Episode 22

— C’est la voix d’Ernesto ?

— Tu rêves lui lance Gaston, Alonzo nous aurait prévenus. 

Et c’est à ce moment qu’ils perçoivent cette exclamation : 

— bom dia les amis, comment allez-vous ?

— Mais, mais c’est bien Ernesto! alors ça pour une surprise c’est une surprise ! 

— C’est incroyable! Quelle joie de te revoir, mais Alonzo aurait pu nous avertir.

— Mais pourquoi Alonzo ne nous a rien dit ? Renchérit Georgette.

– Mais c’était organisé et le secret fût bien gardé, même Margarita ne savait rien.

Ils se serrent dans les bras pour des accolades sincères accompagnées de rire : 

— Qu’est-ce que cela fait plaisir! Mais tu es en pleine forme, tu es méconnaissable.

 Toutes ces tirades sont exprimées par les uns et les autres je ne sais qui dit quoi.

 Ernesto d’un air ravi se retourne vers une dame qui le suit. Grande, les cheveux châtain mi-longs, des yeux marron, elle respire l’amour, un beau sourire et un charme certain.

— Je vous présente Christine, ma compagne, qui m’accompagne dans la vie depuis trois mois. Avant votre arrivée, j’étais une batterie vide, plus de jus, bon pour la ferraille. Après votre passage j’étais rechargé, une énergie à revendre. Je ne sais pas ce que vous m’avez fait. Ce n’est pas possible, vous avez un don, comme « le marchand de bonheur qui met les chansons dans les cœurs ». Depuis votre séjour de l’automne, ma vie ne cesse de se transformer, de devenir douce et je ne me suis jamais senti aussi avenant et enjoué. Je dois vous remercier !

Au moment où il parle de don, Gaston fait un clin d’œil à Georgette, il repense à ce qu’avait dit Gabriela.

— Tu es venu passer quelques jours en famille et nous présenter Christine ? interroge Gaston.

— Entre autres, mais je suis surtout là pour vous rencontrer, car j’ai une annonce à vous faire.

Georgette voyant l’amour briller dans leurs yeux a compris, il veut nous convier à son mariage. Mais elle intervient, car curieuse et pressée : 

— Tu m’intrigues, dis-vite !

— Mais oui dis nous tout !

— Soyez patient, les amis, un axiome n’est pas exprimé dans la précipitation. Nous allons tout d’abord prendre l’apéritif avec Margarita et Alonzo, pour cela j’ai amené quelques bouteilles de viognier. Puis je vous invite au restaurant où je vous parlerai solennellement.

— Soit, je cherche les verres et on trinque, lance Gaston.

Ernesto emmène les marchands de bonheur dans une auberge sur les hauteurs d’un village avec une vue sur toute la serra de Caldeirao. Il devient exubérant et loquace et raconte avec bouleversement sa rencontre avec Christine.

— J’étais convaincu que l’amour ne serait plus possible pour moi après le décès de Gisèle. Me voici patientant à une caisse du supermarché, rien n’est plus lassant et inutile. Je scrute de droite et de gauche et… mon regard croise des yeux magnifiques et rieurs trois files plus loin. Je souris à ces yeux attendrissants, mais ce qui m’affole je n’arrive plus à les quitter et en échange je reçois un charme qui me met en émoi. Ayant réglé mes achats, je suis soumis à une force invisible qui m’oblige à attendre cette personne. Elle s’approche de moi, et avec grande courtoisie je l’invite à boire un verre, ce qu’elle accepte. Mes amis le coup de foudre, incroyable deux minutes plus tard, assis l’un en face de l’autre, ignorant le café qui refroidissait dans nos tasses, nous nous mangions du regard et nos mains se sont unies. Et depuis nous vivons ensemble.

 Leur débordement de bonheur contamine notre couple qui en est des marchands au dire de la chanson, mais ils n’en thésaurisent pas c’est inutile, pour l’instant c’est leur sensibilité qui est touchée.

— Cette bacalhau à la crème est exquise, exprime Gaston pour divertir l’assemblée et éviter les larmes.

— Votre histoire est magnifique, ne peut s’empêcher de formuler Georgette.

