Un homme politique utilise les mots d’un vocabulaire poétique et chantant en les transformant en beurre rance tartiné sur du pain rassis pour nous faire miroiter que non seulement c’est le meilleur des festins, mais c’est le seul et unique dans le contexte présent qui est comestible.
La larme à l’œil, je regarde un certain nombre d’individus frétiller comme la truite vagabonde remontant le torrent, ils ne jurent que par ses mots enrobés de fausse paillette d’or d’où ne résonnent que mépris, mensonges et roublardises.
Ça y est, se disent ces quelques énergumènes, moi aussi je suis parvenu, maintenant je fais partie du gratin de la société.
Ce qui est réussi c’est le déguisement du mot qui fait croire à cet humain sa victoire dans l’élitisme alors qu’il amuse les marionnettistes, car c’est un valet paré de paillettes.
J’ai connaissance de l’importance des mots et surtout de la valeur de leur racine. Certains sont devenus tellement communs et utilisés à tort qu’ils sont nécrosés. Dans notre langage où la poésie est oubliée, nous les trouvons grossiers et nous les boudons. Pourtant ils ont encore toute leur élégance dans le vocabulaire de la langue de Molière, ils sont la création, l’inspiration. Portons-leur, le respect que nous leur devons avec un sens de l’âme et à nouveau nous gagnerons.
Le mot croissance !
Personnellement quand on me parle de croissance, ça sonne telle une insulte, cela représente quelque chose de néfaste issu du capitalisme, de l’anti-humain.
Et pourtant, comme l’explique Aurélien Barreau, astrophysicien, que fait-on de la croissance du sourire, de l’amour, de la sincérité, de l’émerveillement d’une petite fleur ou d’un ciel étoilé ? De l’oiseau et de son chant ou du regard doux et tendre du chevreuil ?
Que faisons-nous de la croissance d’une nature préservée ?
Et que dire du mot progrès ! Nombreux sont ceux qui ont un frisson si ce n’est pas une crise d’eczéma rien qu’en entendant ce mot. Certes, si le progrès c’est s’encombrer d’objets ou plutôt de gadgets idiots en espérant valoriser son ego et concurrencer celui du voisin, c’est bien pitoyable.
L’abondance de ce progrès est liée aux sentiments de vantardise, je possède, je suis à la page, je suis avant-gardiste.
Mais que fait-on du progrès de la relation, de l’écoute, de l’attention ou du chant ? Le progrès de la poésie, du théâtre ou du rêve. La nature et son progrès, qui donnent à tout humain une interaction avec les différentes espèces essentielles à la vie sur cette terre.
Le progrès, serait-ce vouloir aller vivre sur une autre planète ? Expérience qui semble peu probable et qui dans tous les cas sera réservée à une élite. Et les autres ?
Pourquoi chercher ailleurs ce que nous avons ici, qui est magnifique et splendide, nous n’avons qu’une chose à faire, cela demande de l’huile de coude ; un grand nettoyage. Dans ma région natale d’Alsace, on appelle cela en dialecte « oschterputz « . Avec l’arrivée du printemps, c’est un grand nettoyage de la maison, on jette l’inutile et on redonne valeur à ce qui est terni par les ans.
Le progrès, être moderne et si c’était une évolution intellectuelle d’une vie plus participative ! Partager ses outils ou de l’électro ménager plutôt que surmultipliée du matériel qui bien souvent prend la poussière du placard ou du garage. Voilà du progrès dans la sociabilité.
À ce sujet une machine est devenue presque incontournable « le souffleur « ! Le souffleur, ustensile bruyant, polluant, nécessaire pour pousser les mauvaises herbes (mais qu’est-ce qu’une mauvaise herbe ?) puis l’automne faisant son chemin, les feuilles envahissent. Elles arrivent même à se glisser sous le seuil de la porte et à narguer le robot aspirateur. Il est urgent de chasser les feuilles des natures mortes ou vivantes, il faut que tout soit nickel chrome.
Nous oublions que l’humus de la terre de nos forêts doit son odeur et sa richesse à d’innombrables feuilles qui se sont décomposées depuis des milliards d’années.
Repousser la nature au-delà des murs fortifiés des villes et villages, la concentrer et la maîtriser dans un lieu restreint. Serait-ce cela le progrès ?
