis qui n’a de valeur que pour moi. Mon interlocuteur, à l’inverse de moi, trouve qu’il est très bien. Pourquoi aurais-je plus raison que lui ?
J’ai le sentiment que la frontière entre la critique et la constatation est délicate et pas évidente.
Quand je divorce, certains m’ont dit que j’étais un goujat. Est-ce une critique ou leur propre ressenti ?
Certes en apparence je donnais l’image d’être un couple qui fonctionne bien. Avant le jugement sommaire et incisif ne devrait-on pas nourrir la tolérance et se dire que l’on n’est pas dans la vie de l’autre ? On ignore tant de choses, les douleurs, le mal-être de ce dernier. Qui n’utilise pas de beaux vernis, un maquillage pour rendre la façade doucereuse et rieuse alors qu’on a la boule au ventre et que le cœur n’a qu’une envie hurlée : aidez-moi !
Le jugement gratuit, n’est-ce pas aussi une arme de destruction presque massive ? Durant ma vie de commerçant ambulant, j’ai eu un client d’un certain âge, très sympathique et jovial, que je devais livrer à domicile. Un jour, il me confia :
« j’ai 18 ans et avec une bande on fait un peu les marioles. On décide de braquer une banque, mais on est très mal organisé, la police arrive. Pour se sentir forts, on a des pistolets, je panique, je tire et je blesse grièvement un policier. J’écope de 30 ans de prison que j’effectue, aujourd’hui je ne peux plus aller sur le marché, tout le monde me regarde de travers. »
C’est une belle leçon pour moi, car ce monsieur est non seulement sympa, mais instruit, pendant ses années de prison il a étudié. Discuter avec lui est fort intéressant. Sur la route me ramenant à mon domicile je fut perturbé par le comportement humain, pourquoi sommes-nous capables de garder de la rancœur après tant d’années ? De semer tant de haine ? De ne pas tenter de comprendre ?
Cet homme a payé face à la société, pourquoi continuer à le juger ? De quel droit ? Sommes-nous vraiment des saints sans reproches ? Un jour qu’une prostituée allait se faire lapider, Jésus est arrivé, il a ramassé une pierre et prononcé : “ que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre.” La foule qui était prête à s’unir dans des violences et hurlements de haine s’en alla. Certains vont dire que ce ne sont que des fadaises. Peu importe, car le sens de cette parabole est clair comme de l’eau de roche.
Même si l’on ressent des sentiments d’intolérance, de rancœur, de colère ne deviendrons-nous pas nous demander, pourquoi je ressens cela, qu’est-ce qui me dérange ? N’ignorons pas que les mots blessent. Sommes-nous sur cette Terre pour faire de la peine ? Pour distribuer ou rendre des coups ?
Car combien de fois exprime-t-on avec conscience une phrase dont on est convaincu qu’elle est attentionnée et pourtant son impact va être opposé ? Ce conseil d’ami qui n’est pas exprimé au bon moment ou mal dit.
Quand mon épouse a eu son cancer, de nombreuses fois pour nous redonner du courage, nous avons entendu ces mots : ce n’est qu’un cancer du sein, ce n’est pas grave, maintenant cela se guérit.
Peut-être, mais c’est un cancer et ceux qui ne le vivent pas ignorent tout de la violence du mot qui engendre la peur de la mort.
Alors que j’étais dans le deuil de sa disparition à l’âge de cinquante ans, des copains proches pensant me remonter le moral lançaient en riant : Ne t’inquiète pas, tu es jeune tu vas refaire ta vie !
Déjà, c’est une expression absurde, car on poursuit sa vie, on ne la refait pas. En plus, je ne veux pas rencontrer une autre personne, je n’ai qu’un souhait que celle qui s’est envolée revienne à mes côtés.
Peut-être est-ce pour ces phrases dévastatrices qu’un proverbe nous conseille de tourner sept fois la langue dans la bouche avant de parler ?
Ne serions-nous pas des handicapés de la communication ? On en parle beaucoup de cette communication, mais quand on parle de trop d’une chose n’est-ce pas parce que l’on n’excelle pas dans son domaine ?
Que dire de plus ?
Méditons sur notre comportement, rien ne sert de se culpabiliser, l’essentiel étant de changer et pour cela il n’y a point d’âge !
Socrate disait :
« L’important n’est pas de vivre, mais de vivre selon le bien. »
A suivre, un geste simple !