Dans un journal local d’une vallée pyrénéenne, je lisais un article dénonçant un projet pharaonique, je ne veux pas mener de réflexion sur l’intérêt ou non de cette opération. Le journaliste racontait la confrontation qui s’était passée sur le marché hebdomadaire d’une petite commune entre les défenseurs et opposants aux projets.
Ce qui m’a interpellé c’est la conclusion de l’article. Le correspondant local écrit ceci : j’espère que je pourrais continuer à sourire, serrer la main, voire boire un verre au café de la place du village avec mes voisins, copains qui ont pris position au sujet de cette réalisation.
Ces quelques mots m’ont fait réfléchir aux relations humaines.
Il peut paraître normal que des gens prennent position pour ou contre, tout va dépendre de leurs convictions, de leurs sensibilités ou même de leurs relations. Un ami d’enfance impliqué positivement dans le projet ou opposé à celui-ci ne peut pas mentir donc on lui fera confiance. Mais avant de rentrer dans une bataille rangée, ne devrait-on pas se poser certaines questions ?
Quel intérêt ais-je à prendre position ? Qu’est-ce cela m’apporte ?
Qu’est-ce que ce projet va apporter pour améliorer ma vie quotidienne et collective ? En prenant position je défend quel intérêt ?
Voilà un village que nous connaissons pour y passer de temps en temps quelques jours et qui pour nous est très paisible. Cette fois-ci, nous creusons et nous discutons avec un couple d’agriculteurs habitant depuis toujours le centre du bourg. Ils reçoivent une pression d’habitants souhaitant bientôt voir leur départ en retraite, car le fumet de l’élevage de vaches laitières dérange.
Le bâtiment de la boucherie tenu par un jeune couple qui propose des produits de qualité ( pour preuve, leur boutique ne désemplit pas) à de gros problèmes avec la commune propriétaire des murs au point de présager un abandon du commerce.
Ces deux exemples sont complétés par l’article du journal qui définit bien un risque de désaccord qui amplifiera l’animosité, la rancune voire l’agressivité dans la bourgade.
Pourtant : Tout est là pour bien vivre, un cadre avec une nature mirifique et merveilleuse. C’est un temple idéal pour se libérer du stress du travail ou de la vie. Des chemins invitent à effectuer quelque pas lent dans la forêt pour observer et l’émerveillement est à portée du cœur pour une revitalisation du corps et de l’esprit.
Comment l’Homme peut en arriver à cultiver des vibrations de colère, de haine ?
Pourquoi l’humain entretient si facilement la mésentente d’où émergent malheureusement des guerres (et le mot n’est pas trop fort) avec des copains d’enfance, des amis ou même de la famille ?
Certains m’ont expliqué que l’on ne peut rien y faire, c’est la nature humaine. Dans ce cas, je crois que l’Homme n’est pas très intelligent, prétendre qu’il n’y a rien de plus beau que la vie et gâcher cette œuvre exceptionnelle par des sentiments d’aversion, de détestation, n’y a-t-il pas d’autre solution ?
Cela réveille en moi des conflits que j’ai connus et laisser glisser ma plume sur le papier me permettrait facilement d’en former le chapitre d’un livre.
Tel ce paysan qui avait des copains depuis le lycée agricole, je passerais sur tous les moments de joie et de peine qu’ils ont vécu ensemble. Un jour, il adhère à un syndicat qui n’est pas majoritaire, ses copains en désaccord avec sa position, pour éviter de le saluer au moment de le croiser change de trottoir.
Combien de familles se sont déchirées pour ces histoires de vaccinations lors de la COVID ?
Dans une même famille, combien de dissensions, parfois proches de l’altercation physique pour une divergence politique, voire footballistique ?
J’observe le cours des évènements et mon constat m’attriste, car il n’est pas nécessaire de se rendre dans les partis politiques, mouvements associatifs ou sportifs, dans les quartiers de villes et villages pour trouver des discordes :
— Des enfants qui ont grandi ensemble, joué, ri, pleuré, fêté anniversaire et Noël, passé des vacances tout à coup s’entredéchirent.
— Des couples qui se sont étreints, ont fait l’amour, se sont promis monts et merveilles, ont été comblés d’un bonheur indicible à la naissance de l’enfant. Comme l’orage surprend, la rupture intervient, leurs mots tuent plus sûrement qu’une arme.
— Des parents qui sont fiers de leur enfant, mais celui-ci ne suit pas l’orientation dont ils rêvent et c’est le litige, le rejet.
