Ceux qui suivent mon blog sont informés qu’avec mon épouse Laetitia nous avons acquis un terrain depuis un an.
Dans le dernier article sur le caroubier j’expliquais ma vision de la responsabilité que nous avons face à la terre et que la notion de propriétaire n’est qu’une idée d’humain, mais dans la réalité de l’univers nous ne sommes propriétaires de rien, par contre nous sommes responsables de la terre et des arbres. Nous, les êtres humains, qui croyons tous savoir, ne connaissons pas grand-chose à la nature et à l’univers.
Je ne veux pas vous faire une grande théorie sur la rupture de l’homme avec la nature et l’irrespect qu’il lui porte en coupant des arbres, en bétonnant à outrance, etc. Je veux vous parler des sentiments que je peux lui porter, cela peut paraître naïf, utopiste dans une société qui a asséché les relations entre les humains, qui a flétri les cœurs afin que les Hommes acceptent l’idée qu’il n’y a pas d’autres solutions que les guerres.
Ceci étant dit voici une histoire, mon histoire avec la nature, avec un arbre, peut-être crédule ou candide, mais une histoire d’amour.
L’an dernier, les arbres de ce terrain étaient prisonniers d’une gangue de ronces, de liserons, bref de ce que l’on nomme couramment de la mauvaise herbe qui ne l’est pas vraiment quand on la contrôle ou régule.
J’arrive dans un coin du terrain, inaccessible dû à la hauteur et l’épaisseur des plantes et au milieu de cet entremêlement, je distingue le houppier d’un caroubier.
Mes mains protégées par des gants, armé d’un sécateur et d’une cisaille affûtée, je m’attaque à ce mur de végétation agressive avec ses épines.
Je coupe, je tire, j’arrache, petit pas par petit pas j’avance, derrière moi le tas de plantes, de branches devient important et prouve que le travail progresse.
Enfin, j’arrive au tronc du caroubier, je tire sur des ronces qui montent jusqu’à sa cime et doucement, mais sûrement je le libère.
Je le regarde, j’ai la sensation qu’il me remercie car enfin il peut respirer librement. Il me reste quelques nettoyages de finition, quand la cisaille en main je suis prêt à couper un rejet que j’estime être du pistachier lentisque, car ils sont nombreux ici.
Ce pistachier crée des buissons denses dont le fruit est une petite drupe rouge, à la saveur amère qui devient noire et douce en hiver. Nous en protégeons pour garder certains coins sauvages qui vont régaler les oiseaux, mais en ce lieu il n’a rien à faire et cet arbuste doit laisser la place au caroubier.

Enfin, bien m’en prit, je regarde à deux fois avant de refermer la cisaille, les feuilles de cet arbuste m’interpellent et elles ne ressemblent en rien au pistachier.
Je l’observe, il n’est pas très connu pour moi, personnage originaire du nord-est de la France, mais après quelques minutes, avec surprise je l’identifie, j’ai en face de moi un jeune amandier.
Ce qui m’envahit est indéfinissable, le frisson d’un triomphe pour avoir libéré cet arbuste, lui redonner accès à la lumière où le soleil va caresser son fragile tronc et ses branchettes, cela provoque des larmes de joie qui me relient à la vie. Les larmes dans ce cas sont l’extase du bien-être, elles sont l’essence d’un moment positif qui m’enrichit.
Car l’amandier n’est pas n’importe quel arbre, il symbolise l’amour ; avec sa floraison précoce il insuffle l’espoir, le renouveau et la persévérance.

Mais cet arbre, alors que le mois de janvier défile, bien avant qu’apparaissent les feuilles se pare de fleurs d’un blanc délicat parfois teinté de rose, approchant une touche de poésie dans une nature encore endormie. Ces fleurs sont attendrissantes par leur courage et leur force, car elles sont sensibles aux derniers frimas de l’hiver.
Sur les coteaux de l’Algarve on peut observer des vergers où les amandiers se sont revêtus de leurs fleurs, c’est un éloge à la beauté, cette beauté touche ma sensibilité et m’a rendu amoureux de cet arbre.
Alors trouver dans mon verger un jeune amandier est une fête pour mon être qui en frissonne encore de joie. Dans le même élan, c’est la beauté de la simplicité, de la poésie et une harmonie silencieuse.
Sans oublier que le fruit de cet arbre est savoureux et bénéfique pour notre santé, car riche en magnésium et en vitamine.
L’amande donne à différentes pâtisseries une douceur accompagnée d’une saveur divine.
Comment ne pas être amoureux de cet arbre exceptionnel qui nous partage sa beauté au moment de sa floraison et sans aucune avarice nous propose un fruit exceptionnel.
Quelle récompense quant à l’automne trois amandes se balançaient sur les branchettes de l’arbuste et n’attendaient que ma main pour être accueilli. Peut-on faire autre chose au risque de passer pour un fou que de le remercier ?
Avant sa floraison de cet hiver, nous l’avons bichonner, couper les branches mortes, badigeonner les coupures et son fragile tronc d’une pâte onctueuse qui est un mélange d’argile, de cuivre, d’huile d’olive, d’huile essentielle de tea tree et de l’eau.

La récompense ne se fit pas attendre et sa floraison fut magnifique. Chaque fois que je rejoins notre terrain, c’est un rendez-vous avec cet amandier pour une discussion secrète, un grand merci qui me récompense, car si les feuilles pointent leur nez, déjà de petites amandes se forment.

C’est un lien d’amour et de tendresse avec un arbre, les autres ne sont pas laissés pour compte, mais la fragilité de cet amandier qui à trouver la force de grandir dans cette brousse épineuse me pousse à le chérir un peu plus.
Toujours guidé par ma naïveté j’espère que cette relation changera un peu l’arrogance qu’une partie de la race humaine porte à la nature et à notre Terre.