Plus simplement le progrès ne serait-ce pas du jardinage avec un outil comme la grelinette, l’oya ou encore les méthodes de permaculture ou de syntropie qui, sur des surfaces réduites, permettent de produire autant que sur le double de surface.
Et voilà que j’utilise le mot partage, car je partage mes outils, mes idées, mes connaissances, n’est-ce pas cela les bases de la croissance ? La finesse du progrès ?
Mais quel est donc ce dinosaure de communiste qui n’a pas été exterminé ?
En ce monde, on ne partage pas, on possède. Cela donne la force de la croissance et la prétention de vivre la mode du progrès sans aucun effort.
Le mot effort est lui aussi damné, spolié et pourtant il ne peut y avoir que quelques espèces dont le cerveau est rétracté qui refuse ce principe. Nul n’est censé arrêter de penser, de comprendre, d’analyser et de faire vivre sa curiosité. Ou alors serait-ce la transmutation de ces grains nobles du vocabulaire en infertilité qui ont rendu le cerveau des humains improductifs de toute créativité, inventivité ?
Est-ce un effort que de choisir son lieu de vie ?
Pas un lieu de résidence ou de villégiature. Un lieu où la vie s’écoule dans le respect d’une nature équilibrée. Où la vie, dans un vortex dynamique, est aspiré à s’élever dans l’amour, la paix, la beauté pour s’écouler en chaque être humain qui y réside ou qui vient y séjourner ne serait-ce que quelques heures.
Cadeau responsable que nous nous sommes offert en achetant un terrain et en ayant qu’une idée, planter des arbres, rendre ce petit morceau de terre plus vivant, le faire croître dans une abondance de diversité où la faune et la flore retrouvent leur équilibre. (Bientôt un article à ce sujet !)
Se tromper, l’erreur !
Les civilisations qui nous ont précédés ne se sont pas comportées comme nous.
Elles mesuraient qu’elles se trompaient, arrêtaient, recommençaient et ainsi de suite pour arriver à toujours mieux, du mieux-vivre, du mieux-être.
Nous sommes dans la phase où l’erreur est encore un mot mal vu. En ce XXI ème siècle, on ne fait pas d’erreurs. On a les nouvelles technologies et elles ne se trompent pas, alors on persiste dans l’entêtement.
Tout s’effondre de partout, nous touchons le fond, mais surtout on ne change rien, car peut-être il faudrait parler d’effort qui annihilerait la pensée unique : que modernisme et croissance sont les seules solutions.
Nous savons que nous coupons la branche sur laquelle nous sommes confortablement installés et nous continuons.
Est-ce que l’essence de notre nature moderne serait une essence suicidaire ?
Quand une scientifique déclare que notre comportement actuel va influencer le taux de souffrance des générations à venir. Comment réagit-on ?
Il est plus facile de s’en moquer que de chercher la bravoure enfouie en nous.
La bravoure ? Un sentiment qui nous relie au vide de l’univers défini par la physique quantique et qui nous donne cette force qui permet de déplacer les montagnes.
Certains, dont les noms s’étalent en or dans le haut des affiches, tancent avec rage ceux qui voudraient croire à ces niaiseries. L’effort est d’un autre monde.
La croissance, le progrès, l’évolution, les technologies ne sont source d’aucun effort.
Tout ne doit-être que facilité et abondance, tant pis si cela mène à un monde malade d’obésité et de diabète, tant pis si cela mène à un monde irrespirable, les technologies vont nous sauver !
Notre guérison ne serait-elle pas plutôt de se poser une question, quel est l’enjeu de notre être dans ce monde ?
La croissance de l’amour dans la relation me conduit à une existence débordante de modernisme que sont l’attention, la douceur, la tendresse, l’écoute et la compréhension. Sans effort, mais dans l’exaltation, de la vie où la légèreté me fait flirter avec la douce rosée du matin qui illumine les boutons de fleurs dans leur épanouissement. Il ne reste plus qu’à pratiquer l’expérience la plus puissante, le partage de l’émerveillement dans une ovation à la vie. N’est-ce pas cela une croissance inspirée d’une vie moderne où l’on privilégie la déambulation à la téléportation ?