Suite 2 de Tête à tête générationnel.






Donc, lorsque nous nous promenions sur un chemin en lisière de forêt, la stridulation des insectes était presque assourdissante quand aux chants incessant de la multitude d’oiseaux, ils enchantaient nos pas. Mon père disait: écoute! écoute! mais les chants étaient si nombreux qu’il m’était compliqué de faire des différenciations. Au fil du temps, j’ai appris à reconnaître le cri du courlis ou le chant du loriot.  Ils ont tous les deux quasi disparu de nos régions.
— C’est quoi le loriot ?
— Un oiseau magnifique dont la parure du mâle est d’un jaune d’or éclatant avec des ailes et une queue noire, cela lui donne l’aspect d’un oiseau exotique.— Le loriot est un migrateur nocturne quittant l’Europe dès le mois d’août pour se rendre en Égypte puis en Afrique tropicale, il revient au courant du mois d’avril.
— C’est incroyable ce que tu me dis c’est  ça qu’on nomme l’instinct ?
— Oui, mais malheureusement on se contente trop souvent de cette information sans réfléchir plus loin. L’amour de la vie dont je veux te parler débute ici, admirer les capacités incroyables de nombreux animaux. Il faut considérer l’instinct comme quelque chose d’incroyable et rester hébété d’admiration, d’amour pour cette vie miraculeuse. Très nombreux sont ceux qui sont en admiration devant le chant des oiseaux et c’est tant mieux. Mais qui sait encore que ces chants ont un sens? D’ailleurs, l’oiseau n’aurait-il pas un savoir plus grand ? Alors on cache notre méconnaissance par un mot qui résout toutes interrogations “ l’instinct “.
— À l’école, le professeur nous a parlé d’instinct de migration comme des choses normales, il ne nous l’a pas présenté comme un acte exceptionnel.
— Et pourtant tu vois c’est là que l’on perd l’amour de la vie, nous sommes les derniers arrivants et nous banalisons comme un fait divers ces migrations époustouflantes effectuées par de nombreux oiseaux, même des papillons peuvent parcourir des milliers de kilomètres. La migration existe aussi chez les mammifères et les poissons.

— C’est vrai que ta vision me fascine et m’amène à voir les choses bien différemment.
— Tu sais au sujet de la nature je pourrais te parler de dizaine d’événements que l’on banalise derrière ce mot instinct. On oublie l’intelligence des animaux et même de la flore.
Je reviens à mon avancée avec mes parents sur ce chemin qui sillonne entre forêt et agriculture, c’est une profusion de lièvres, de perdrix ou faisans qui se sauvaient devant nous. Une clairière et ce sont des chevreuils qui levaient la tête surpris par notre arrivée, ils prenaient la poudre d’escampette et c’est leur rigolote queue blanche que l’on voyait disparaître en quelques bons.
Soudainement, mon père attrapait mon bras en chuchotant : arrête-toi, pas un bruit, regarde là-bas le long de la lisière un troupeau de daims.
Pour moi, ces animaux étaient magnifiques, j’en écarquillais les yeux. Médusé j’observais leurs robes rousses et mouchetées de blanc, ce qui m’impressionnait le plus c’étaient leurs bois, je n’avais jamais vu cela ils sont plats, palmés et tournés vers l’avant. Ce sont des instants comme cela qui m’ont rendu amoureux de la vie.

— Des daims, le seul endroit où j’ai pu en apercevoir, c’est dans un parc animalier, jamais je n’aurais cru que l’on pouvait en observer en liberté.
— Je reviens à ma balade avec mon père, il n’y a pas que la faune qui est abondante. Il y a aussi l’exubérance du sous-bois qui se pare de multiples couleurs dès le retour des beaux jours de mauve avec la violette, de blanc avec l’anémone et de jaune avec le coucou.
—  Mais papy là je ne peux te croire, le coucou c’est un oiseau et pas des fleurs dès que son chant résonne tout le monde est content, car il n’est pas facile à entendre. La première réaction de mes parents est de vérifier s’ils ont de l’argent sur eux. Je me moque toujours un peu de leur superstition, qui dit que d’avoir de l’argent au moment du chant du coucou, on est riche dans l’année. Moi je les vois faire leurs comptes et souffler, car les fins de mois sont difficiles.
— Oui, c’est le nom d’un oiseau, mais c’est aussi le nom vulgaire donné à la primevère, car elle fleurit alors que le coucou chante. Ma grand-mère aussi avait cette superstition, au printemps elle n’oubliait jamais son porte-monnaie au cas où le coucou voulait s’adresser à elle. Elle disait : il m’a appelé je vais devenir riche! mais comme pour tes parents son bas de laine restait vide. Pourtant à cette époque, entendre son chant était fréquent, maintenant, tout le monde s’exclame d’étonnement ou de joie quand on l’entend.
— Mais je ne comprends pas tu me dis, je te parle de la vie et tu me racontes la nature de ton enfance. Mais papy les temps changent et tous ces animaux ce serait gênant pour les machines et les routes, on a l’exemple avec la surpopulation de sangliers.
— Là, c’est encore l’intervention de l’homme qui est absurde avec le nourrissage, mais revenons aux petites fleurs, le muguet qui aujourd’hui sort de grandes cultures, nappait les sous-bois et les fossés, son parfum était ensorcelant.
— Moi qui croyais que le muguet, c’était juste une histoire de tradition pour le 1er mai, j’ai du mal à m’imaginer que le sous-bois pouvait en être couvert.
— Dans le même temps, nous allions dans les prairies cueillir le rosé des prés, un champignon que tu manges cru ou juste avec un léger filet de jus de citron.
— Mais vous n’aviez pas peur des champignons ? même le prof à l’école nous a déconseillé d’en cueillir, car c’est dangereux.