Ils sont émus et ils en oublient qu’Ernesto les a invités pour une information de première importance. Je ne sais si tu es comme moi lecteur, les récits d’amour c’est bien joli, mais je trépigne pour connaître l’annonce alors qu’eux se laissent ensorceler par le rêve.

Le dessert est servi, un bolo de bolacha, rien qu’au regard on se doute qu’il est exquis. Le pouvoir séducteur du sourire de la serveuse et ces petits mots en français, « vous allez vous régaler « terminent de convaincre les convives. C’est à cet instant où les cuillères s’avancent vers leurs bouches, déjà ils ressentent la douceur de la pâtisserie dans le palais, qu’ils entendent : 

— Georgette, Gaston j’ai deux questions à vous poser auxquelles je vous demande de répondre avec spontanéité. Pas de demi-mesure, je n’aime pas les tièdes. Attention l’enjeu est important, je vous informe qu’il n’y que deux réponses possibles le négatif ou le positif, le reste est considéré comme nul et non avenu. Alors voici la première, êtes-vous prêts ?

Les amis sont perturbés par le système. Ils apprécient discuter et débattre et là il ne leur laisse pas le choix. Ils se rendent compte à ce moment que Ernesto est un homme d’affaires avec qui il ne doit pas faire bon négocier. D’ailleurs, il a bien changé depuis leur passage en Ardèche, où il était un peu voûté des cheveux et une barbe pas entretenue. Le voici droit comme i, un style moderne avec une barbe de un ou deux jours, des cheveux d’un beau blanc légèrement long et bien coiffé en arrière, il en jette Ernesto. Leur pensée est coupée.

— Alors vous tergiversez, vous pouvez aussi refuser et on s’arrête là. Je serais intimement très déçu, mais c’est votre liberté. J’enfonce le clou, vous n’avez pas de joker. Je peux y aller oui ou non?

Christine est rieuse, car elle sait de quoi il en retourne et s’ils savaient ils n’auraient pas cette crainte. Elle aime la mise en scène orchestrée par Ernesto.

— Mais c’est que tu nous mets le couteau sous la gorge, on ne peut pas poser de questions pour comprendre?

— Allons le charpentier à mon avis sur les chantiers tu en as vu d’autres ; crois-tu que je vais vous piéger ?

— Non, je ne le pense pas.

— Alors j’y vais ?

— D’accord, annonce Georgette.

— Donc voici la première question avec deux possibilités oui ou non. Aimez-vous le terrain où vous êtes installés ?

— Mais bien sûr, lâche spontanément Georgette.

— Oui répond Gaston avec rigueur et vigueur comme c’était demandé.

— Est-ce qu’en ce lieu vous vous  sentez bien ?

Georgette, toujours instinctivement : 

— Mais c’est la même chose non !

— Chut, lui fait Ernesto, peu importe une solution, une seule.

— Oui réagit Gaston rentrant dans le jeu d’Ernesto.

— Alors mes amis l’affaire est simple, je vous offre ce terrain pour l’euro symbolique.

Georgette à ce moment pousse un cri, tout le monde pense qu’elle va avoir une syncope.

— Mais c’est impossible, glousse-t-elle.

— Nous ne pouvons accepter, reprend Gaston. Nous savons très bien que les prix sont exorbitants en Algarve. En plus, ce verger est bien situé, arboré, un peu en hauteur, toujours une petite brise, j’ai même repéré un puits. C’est un paradis !

— Alors tu refuses le paradis Gaston ? Quand l’amour s’est présenté à moi je ne suis pas fou j’ai ouvert grand mes bras pour l’accueillir. Ne vous réjouissez pas s’il n’y a pas de condition de prix, vous ignorez les autres modalités.

— Je me disais bien qu’il y avait anguille sous roche, émet Gaston, l’air un peu offusqué.

— Si vous acceptez, vous allez devoir vous soumettre à deux obligations terrrrrrible, prononce Ernesto, en exagérant les r comme ils savent le faire dans la montagne. Voulez-vous les connaître où vous jetez l’éponge dès maintenant ?

— Vas-y, annonce Gaston en pensant le voilà le piège.

A suivre…

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