Episode 21

Alors qu’ils sont absents, il se passe des tractations, Alonzo reçoit des appels téléphoniques secrets, même Margarida n’est pas au courant.

— Alors, demande l’inconnue, où en est leur réparation. Quoi ? Fin de semaine ? Débrouille-toi pour faire traîner, arrange-toi avec le garagiste. J’ai besoin encore d’un peu de temps pour préparer mon coup. Salut et sois discret sinon tu connais la sanction !

Alonzo va voir s’ils ont des nouvelles et l’air de rien, il interpelle Gaston : 

— Dis donc, ils sont fous à Paris, avec l’approche des jeux Olympiques ce n’est plus une ville pour la fête du sport, mais c’est un état de siège. 

Georgette et Gaston ont décidé de ne plus s’intéresser à tous ces évènements qui ne sont que le fruit de mensonges, de rapaces cupides et d’hypocrisie. C’est comme ces histoires d’élections qui s’organisent alors que personne n’a le temps de se retourner. Ils se sont presque culpabilisés de ne pouvoir tenir leurs rôles de citoyens du fait de la panne mais avec le recul, ils sont contents de ne pas avoir participé à ce grand cirque. Prononcer ce mot est une insulte pour cet art et un drame pour la démocratie.

— Tu vois Alonzo, lui explique Gaston, je préfère ignorer, car lorsque j’entends toutes ces manigances menées par Napoléon junior et son équipe, mon sang ne fait qu’un tour et c’est mauvais pour moi. Eux ne savent même pas que j’existe. Donc nous avons décidé de boycotter leurs simagrées. J’aime le sport depuis mon enfance et les jeux Olympiques doivent avant tout être la fête de la jeunesse sportive internationale, une fête de la paix et de l’amitié. Cela fait de nombreuses années que cette manifestation est l’otage de la politique.

— Ce qui m’interpelle, poursuit Georgette, c’est que l’on organise des jeux dans un climat de peur et d’insécurité. Du coût, la population est touchée dans sa liberté avec des restrictions de circulation, des laissez-passer, c’est une atteinte grave à la démocratie. Voici maintenant deux fois en quelques années qu’ils limitent les déplacements des citoyens. Veulent-ils tester l’obéissance du peuple ? Si mes parents qui ont vécu la guerre avec des laissez-passer et le danger de se faire déporter voient ses histoires, ils doivent devenir fous dans leurs tombes.

— À mon avis reprend Gaston, tant que l’on est pas capable d’organiser des rencontres sportives dans un contexte de fête et de paix on arrête, et on s’attaque au mal, on résout le problème. Les multinationales qui sont les partenaires ne seront jamais d’accord alors que font-ils ? Ils mettent du cataplasme sur une jambe de bois, comme disait ma mère. Quand tout sera fini, ils vont se vanter devant les caméras, d’avoir été compétents, les jeux se sont déroulés dans la plus grande sécurité. Mais vont-ils nous annoncer le coût pour les citoyens ? J’ai lu que pour le passage de la flamme olympique, chaque département à du débourser 180 000 €. Aurons-nous un jour la facture réelle de tout ce brouhaha alors que d’un autre côté la dette publique est de 3200 milliards d’euros, l’un des taux les plus élevés d’Europe. À qui va-t-on encore demander des efforts ? Est-ce le moment de telles dépenses ? Je pense à un vieux slogan, du pain et des jeux. Derrière ce fut l’effondrement d’un empire, sommes-nous sur le même chemin ?

Alonzo a lancé un sujet qui a apparemment irrité notre couple.

— C’est une mascarade, cela me peine pour ces athlètes qui s’entraînent dur et se privent depuis des années. Ils vont juste être le faire valoir de quelque politique qui vont se vanter et de multinationales qui s’en mettent plein les poches. On pourrait parler des disciplines qui demandent des sacrifices incroyables et qui sont supprimées des J.O., car leur impact publicitaire est faible. Nous avions dans les Vosges le champion du monde de l’une de ces disciplines. En ce qui nous concerne, nous préférons supporter des sportifs dans des trails locaux comme le pratique notre fils. Ils souffrent et se privent dans leur préparation, tous se dépassent, allant bien au-delà de leur force et restent dans l’anonymat. C’est ceux-là que j’acclame maintenant et pas des mecs qui font les zouaves sur des terrains, oublient d’où ils viennent, car les dollars ou les euros leur ont tourné la tête.

