Après avoir écouté le Rhin conter une partie de son histoire, assis sur la berge, je chausse des bottes de 7 lieues pour aller à la rencontre de la ligne bleue des Vosges.

Même si je fais des pas de géants, il m’est impossible d’éviter les canaux ou encore une rivière emblématique telle que l’îll qui prend sa source dans les contreforts nordiques du Jura et traverse toute l’Alsace du sud au Nord pour retrouver le Rhin à Strasbourg. De nombreux autres cours d’eau alimentent l’Îll telle la Thur, la Lauch qui traverse Colmar ou encore la Fecht. Ces rivières offrent brochets, tanches, perches, truites et anguilles pour faire ce merveilleux plat, la matelote de poissons au riesling.
Pas étonnant avec un maître comme le Rhin que les rivières locales le suivent pour provoquer des crues. Celle de l’an 1480 fut mémorable, la plaine d’alsace avait disparu sous les eaux et quand celles-ci se retirèrent elles laissèrent derrière elles nombre de villages anéantis, mais aussi de cadavres d’humains et d’animaux.
La nature reprend ses droits ainsi que sa beauté et je ne peux m’empêcher de faire une halte le long du canal de Colmar qui rejoint celui de Rhône au Rhin dans la région d’Artzenheim.

Mais je ferme les yeux et les souvenirs me reviennent à la vitesse d’un cheval au galop. Alors âgé d’une dizaine d’années, je regarde une péniche tirée par une petite locomotive diesel. Mon père me raconte l’histoire des chemins de halage dont l’utilité est primordiale.
Tant que les moteurs adaptés pour des bateaux circulant sur les fleuves et canaux n’étaient pas inventés, ils furent tirés jusqu’au XIX ème siècle par les humains. L’usage des voiles n’était pas possible du fait des ponts, tunnels ou pour cause d’absence de vent ou de vent défavorable. C’est ce que l’on nommait le halage à la bricole, le marinier et sa famille s’attachaient par un harnais nommé bricole pour tirer le bateau. Ainsi ils déplaçaient une péniche de 300 tonnes à la vitesse de 700 à 800 mètres heure. Puis les humains furent remplacés par des chevaux, ânes, mulets ou bœufs et la vitesse passa à 2 km/h. Les bêtes appartenaient au marinier ou encore à des charretiers, appelés les « longs jours ». Puis tu vois, comme c’est le cas sous tes yeux, ce sont soit des locotracteurs électriques ou diesels qui font le travail.
Celui-ci passé, rien de tel que de courir derrière en imitant son bruit de moteur et faire des signes aux bateliers qui avaient pour tâche de garder le cap de sa péniche.
Quelques décennies se sont écoulées, les marchandises se retrouvent dans des wagons ou sur des camions, les canaux sont redevenus très sauvages. Ils ne voient plus passer que des plaisanciers et le chemin de halage asphalté est transformé en voie cyclable et piétonne.

C’est un paradis, les arbres fruitiers qui bordaient les rives ont été maintenus et comme ils appartiennent au domaine public, il est possible de ramasser noix, quetsches ou pommes.

Ce coin tranquille est à quelques pas de Colmar, capitale des vins d’Alsace, impossible de ne pas s’émerveiller devant les nombreux édifices typiques.

Comment ne pas dire quelques mots sur Jean-Jacques Waltz dont le nom ne doit pas vous parler, par contre si je vous dis : Hansi, je vois vos grands yeux s’émerveiller en imaginant tous ces dessins un peu naïfs, mais criants de vérité qui décorent tant de cartes postales, de poteries ou de boîtes de bredeles.
Mais ce que beaucoup ignore et même parmi les autochtones c’est que ce fut un grand résistant lors de l’occupation allemande de 1871 à 1918. Il a été jugé par un tribunal allemand et condamné à un an de prison pour excitation à la haine. Il arriva à s’évader et aidé à rejoind la France via la Suisse. Sa tête fut mise à prix et son père et ses frères furent arrêtés. Il s’est alors engagé dans l’armée française et a participé à la libération de l’Alsace. Lors de la deuxième guerre mondiale, il dut fuir sa ville qu’il chérissait, Colmar et partir en zone libre. Il fut retrouvé à Toulouse, tabassé et laissé pour mort sur un trottoir. Il eut énormément de mal à se remettre et mourut en 1951. Colmar lui fit une grande ovation dans une énorme cérémonie, et cela continue, car aujourd’hui ses dessins se retrouvent partout et ils égayent le cœur de nombreux touristes.
Maintenant, il ne reste plus qu’à grimper dans de grandes forêts pour atteindre les Hautes Vosges et leur chaume.
Les pensées filent comme les nuages poussés par le vent alors que les mots écrits avancent comme le marcheur.
Je vais surtout vous laisser apprécier les paysages.
Le lac des truites ou Forlet est le plus élevé de tous les lacs des Vosges et occupe un ancien cirque glaciaire aux parois vertigineuses. Le Tanet (1292 m) et le Gazon de Faîte (1306 m) dominent admirablement le lac.

Il est entouré de tourbières, de parois abruptes, d’éboulis de pierres, d’arbres et de sapins, il s’agit sans doute d’un des plus beaux lacs du massif vosgien, le tout nous faisant penser à un décor alpestre.
Nous dominons la vallée de Munster, vallée ouverte où le soleil rentre généreusement. À l’époque féodale, les voyageurs, les commerçants ne remontaient pas aussi facilement la vallée, l’entrée étant surveillée par quelques châteaux forts.

Nous voici dans l’une des plus belles parties des Hautes Vosges pour moi.

Le Hohneck domine la barre rocheuse des spitzkopf, refuges de grimpeurs qualifiés et aussi de chamois. Il suffit de se retourner et une lignée de sommets nous salue.
Le Rainkopf, le Rotenbachkopf et le Batteriekopf. Atteindre leurs sommets demande un effort, car même si la pente n’est pas longue elle n’en est pas moins raide.

Depuis leurs éminences s’ouvre une vue sur la plaine d’Alsace jusqu’à la Forêt Noire et parfois on peut apercevoir les Alpes suisses. En tournant sur soi-même, notre regard embrasse la plaine des Vosges.
L’émerveillement c’est le lac de Blanchemer niché dans un écrin de sapins.

Mais que seraient les Vosges sans ses célèbres vaches ?
