Le flamenco




Comme nombreux d’entre nous pour moi le flamenco était une danse espagnole bruyante ou l’on lançait de temps à autre un « Olé !« . Exclamation, qui parmi nos soirées festives revenait à l’improviste pour tout et n’importe quoi et terminer en plaisanterie absurde « café olé!«

Heureusement les années passent et avec l’âge non seulement j’acquière un peu de sagesse, associée à un brin d’intelligence, pourtant le flamenco ne m’intéresse pas plus que cela.

Jusqu’au jour où lors de notre grand voyage à vélo (voir mon livre « Cheminer du rêve à la vie à vélo », 21 000 kilomètres en 16 mois) la curiosité m’anime ainsi que ma charmante épouse Laetitia. D’ailleurs, c’est tout l’intérêt d’un voyage, être curieux et animé par un besoin d’apprendre et découvrir.

Nous voici en Espagne à Valencia, très belle ville où notre curiosité est à cran, exacerbée par les nombreuses originalités de la ville.

Entre la cité des sciences, la cathédrale et le saint Graal, la Lonja de la Seda et le marché central, on ne sait plus où courir dans ces ruelles où le parlé des autochtones est fort et chantant.

Nous sommes donc dans une marche sans but précis avançant selon notre fantaisie à la recherche d’un bar sympa où boire une sangria rafraîchissante avec quelques tapas, instant de détente qui doit calmer notre empressement d’arriver au lendemain midi. Mais pourquoi donc ?

Nous avons réservé dans un restaurant réputé pour ses paëllas. Il nous faudra requérir une grande patience, car nous sommes informés que la qualité d’une paella est en partie due à la lenteur de sa cuisson ; une fois, arrivée dans le comedors l’attente sera de quarante minutes. Étant dans le berceau originaire de ce plat savoureux, nous sommes prêts à tout pour nous régaler.

Lors de cette déambulation où notre cerveau est dans un imaginaire volcanique en rêvant à ce qui nous attend le lendemain, nous passons devant un bâtiment d’où sortent des notes de musiques et des chants qui n’ont rien de religieux. Pourtant de l’extérieur, le bâtiment ressemble bel et bien à une église.

Nous nous avançons gagné par de l’indiscrétion en tout cas par l’intérêt de répondre à notre appétit de comprendre ce que cela peut bien être.

L’entrée est gratuite et l’église n’a plus rien d’une église et, à la place du cœur, un concert de flamenco. Je vous le disais, nous ne sommes pas particulièrement attirés par cette musique et nous aimons encore moins le café olé, mais nous voici captés par les sons, par la danse. Nous trouvons notre place dans la foule de spectateurs, nous voici pétrifiés tels les statuts qui devaient jadis embellir le lieu. Les danseuses font tourbillonner leurs châles, les musiciens ont des voix qu’il est difficile de classer dans la tessiture connue. L’émotion nous gagne, le temps s’est arrêté, nous sommes hypnotisés et nous comprenons que le concert se termine quand la foule se lève dans un applaudissement étourdissant et les artistes remercient chaleureusement ces acclamations.



C’est enjoué que nous nous retrouvons devant notre verre de sangria, distillant non pas l’alcool, mais l’union de cette musique, ces voix et ces danses au rythme par moment violent puis langoureux.

Pendant de longs kilomètres seuls sur notre vélo, les mélodies résonnent en nous. Les jours passent, voire les semaines et voici que nous arrivons à Séville, capitale de l’Andalousie, mais aussi du flamenco.

Si il est évident que c’est l’une des villes idéales pour se retrouver dans une taberna et déguster des churros dans une ambiance bien espagnole, il coule de source d’aller découvrir le flamenco dans le musée qui lui est dédié.

À l’entrée de celui-ci, il est écrit ceci : « Le flamenco, un art de la confluence. Mélange d’orient et d’occident, de mode grecque et de tambours africains, de chanson andalouse et de romances castillanes, de gitans et d’arabe, de joie et de douleur, de théâtre et de fêtes. Originaire d’Andalousie et citoyen du monde. »

Le flamenco avec son intensité et son mystère est bien plus qu’un art ; c’est une fenêtre ouverte sur l’âme de ceux qui l’interprètent, le vivent et l’écoutent.

Le flamenco est l’une des expressions artistiques les plus passionnantes et profondes qui existent. C’est bien plus qu’un style musical ou une danse, c’est un langage universel d’émotions et un reflet unique de l’histoire et de la culture Espagnole.

Nous comprenons mieux notre enthousiasme, voire notre envoûtement depuis notre concert de Valencia.

