Un geste mémorable




Après ces trois textes relatant les difficultés des relations humaines, qui dans notre jardin intérieur laissent la place aux plantes épineuses ou urticantes. Je m’y promène et au détour d’une allée dallée, une luminosité me permet d’apercevoir des fleurs avec une finesse alliant fragilité et force, leur couleurs flamboyantes m’illuminent de joie. C’est un geste d’une simplicité exceptionnelle qui avive mon espace secret, les boutons de rose s’ouvrent et le rossignol décline sa mélodie.

Je vous raconte : Cette histoire commence par une belle journée, le 6 décembre fête de Saint-Nicolas, pour nous gens de l’Est c’est une grande fête. Des villes comme Nancy, Bar-le-Duc et d’autres organisent de grands défilés. En Alsace ce soir-là on mange des manalas ( brioches ayant la forme d’un petit bonhomme) avec du café au lait ou mieux encore quelques verres de gewurztraminer. Les enfants reçoivent des Saint-Nicolas en pain d’épices, car plus personne n’ignore que la capitale du pain d’épices c’est Gertwiller dans le Bas-Rhin.

Alors ici à l’Ecopark dans les tréfonds de l’Algarve, les gérants du lieu qui aime sans différences Allemands, Néerlandais, Belges, Français, Anglais, etc, ont organisé à cette occasion le repas de Noël. Chacun est invité à amener une spécialité de son pays ou de sa région.

Moment de grande convivialité et de gourmandise culinaire. Comment résister aux frites non pas de l’ami Fritz (grand personnage en Alsace), mais de notre ami belge, des vol-au-vent eux aussi de Belgique, la carbonade flamande encore des Belges, un hutspot de Hollande, des harengs aux oignons des Néerlandais, une bacalhau de nos amis Portugais et un rougail saucisse de mon épouse qui a une partie de son cœur à l’île de la Réunion.

Nous sommes à table avec des gens que nous ne connaissons pas, un couple d’Allemands et un couple de Hollandais, Laetitia se débrouille très bien en anglais et moi je baragouine.

Dans notre discussion de quoi parlons-nous ? Je vous le donne en mille ! De nourriture, et des spécialités que nous apprécions. Nous qui avons un peu voyagé et sommes toujours curieux de déguster la gastronomie des pays que nous découvrons, nous parlons de l’une de nos gourmandises que nous ne ratons jamais sur le marché d’Amsterdam, il parait que ce sont les meilleures : les stroopwafel. Ce sont des gaufres fourrées au caramel, nos voisins Hollandais que nous n’oserons pas démentir, nous diront que les meilleurs se trouvent à Gouda. Le temps passe, les voix sont emportées par l’enthousiasme et peut-être un peu le vin, cette ambiance est survolée par de nombreux éclats de rire.

Le soir, tout le monde rentre dans sa maison sur roues ravit de ces instants mémorables qui démontrent que les citoyens de n’importe quel pays ne veulent vivre qu’une chose la paix et la bonne entente.

Voici que défilent les fêtes de fin d’année dans un bel ordonnancement pour ne rien chambouler, d’abord Noël puis Nouvel-An. Comme vous le savez, nous passons ce dernier amoureusement autour d’un feu de bois qui est aussi un feu de joie.

Un certain nombre de campings caristes retournent auprès de la famille pour revenir une fois les agapes terminées sous le doux soleil de l’Algarve.

Les journées reprennent leur rythme tranquille pour certains devant un livre, d’autres font de la marche ou encore de la cuisine et un fumet taquine l’appétit de ce petit village de voyageur.

C’est à ce moment que l’on entend une voix devant notre porte qui nous sort de nos occupations. Une dame est là tout sourire et nous offre un sachet de stroopwafel. C’est notre compagne du repas de Noël qui est remontée avec son époux auprès de la famille aux Pays-Bas pour la trêve des confiseurs. Et c’est là-bas dans ce pays du froid où les canaux sont gelés et où les patineurs s’en donnent à cœur joie, enfin je pense que maintenant c’est une image d’Épinal, que ce couple pense à nous. Ils font des courses et complètent leurs achats par des stroopwafel à nous offrir.

Quelle contradiction entre les jugements, les critiques, le dénigrement et ce geste amicalement puissant.

Savoir se faire plaisir en faisant plaisir est un principe que je défends depuis des années. Ce geste a aménagé dans notre jardin intérieur un lieu où il fait bon se prélasser, où les fleurs sont odorantes et le chant du rossignol nous rappelle pour l’éternité que la prévenance, la délicatesse, l’attention sont le liant le plus intense des êtres les uns avec les autres.

Un vieux proverbe dit ceci : « aimer c’est savoir entrer dans le jardin de l’autre pour enlever les ronces et y faire pousser des fleurs. «

Sur cette terre, de nombreuses personnes sont capables d’effectuer le geste gratuit qui éclaire la vie. Sans aucune condition ni arrière-pensée, juste faire plaisir. Un bonjour, une porte tenue à l’entrée d’un bâtiment, ramasser l’objet que la personne fait tomber et qu’elle n’a pas vue, l’acte bénévole désintéressé. Offrir un sourire c’est enclencher pour l’éternité l’interrupteur de la joie, d’une énergie invisible qui répand la bienveillance, le respect et un bien-être profond.

Mes yeux parcourent les lignes d’un livre et mes pensées s’évadent en se demandant pourquoi tant de contradictions dans le comportement humain ?

Ce livre d’un philosophe connu, Frédéric Lenoir, me donne une réponse.

Nombreuses sont les personnes qui prétendent qu’il faut bien s’informer, mais ces informations rendent l’humain vulnérable en versant dans le dramatique de la société. Est-ce la représentation exacte de celle-ci ?

L’actualité imprime dans nos esprits les images les plus anxiogènes. J’ai le sentiment que nombreux sont ceux qui sont captivés par ce qui choque et ce qui effraie.

Selon les dires de mon écrivain, notre cerveau se sent plus vivant en étant exposé à l’angoisse, il a l’illusion de se préparer à affronter un danger. Est-ce que cela nous permet de nous sentir plus forts, ou utiles ?

Par contre, il est aussi démontré que passer du temps à contempler un arbre qui frémit sous une brise légère, lire, écouter une musique douce, avoir des conversations profondes, partager des instants de vie, s’émerveiller, contempler, cela nous régénère et nous calme. La sérénité éteint les projecteurs de ces nouvelles déprimantes, leur cri de violence s’éteignent, tels les lampions quand la fête est finie.

Alors nous retrouvons la capacité à entendre la voix du sage qui est dans notre jardin intérieur et qui rend l’humain généreux et bienveillant.

Voilà comment un petit geste d’amitié est une semence de paix, de joie et de bonheur pour tout le monde.

Aristote disait : faire du bien aux autres est de l’égoïsme éclairé !

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