Tête à tête générationnel



Dans notre mémoire, nous avons tous le souvenir d’un papy qui raconte son passé, sa jeunesse avec parfois des bribes de philosophie ou des conseils de bon sens sur la vie.

Je plante le décor de cette histoire, cela vous aidera à mieux rêver et écouter.

Un grand caroubier protecteur par son houppier qui offre une ombre bienfaitrice, sa hauteur permet de se connecter aux énergies célestes. Il apporte la sagesse à la discussion entre ce vieux, aux moustaches à la Dali originaire d’Alsace, passant sa retraite dans le sud Portugal, et un gamin d’une dizaine d’années coiffé avec une crête.

— Quand j’avais ton âge, dit l’ancien, là-haut dans l’Est de la France avec mes parents nous rentrions le soir venu en voiture, dans le halo des phares c’était une tempête de papillons de nuit qui se collait au pare-brise avec une multitude d’autres insectes. Nous étions parfois obligés de nous arrêter pour un rapide nettoyage, car la visibilité était perturbée.

Le gamin hausse les épaules perplexes aux propos du vieux, car lui aussi, il rentre parfois de nuit avec ses parents et dans le rayon lumineux des phares rien ne se passe. Quant au pare-brise il est rarement entaché d’insectes écrasés.

— Arrête de radoter papy! En plus avec l’âge tu es dans le regret de tes jeunes années, du bon vieux temps comme disent certains d’entre vous. Tu vas bientôt me seriner avec des leçons de morale, mais vos souvenirs avec le temps se brouillent et vous les arrangez à votre guise.

— Si j’étais dans ce que tu exprimes, je te dirais qu’à mon âge on faisait d’interminables parties de foot et on ne restait pas accroché au portable ou aux écrans. Je vanterais l’école de l’époque qui avait de l’autorité et de la rigueur. Que l’on prenait des punitions des enseignants quand ce n’était pas des violences physiques suivies de claques des parents. Et je terminerais par un : Ha ! c’était la belle époque, il y avait de l’ordre, de l’obéissance et on était respectueux ! Tu aurais raison de te lever et d’aller faire autre chose, car notre discussion ne présagerait rien d’intéressant, je serais effectivement le grand-père ne comprenant rien à l’évolution de la société et qui se torture dans le regret d’un soi-disant bon vieux temps comme tu dis, refusant ou oubliant que chaque période à ses faces joyeuses et plus tristes. Ce dont je veux te parler c’est de la vie !

— Comment cela de la vie, regarde nous les jeunes, c’est nous qui avons toute la vitalité, l’énergie et on est heureux.

— Je ne veux pas te parler de notre vie d’humain en ce XXI ème siècle. Mais de la vie qui existe sur terre estimée à 3,8 milliards d’années et pendant 3,4 elle est restée exclusivement aquatique.

— Mais qu’est-ce que cela peut bien me faire ? Et puis, combien tu disais? des milliards d’années, comment veux-tu que je me représente cela ?

— Tu es capable de comprendre, tu as douze ans, moi j’en ai un plus de 80, est-ce que cela te parle?

— Bien sûr, puisque je suis là et je vois bien tes rides, tes cheveux blancs et tes belles moustaches. Mais cela ne me ramène pas à des milliards d’années.

— Alors je vais te donner une image que tu es capable de comprendre. Tu as déjà vu la Tour Eiffel puisque c’est moi qui te l’ai fait découvrir. Imagine qu’il y ai une liasse de feuilles de papier qui parte du pied de celle-ci jusqu’à son sommet. Ça va jusque là ?

— Oui, c’est amusant ton histoire !

— Alors, dis-toi que les feuilles qui sont dans le bas de cette liasse c’est l’arrivée de la vie sur terre et nous deux nous sommes la dernière feuille.

— Ouah ! mais tu es certain de ce que tu me dis ? Comme j’aime rêver, j’arrive bien à m’imaginer. Je suis impressionnée et on ne m’avait jamais expliqué la terre comme cela.

— Tu connais Albert Einstein ?

— Oui le scientifique fou qui a les cheveux ébouriffés et qui tire la langue.

— Enfin fou, ce sont les images que l’on présente de lui, mais en plus de son immense savoir en physique, il était aussi philosophe, ce que beaucoup de gens ignorent. Il disait ceci, que tu vas comprendre, car tu es studieux et curieux :
« Nous passons 15 ans ou plus à l’école, pas une fois on nous apprend la confiance en soi, la passion et l’amour qui sont les fondements de la vie. «

— Mais alors cela ne sert à rien d’aller à l’école ?

— Ne croit pas cela, l’école t’instruit sur des choses importantes telles que les maths, le français et qui te sont nécessaires dans le quotidien. Mais ce dont parle Einstein, c’est le sens de la vie, l’amour pour celle-ci, sa beauté, être capable de la respecter, la contempler et s’émerveiller, c’est le devoir d’ancien comme moi de le transmettre, car malheureusement ce n’est pas l’école qui va t’en parler. La vie de la terre est une vie d’abondance. Écoute ceci sans te moquer et sans croire que je radote sur le passé. Tu connais cette plaine d’Alsace à laquelle nous sommes attachés tous les deux. En ces temps actuels, elle est couverte d’hectares et d’hectares de champs de maïs arrosés de litres d’engrais et pesticides, sans cesse irriguée au détriment de la nappe phréatique. Toute vie à disparu, les fleurs y sont absentes et le chant des oiseaux bien rare. Tu peux apercevoir quelques champs de céréales où fleuris le coquelicot et parfois le bleuet, il faut remercier les agriculteurs qui sont en culture biologique.
Alors vois-tu quand j’avais ton âge et qu’avec mes parents nous allions nous promener du côté de Jebsheim ou à Illhaeusern le long de l’Ill, la vie foisonnait. Le gibier abondait, voici une anecdote qui va te surprendre.
Nous avions une voiture Frégate de la marque Renault, une grosse voiture avec une tôle solide, le gibier était abondant au point que fréquemment nous revenions avec un lièvre ou un coq faisant que nous avions tapé avec l’auto.

— Comment cela? vous êtes trop marrant, vous partiez à la chasse en voiture ?! Vous étiez encore plus moderne que nous.

— Ne dis pas de bêtises, écoute-moi !

A suivre


Laisser un commentaire