Le flamenco est né dans le XVIII éme siècle, son origine remonte à la convergence des influences arabes, juives, gitanes et chrétiennes qui coexistaient et vivaient en parfaite entente dans le sud de la péninsule Ibérique.



Après la visite du musée, nous descendons au sous-sol, nous pénétrons dans une petite salle intimiste où les spectateurs proches les uns des autres sont à quelques mètres de la scène. Dans ces conditions, il est évident que les artistes et les spectateurs sont connectés dans un langage musical et artistique plein de nuances et de subtilités.

Dans cette ville, cette musique et danse traditionnelle ne nous quitte plus. Au carrefour des rues, il est fréquent de trouver des jeunes artistes présentant un spectacle de flamenco.



Comme nombre de touristes, nous nous dirigeons vers la place d’Espagne, après avoir traversé un parc aux arbres majestueux et aux fleurs embaumantes, nous arrivons face à un palais imposant construit pour l’exposition ibéro-américaine de 1929.

Le bâtiment, en forme semi-ovale, symbolise l’Espagne accueillant à bras ouverts ses anciennes colonies. Des alcôves ornées d’azulejos représentent les 48 provinces d’Espagne quand au canal qui passe devant le palais il symbolise l’océan reliant l’Espagne à ses anciennes colonies américaines. La grande fontaine au milieu de la place avec des jeux d’eau époustouflant, les vases en céramique bleutée terminant les rambardes des escaliers, c’est un frisson qui traverse mon corps face à cette majestuosité. Sous une avancée, des personnes sont rassemblées, la curiosité guide notre spontanéité et les premiers sons nous parviennent, il y a un spectacle de flamenco improvisé par des jeunes, mais aussi une danseuse sûrement retraitée qui a gardé toute sa grâce.

Ce lieu incroyable est superbement choisi par cette équipe de danseurs et joueurs de flamenco et c’est un spectacle inoubliable sous un soleil andalou.

Nous reprenons nos montures à deux roues et ce désir de voir et revoir du flamenco ne nous quittera plus si bien qu’à Cordoue nous irons aux écuries royales pour un spectacle incroyable. Une danseuse de flamenco se retrouve face à un cavalier et son cheval andalous. Voici un trio harmonieux, l’écuyer et sa monture accompagnent la danseuse dans ces mouvements et son rythme, c’est d’une beauté et d’une grâce indéfinissable. Le spectacle terminé, le flux de spectateurs s’écoule dans un silence religieux encore animé par l’élégance et la légèreté du trio. C’est à ce moment que notre regard se suspend sur une citation qui explique tout de cette magnificence.


« La technique, invisible aux yeux des spectateurs, oubliée dans ces moments par l’artiste elle-même, s’écoule de son art comme de l’eau rendant fluide et tendre l’expression, la géométrie de la danse. «

Antonia Mercé. Danseuse et chorégraphe espagnole.


À chaque fois que nous en aurons l’occasion lors de différents voyages dans cette charmante Andalousie, nous nous rendrons à un concert de cet art.

Ce qui me motive à écrire sur cette danse bien particulière est le dernier spectacle que nous avons vu samedi 31 janvier dans notre fief portugais. Comme toujours, une petite salle où la complicité peut se créer, ici c’est un bar culturel qui organise la soirée. Maximum vingt spectateurs proches de la scène et une danseuse accompagnée d’un guitariste. La voix exceptionnelle du joueur donne la force à la danseuse qui dans ces instants de claquettes exprime la beauté de la puissance suivie rapidement par des instants de poésie, de tendresse. Elle exprime une complicité dans sa gestuelle, en adressant clin d’œil ou bisous au public. Nous sommes d’abord tout ouïe, silencieux, une danse se termine, le numéro de claquettes est impressionnant et la mélodie de la guitare qui se poursuit ne couvre pas l’essoufflement de la bailaora (terme réservé aux danseurs de flamenco, ce ne son pas toujours des femmes).




Puis la salle et les artistes ne font plus qu’un, des claquements de mains accompagnent le rythme, jusqu’au moment où la danseuse invite des personnes à l’accompagner dans la dernière danse, l’ambiance est son paroxysme.



Les artistes dans la fièvre de leur art ont transmis une force inexplicable de puissance, de tendresse, de joie, leur créativité surgit dans leur chant et la gestuelle gracieuse et sensuelle impossible de rester insensible à cette beauté.

Ils sont arrivés à créer une relation viscérale, une émotion qui donne des frissons, le flamenco plus qu’un simple spectacle est une expérience magique et spirituelle.

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