— Le problème est bien là, maintenant on vous apprend que la nature est dangereuse. Il faut se méfier du champignon, de la branche sèche d’un arbre qui éventuellement peut tomber, du sanglier ou un cerf qui incidemment va t’attaquer. Ce qui fait que nombreux sont ceux qui boudent la nature, ils restent enfermer dans les villes et  ignorent l’existence de ce dont je te parle. Mais je veux encore te dire que dans cette plaine d’Alsace il y avait des cultures céréalières et des prairies avec des vaches et des moutons. Des haies et des arbres majestueux qui abritaient des fossés afin que l’eau des inondations s’évacue plus facilement. Avec mon père, un bâton à la main, nous grattions les feuilles mortes pour découvrir la succulente morille qui par la suite garnissait le coq au riesling.
— Une quoi ? C’est la première fois que j’entends ce mot, c’est de la famille des châtaignes ? car c’est avec un bâton qu’on les cherche en grattant, mais en plus ce n’est pas dans la plaine c’est dans la montagne. Je crois bien que tu me racontes des carabistouilles.
— Que nenni petit, la morille c’est un champignon qui ressemble un peu à une éponge, dont le goût est très particulier et très fin. Il fait partie de la fine gastronomie. De nos jours, il est rare, alors que j’en ramassais des paniers avec mes parents.
— Dis papy je ne savais pas que tu avais des origines marseillaises, car là je pense que tu exagères.
— Et bien détrompe toi, vois-tu on trouve normal le monde de la nature dans lequel on vit. Un monde de la rareté des animaux ou de certaines fleurs, qui sont dominé par des plantes envahissantes qui gagnent plaines et montagnes, bord de rivières et forêts. Peu de monde se demande comment c’était avant. Et avant ce n’est pas seulement il y a cinquante ans, mais la curiosité devrait nous guider sur des milliers d’années et nous resterions en extase devant cette nature et dépité face à la détérioration que réalise l’humain. Les tonnes d’insecticides et pesticides déversés dans les champs ont permis la mutation de certaines mauvaises herbes ou de pucerons qui sont devenus résistants à ces produits. Ils envahissent les cultures et laissent l’agriculteur désemparé face aux dégâts que cela produit. 

— Ah non! Tu ne vas pas y arriver avec ton bon vieux temps.

— Mais pas du tout il faut que tu comprennes que la nature est abondance quand on la respecte. Nous coupons la branche sur laquelle nous sommes assis. Vois-tu au bord des routes et des canaux, tels que celui de Colmar ou celui du Rhône au Rhin, il y avait une diversité d’arbres fruitiers, pommiers, poiriers, mirabelliers, quetschiers, cerisiers ou encore noyer et comme c’était sur le domaine public il était autorisé d’aller récolter ses fruits.
— Mais il devait y avoir des bagarres pour en avoir le plus.
— Non, car il y avait une telle profusion de fruits, il y en avait assez pour tout le monde et même pour les oiseaux, les renards ou le blaireau. Il faut que tu saches que dans les années 70, une partie de la population commençait à déserter les campagnes au profit des villes. Petit à petit, les gens perdaient connaissance de la fabrication d’une confiture ou la mise en bocaux de fruits pour leur conservation.
— Mais est-ce possible ce que tu me dis ? Mes parents s’ils avaient connu ce dont tu me parles ils m’en auraient parlé.
— Tes parents ont ce que l’on appelle une amnésie écologique.
— C’est grave comme maladie ?

A suivre…

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