L’arbre cache la forêt




L’économie envahit tous les secteurs, y compris celui de la forêt, où chaque arbre doit avoir une rentabilité. L’administration qui gère nos forêts n’échappe pas à la règle, celle-ci est en partie privatisée, les petites voitures vertes que chacun reconnaissait ont pratiquement disparu du paysage. Les agents qui étaient au service de la nature sont aujourd’hui au service des marchands de bois, d’où un énorme malaise dans la profession avec des suicides.

L’homme est le prédateur de la forêt, d’ailleurs ce que nous voyons et nommons souvent forêts ce ne sont que des plantations d’arbres qui représentent des m3 de bois, mais il n’y a aucun regard du vivant et de son respect. Ces plantations sont l’inverse d’une forêt. Au fil des ans et de cette rentabilité, nous avons acquis un regard hygiéniste de la forêt. Quand on remarque des branches jonchées au sol ou des arbres morts, nombreux sont choqués, car ce doit-être nickel chrome.

Aurions-nous peur du sauvage ?

La forêt c’est un être vivant, avec des bactéries, des micro-organismes qui s’harmonisent, se complètent et ont une utilité les uns avec les autres et ne l’oublions pas qui sont nécessaires pour notre vie. La forêt laissée libre de toutes interventions humaines, ce que l’on nomme une forêt évolutive est un exemple de la vie et de la mort. Des arbres âgés de plusieurs centaines d’années meurent et à ce moment-là ils nourrissent insectes et oiseaux, mais aussi le sol pour permettre la naissance de jeunes arbres, participer à leur évolution, ainsi la vie se poursuit.

Le système financier dans son cortège abject détruit des forêts au nom de l’écologie pour produire de la biomasse. Pourtant ces arbres debout avec leur verdure non seulement nous offrent le spectacle du gibier qui s’y abrite, mais ils sont actifs sur le climat pour lutter contre les sécheresses.

Dans ces forêts dites entretenues, ou le mot exact serait plutôt exploitées, tout le cycle qui enrichit le sol et participe au foisonnement d’une vie est rompu.

La forêt digne de ce nom est un équilibre entre les champignons qui contribuent à la décomposition du bois mort et d’autres qui ont la capacité de digérer la lignine.

Cette décomposition attire de nombreux insectes, tels que la Rosalia alpina,

qui eux vont attirer les oiseaux tels que le magnifique pic épeiche, cet équilibre va nourrir une végétation.



Imaginez qu’un hêtre mort va mettre prêt de 30 ans pour se décomposer, un chêne il lui faudra plusieurs siècles! De quoi en créer de la vie.


Une forêt épargnée par les activités humaines, où le vivant peut évoluer en toute liberté, apporte à l’Homme qui sait s’y promener avec lenteur, l’émotion de la beauté. Elle provoque l’étonnement, la suffocation de l’être sensible face à ces fûts imposants, ces couronnes ou houppiers majestueux. Et tous ces chants d’oiseaux qui agissent sur le bien-être des arbres ne nous laissent pas insensibles en nous faisant vibrer intérieurement. Qui ne fut pas pris d’une émotion au chant du rossignol, de la grive musicienne, etc. ?

Ces troncs aux racines tortueuses comportent fréquemment des dendrotelmes, une cavité servant de réservoir d’eau et créant de ce fait un microhabitat.



On peut affirmer que de gros arbres de plusieurs dizaines ou centaines d’années sont des HLM de biodiversité. Dans certaines forêts, il a été répertorié 94 000 espèces différentes dont 50 % sont dues à la décomposition du bois.

Les vieux arbres sont des réservoirs d’eau et peuvent même servir de coupe-feu lors d’incendie.

Malgré toutes ses connaissances démontrées par des chercheurs et des ingénieurs forestiers *, sur le territoire Français il reste 2 à 3% de vieilles forêts et sur ce chiffre seulement 0,24 % sont protégés, le reste est de la culture d’arbres pour de la chimie verte ou des carburants.




Laisser la nature évoluer librement permet aux écosystèmes de s’exprimer pleinement, et à toute la chaîne des organismes vivants qui leur sont liés d’apparaître et de se maintenir.

La forêt est un bien commun, chacun doit pouvoir en bénéficier surtout qu’il est reconnu que regarder la nature cela nous régénère infiniment plus que les dernières statistiques des maux du monde.

Je vous reparlerais de la forêt, de la nature, car je suis un amoureux passionné de cet environnement extraordinaire où flore, faune et fange vivent en partenariat et ils influent sur notre vie et notre comportement.


Francis Hallé, Ernst Zurcher, disponible sur YouTube des extraits de leurs conférences
Péter Woeleben aux editions

Laisser un commentaire