Je vais m’arrêter là, car les larmes m’arrivent doucement.
Ne vivons-nous pas dans une société où notre ego, notre fierté, notre certitude d’avoir raison nous empêche de dialoguer avec ceux qui pensent différemment ? Ne serait-ce pas un manque d’ouverture d’esprit ? De tolérance ? Être un humain intelligent ne serait-ce pas savoir échanger dans le calme, accepter la contradiction et parfois modifier son opinion ?
Je suis un ancien militant et je me souviens d’une période où il y avait dans notre pays quatre grandes centrales syndicales dont deux s’entendaient comme les cinq doigts de la main. Aujourd’hui, il devient difficile de les compter et de se souvenir de leur nom, car elles sont pléthore et il en est de même dans les mouvements politiques ou associatifs. Mais pourquoi ?
N’est-ce pas dû, tout simplement à de l’intolérance, une personne refuse de penser comme moi alors je me dissocie et je crée mon mouvement, mon association, etc.
Ne sommes-nous pas dans un monde où l’on assène comme vérité des bribes d’informations que l’on détient sur une affaire et ne resterions-nous pas accrochés à des principes par ignorance ?
Il y a un peu plus de 200 ans, sur une accusation non vérifiée, des femmes nommées sorcières se retrouvaient sur un bûcher.
Avons-nous si peu évolué ? Hormis le bûcher qui est interdit, l’accusation, le qu’en dira-t-on, la rumeur fait toujours autant de dégâts.
Nous sommes dans le moi je, moi je, moi je… et après moi le déluge.
Est-ce cela la vie ? Expérimenter l’irrespect, l’intolérance jusqu’à son extrême, la violence des mots, des actes et dans le pire des cas la guerre avec toute sa panoplie de souffrances et d’horreurs.
Ce conflit, la position intransigeante, provoque de l’animosité, peut-être de la rancune. Voici des personnes qui ne vont plus se parler vont garder en eux une irritation, une acrimonie qui va gâcher des instants de vie plus ou moins longs.
Combien de fois ai-je entendu :
Alors cela, je ne l’oublierai pas. C’est impossible de lui pardonner. Celui qui décide d’adopter ce comportement à qui fait-il le plus de mal ? À lui-même ou à celui envers qui il porte ce sentiment rancunier.
Est-ce normal que l’homme qui a de puissantes facultés à la vue de tout ce qu’il invente depuis des millénaires, reproduise de siècle en siècle la même expérience de haine ?
N’y aurait-il pas une première question à se poser avant de s’engager dans une dispute trop souvent irréversible ?
Est-ce que le sens de ce désaccord, à un intérêt quelconque pour améliorer ma vie quotidienne ?
Dans ce monde moderne où les technologies peuvent faciliter l’existence, peuvent guérir, etc. Le seul but de nos décisions ne devrait-il pas se tourner pour favoriser une harmonie durable entre les Hommes et l’environnement ?
Matthieu Ricard, essayiste, photographe et moine bouddhiste, explique dans l’une de ces conférences : « oser l’altruisme ce n’est pas une simple utopie, c’est une attitude dans la vie qui doit s’étendre à tout être vivant. »
Si nous réfléchissons au sens de la vie, ne sommes-nous pas tous constitués d’atomes ? Du même fonctionnement ? Alors pourquoi tant de déchirement ?
Tout projet devrait n’avoir qu’un seul et unique but, améliorer la qualité de vie. La signification de celle-ci est simple, chaque individu doit avoir de quoi se nourrir, se loger, s’habiller, se soigner décemment et profiter des mêmes droits. Tout le reste est inutile et absurde, tout discours sur des courbes de rentabilité ou la recherche infernale de croissance est une contrefaçon humaine.
Oui tous les actes, tous les projets politiques, économiques devraient faire prospérer la croissance de la paix, de l’amitié, de la solidarité, des valeurs humaines, tout le reste ne sont que des actes virtuels et inutiles qui sont producteurs de conflits.
Tous nos engagements, nos propos doivent nous permettre de rester en paix avec nous-mêmes.
Dès que nous exprimons ou commettons une action qui n’est pas dans le respect de l’humain, nous sommes dans l’erreur.
Dès que nos gestes ne sont pas dans le respect de la merveille, de l’harmonie de la nature, nous sommes dans le faux.
La bienveillance, la compassion n’est ce pas-là, le but simple, mais grandiose de notre vie ?