Dans la nature, il faut avancer à pas feutré, ne pas oublier de laisser sur le bord de la route sa vêture d’adulte.
Redevenir un enfant au regard innocent qui s’émerveille de tout et s’amuse de rien.
Certains vont murmurer, ce n’est pas sérieux, nous sommes adultes et responsables.
Responsable de quoi ? Je n’ai jamais vu des gens responsables qui en si peu de temps bousille ce qu’il y a de plus beau au monde. La France perd entre 20 000 et 30 000 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers en un an, soit l’équivalent d’un département tous les 10 à 12 ans.
Combien de temps pouvons-nous tenir à ce rythme ? Est-ce sérieux ?
Notre salut n’est pas compatible avec la poursuite de la croissance.
Savez-vous qu’un verger d’environ un hectare :
– Ce n’est pas seulement un sol qui contient quelques vers de terre, on en compte de 1 à 4 millions, mais il abrite aussi des myriapodes, des isopodes sans compter la multitude de micro-organismes, véritable clef de voûte du bon fonctionnement du sol.
La strate herbacée est le socle d’une biodiversité foisonnante dont les graminées, 12 000 espèces, qui profitent aux chevreuils ou aux lièvres, mais aussi aux coléoptères, aux sauterelles, etc.

Les arbres fruitiers non traités par des produits mortels sont un havre de paix pour une avifaune variée qui pourra nicher et se nourrir de ravageurs dont les plus connus sont les pucerons. On en compte 8000 espèces en Europe.
Des haies arbustives pour couper le vent dans lesquelles on trouvera par exemple une variété de papillons, il en existe 5000 espèces en Europe, mais aussi fourmis, guêpes, libellules, mouches et bien d’autres encore.
Alors l’adulte responsable qui sans respect anime pelleteuse et bulldozer pour construire zone industrielle, commerciale, lotissement et routes. Quand on voit le nombre de bâtiments, de maisons en ruines, ne devrait-il pas y avoir une autre réflexion que celle basée sur le développement et l’argent ?
Nous oublions que nous sommes dans un monde fini et limité et nous nous comportons comme si tout était sans limites et possible.
Contemplons, tombons en extase, regardons comme si nous n’avions jamais vu, que ce soit devant ces champignons ou un parterre de cyclamen à feuilles de lierre.


Le Petit Prince de Saint Exupéry disait : « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »
Quand nous regardons avec le cœur quelque chose de subtil et de transformateur se produit, pour cela mettons notre cerveau en pause pour voir la beauté sans filtre.
Qui aperçoit dans cette haie sauvage le sureau qui se dresse tel le cobra vers la lumière alors que le houblon utilise la rigidité de ce dernier pour lui aussi avoir sa part de soleil.

Et que fait cet escargot perché sur ce chardon en semence? Lui seul le sait, alors amusons nous de son acrobatie et laissons le à son expérience.

Voici un concert de bourdonnement, apprécions le travail de ces abeilles, avant les frimas elles butinent les fleurs du lierre qui embaument le sous-bois.

La grande balsamine, peut-être allez-vous admirer sa fleur dont les veines sont remarquables et pourtant c’est une plante envahissante qui petit à petit prend la place de plantes endémiques.


C’est comme ces tortues exotiques, une race originaire de Chine et six autres d’Amérique du Sud qui se réchauffent non loin d’un pont où un grand nombre de passants s’arrêtent pour les admirés, n’ignorons pas que ces espèces sont nocives pour la faune locale et particulièrement pour les amphibiens.

Alors l’Homme responsable ? Aujourd’hui à Kehl en Allemagne il faut menacer d’amende qui peuvent aller jusqu’à 10 000 € pour que les gens arrêtent de relâcher ces animaux.
Pour se calmer, observons la danse du papillon qui de temps en temps s’arrête et butine avant de recommencer infatigablement ces voltiges.

Encore quelques fleurs qui bordent nos chemins et que souvent nous ignorons, la vergerette, le lotier ou le silène enflé.



Le soir, la pérégrination arrive à sa fin, les arbres s’habillent de leur parure de la nuit pour s’endormir en hiver, ils nous disent combien ils nous aiment et le soleil couchant réjouit le cœur pur de l’Homme dans un jeu de lumière ou comme l’enfant il joue avec les nuages.