– Enfin, vois-tu, renchérit Gaston, ce monde me rend d’une tristesse incommensurable. J’ai donné cinquante ans de ma vie à militer dans différents mouvements pour la paix et la justice, je regarde le passé, j’observe et j’ai la sensation que nous reculons dans tous ces domaines. Alors je préfère contempler ce caroubier dont les fruits noircissent doucement et certains vont bientôt tomber. J’apprécie d’autant plus d’apercevoir la sittelle qui lestement monte et descend les troncs de chêne-liège.

— Avez-vous des nouvelles de Luis? glisse innocemment Alonzo.

— De ce côté je n’ai aucune illusion, là aussi le petit citoyen est méprisé alors qu’entre usine et concessionnaire, ils doivent se chamailler pour savoir qui va prendre en frais la garantie. À mon avis, il ne se passera rien avant la fin de semaine prochaine. De toute façon, tout ce que l’on avait prévu est annulé, plus rien ne nous presse, il fait beau ici et la météo est déplorable dans l’est de la France.

Alonzo avant de regagner son domicile écrit discrètement un message : « Ne sont pas pressés de rentrer, sont encore là pour au moins deux semaines. Ai les moyens de les retenir pour la réussite de votre opération».

Gaston se rend jusqu’au garage pour récupérer quelques affaires. Il regarde avec tristesse sa « maisonmobile « qui a l’air bien malade. À force d’y vivre, il a de l’affection pour elle. Elle est sur cale, les roues absentes et l’avant démonté donnent la sensation d’une bouche béante prête à hurler sa douleur. Luis est en colère, il a reçu l’embrayage, heureusement qu’il a vérifié le carton chez le vendeur, ce dernier n’était pas complet. Donc il va encore falloir attendre. À son retour, il raconte tout cela à Georgette. Elle relève la tête, le regard froid et consterné : 

— Mon envie d’hurler est sûrement aussi grande, voire plus grande que la bouche béante de notre maisonnette.

— Que se passe-t-il ?

— Les Danois ont arrêté Paul Watson, 73 ans, alors qu’il effectuait le plein de son bateau au Groenland.

— Attends là, tu me prends à contre-pied, de qui parles-tu ?

— Mais tu sais, ce capitaine qui s’oppose à la pêche à la baleine. Il s’était interposé entre des baleiniers japonais et un cétacé, c’était en 2012, depuis, il y a un mandat d’arrêt contre lui. Les Danois collaborent à cette duperie en l’incarcérant, il risque d’être extradé vers le Japon et terminer sa vie en prison. Alors qu’il existe une loi internationale depuis 1986 qui interdit la chasse à la baleine, mais trois pays dont le Japon contournent en toute impunité la réglementation internationale en vigueur. Ces pays ne sont pas condamnés et c’est un homme qui lui ne fait rien d’autre que d’alerter l’opinion publique, de sauver des cétacés en voie d’extinction qui se retrouve au bagne. Je deviens folle de rage, Gaston.

— Je te comprends c’est une injustice étonnante, mais tu sais me revient ce que nous disait Estelle. Attend je crois que je l’ai noté dans mon carnet des citations. C’est Rumi (poète et mystique persan, 1207/1273) « Hier j’étais intelligent et je voulais changer le monde. Aujourd’hui, je suis sage et je me change moi-même«. C’est aussi toute l’idée que développe le moine Boudhiste Matthieu Ricard, en parlant d’altruisme, rechercher l’art d’être bien en soi passe par la générosité, l’empathie et l’humanisme, ainsi nous commencerons à changer le monde autour de nous.

Pendant ce temps-là, les messages secrets se poursuivent pour Alonzo: « soit prêt ce samedi et ne dis rien. »

Les jours passent, voilà déjà la fin de la troisième semaine et leur fourgon est toujours en mauvaise posture. Pour Georgette et Gaston, tout va bien, le ciel est bleu, le soleil brille de mille rayons, le mercure grimpe, les loriots sont partis se mettre au frais. Les cigales chantent en espérant faire danser les fourmis, mais captivées dans leur travail, elles n’entendent rien.

Une voix résonne à l’entrée du terrain, Georgette se retourne et interrogative : 

— C’est la voix d’Ernesto ?

— Tu rêves, lui lance Gaston, Alonzo nous aurait prévenus. 

Et c’est à ce moment qu’ils perçoivent cette exclamation : 

À suivre…

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