Le myriamètre.










Avant de quitter le Rhin, la nostalgie nous gagne, alors comme pour une dernière danse lors d’un bal officiel, nous effectuons encore quelques pas sur la rive, éblouis par le fleuve qui adopte la vêture du ciel.



Des cygnes paradent, se raconteraient-ils la légende allemande qui donna naissance à ce magnifique ballet, le lac des cygnes ?



Les contes et légendes laissent toujours planer pour le rêveur un désir de vérité. Quelle est l’esquisse de ce ballet ?

« Alors qu’un chasseur allait tirer sur un cygne, une jeune fille habillée de blanc portant une couronne apparaît et lui révèle être le cygne qu’il a failli tuer. Cette couronne est un talisman, car je suis la fille d’une fée qui est morte, dit-elle ».

Une fille est là, sa couronne est un chapeau de paille, talisman ou pas ? Je m’arrête et suspends ma respiration, car pour l’imaginatif que je suis, il me plaît d’y voir l’apparition de la fille avec sa couronne magique.



Il est facile pour elle de se transformer en cygne afin d’aller discuter avec le cormoran.
Je m’approche silencieusement pour surprendre leurs palabres.
Ils parlent de cette pierre bizarre que j’avais repérée sur la rive.



Je suis stupéfié par un rire gras, c’est le fleuve qui m’apostrophe : vous les humains croyez tout connaître, tout savoir, un peu imbus de vous-même et pourtant vous ignorez tant de choses surtout sur l’histoire. Mais je laisse la parole à mes amis à plumes.

Le cormoran qui est nouveau dans la région interroge le cygne :

– Décidément mon ami tu entretiens ta réputation pour la qualité du chant du cygne. Mais dans tes paroles, pourquoi m’ordonnes-tu de descendre du caillou là-haut sur la berge ?

– Vois-tu, ce n’est pas une vulgaire pierre. C’est un objet historique qui selon moi devrait être mieux mis en valeur.

– Que me raconte-tu, c’est un caillou et je suis bien aise qu’il soit implanté là-haut, car installé, comme sur un perchoir, je contrôle ce qui se passe.

– Mais enfin, tu es aussi ignorant que les humains c’est une borne myriamétrique.

– Quel est ce mot que tu viens d’inventer ?

Le myriamètre est une ancienne unité de mesure adoptée sous la Révolution française afin de supprimer celle de la lieue trop royaliste. Elle est d’une valeur de 10 000 mètres, soit environ trois lieues. Elle était d’un usage courant au XIX ème siècle. En 1870, ce système de mesure a été utilisé le long du Rhin de Bâle à Lauterbourg. Dix-huit bornes ont été mises en place tous les 10 km sur la rive gauche du Rhin. On peut lire sur celle-ci, en allemand, le point kilométrique précis la séparant de Bâle et de Rotterdam. La plupart des bornes ont été arrachées lors des travaux de canalisation du Rhin, alors tu comprends que les rares qui restent sont à respecter.



Une péniche qui remonte le fleuve brouille les instants de ce songe, mon épouse est bien à mes côtés et la pierre myriamétrique existe bien sur la rive.

Laisser un commentaire