
Cette année, nous sommes moins à courir par monts et par vaux et nous donnons du temps à nos arbres, mais aussi à cette parcelle de terre dont les lois humaines disent que nous sommes propriétaires. Cela n’est qu’un papier, par contre ce qui est puissant c’est le contrat moral passé entre nous et la nature.
Acheter la terre cela a-t-il un sens, si ce n’est créer des conflits de propriété, de territoire entre les Humains ?
« Est-ce que l’on achète le ciel ou la chaleur ? Est-ce que l’on possède la fraîcheur de l’air ou le miroitement de l’eau ? » disait le chef amérindien Seattle dans son discours à l’ambassadeur du président des États-Unis en 1854 qui veut acheter près d’un million d’hectares, il poursuivait : « La terre n’appartient pas à l’Homme, l’Homme appartient à la terre. Tout ce qui arrive à la terre arrive au fils de la terre. »
Certains vont dire absurdité, la nature n’est point vivante et un accord avec elle est pure utopie. Pourtant des observateurs, des scientifiques nous interpellent sur une question essentielle ; qu’est-ce que la nature attend de nous ?
C’est bien en réponse à cette question que nous nous sommes engagés à entretenir ce bout de terrain avec respect et amour.
Mais avant d’aller plus loin, je tiens à reprendre la définition de Francis Hallé sur l’intelligence. Je cite :
« Est intelligent tout être vivant qui arrive à résoudre les problèmes au cours de son existence que ce soit des problèmes de survie ou de bien-être ils reposent sur deux fondements:
Savoir apprendre et savoir garder en mémoire ce que l’on a appris pour pouvoir le réutiliser par la suite.
Cette définition laisse de la place à presque tous les êtres vivants. »
Et il poursuit :
« Un arbre a surmonté bien des problèmes qu’il a rencontrés tout au long de sa vie. On peut trouver cela mineur et sans importance, mais pour l’arbre cela a signifié des luttes pour trouver la lumière, résister aux tempêtes, supporter les agressions d’insectes, etc., et les arbres sont là depuis bien avant nous. Imaginons une liasse de feuilles de papier aussi haute que la tour Eiffel, l’arbre est dans le bas de la pille et nous faisons partie des dernières feuilles du haut. »
Ceci m’a donné envie de vous parler d’un arbre qui me fascine et m’impressionne: le caroubier. Il est proche de nous puisque sur notre terrain nous en avons plus de trente. Les caroubiers sont un exemple même de cette recherche de la vie, ils ont besoin de sols pauvres et secs, cela les a amenés à pousser chez nous dans des endroits rocailleux, voire sur des rochers.

Mais qui connaît le caroubier ?
Voici un arbre qui pousse principalement sur le pourtour méditerranéen, il est résistant aux sécheresses et depuis des millénaires son rôle est crucial, car il est source de nourriture pour les humains, de fourrage pour les animaux et son bois est précieux. Et ce n’est pas tout, il participe à la régénération des sols et à la protection des écosystèmes. Son ombre est bienveillante grâce à un feuillage persistant, c’est ce que l’on nomme une plante sempervirente, car il garde ses feuilles tout au long de l’année.
Son enracinement est très profond, comme l’amandier ou la vigne, jusqu’à vingt mètres, voire plus. Il est un excellent compagnon pour les jardins, car il améliore la fertilité des sols.
Il fait partie de la famille des fabacées (haricot, pois, fève…), famille reconnue par leur capacité à fixer l’azote de l’air dans le sol.
C’est un arbre qui peut atteindre dix mètres de haut au tronc torturé et parfois creux qui nous fait croire qu’il n’a plus de vie et pourtant son houppier est somptueux. Ses feuilles épaisses réduisent l’évapotranspiration comme le chêne-liège ou le vert. Sa longévité peut atteindre environ 500 ans, et il supporte aussi bien des chaleurs de 50° que du gel jusqu’à moins 7°.
C’est une plante dioïque ce qui signifie qu’il existe des arbres femelles et d’autres mâles, il fleurit en automne pour produire des gousses tels de gros haricots en été.


Ce fruit que l’on nomme la caroube est une gousse brunâtre à noirâtre qui mesure de 15 à 20 centimètres. À l’intérieur de celle-ci, il y a des graines séparées par une pulpe.
Les graines ont une histoire qui peut ressembler à un conte de fée ou pourrait paraître légendaire mais pourtant rien de plus réel. Depuis l’Égypte ancienne et jusqu’au moyen âge, elles servent d’unité de mesure pour les pierres précieuses en raison de leur poids identique et constant même si leur forme n’y est pas. Le terme carat vient du nom caroube qui en Grec ancien signifiait petit pois.
La pulpe de la gousse va être séchée, torréfiée et moulue, cette poudre devient la farine de caroube utilisée en pâtisserie pour son parfum chocolaté.
La graine est utilisée comme épaississant, gélifiant et agent stabilisateur, dans la cosmétique, l’industrie pharmaceutique ou encore l’agroalimentaire sous l’appellation E410.
Ces fruits sont riches en fibres, vitamines et oligo-éléments, la poudre mélangée avec un liquide chaud (lait, eau, thé), peut-être utilisée comme hypocholestérolémiant, anti-diarrhéique ou encore régime minceur.
Ce sont des arbres aux formes incroyables que nous apprécions et chérissons par leur ressource et leur beauté originale.
Nous venons d’éliminer les rejets qui envahissent leur pied et puisent dans leur force.

En regardant le travail terminé, cela nous donne une sensation de libération, c’est une synergie que nous vivons avec eux. Les soigner, les embellir en supprimant les bois morts nous permet de les écouter et de comprendre ce qui est bon pour eux.

N’est-il pas temps que les humains observent cette nature avec amour et respect ? Nous ne devrions jamais oublier que nous sommes ses invités. On le voit avec les dernières intempéries, nous ne sommes pas grand-chose face à des froids terribles, des inondations dépassant l’entendement ou des canicules desséchant tout et brûlant sans différences, végétation et maisons.
Alors retrouvons notre humilité, le regard de l’enfant émerveillé, contemplons et respectons.

