Ce matin, nous partons sereins de la belle région d’Alsace, direction d’une région tout aussi belle, la Bretagne. Cette précision est nécessaire afin d’éviter de rompre l’amitié qui existe entre ces deux régions et risquer un conflit indélébile, le chauvinisme régnant des deux côtés.
Un arrêt pour ramener en Bretagne quelques victuailles locales. Puis nous passons le col d’Urbeis, contournons St Dié des Vosges et après soixante-dix kilomètres c’est au tour de Nancy d’être évité. Plus serein que nous tu meurs, le moteur tourne bien, la pluie s’arrête, le ciel nous fait un clin d’œil en laissant apparaître un peu de son bleu.
Nous sommes réjouis, midi approche et une première halte nous attend, bientôt nous avons les pieds sous la table chez nos amis Ghislaine et Didier.
Quand tout à coup, bling! crac! boum! hue! onomatopées qui arrivent du moteur et aussi rapidement une fumée blanche s’échappe du capot.
Laetitia qui est au volant maîtrise parfaitement et s’arrête ultra rapidement sur la voie d’urgence.
Suite à nos différentes pannes, cela devient une routine pour nous, gilet pas jaune, car il suffirait d’un car de CRS pour se prendre un coup de matraque. Nous porterons, gilet orange, je vais placer le triangle et Laetitia s’occupe de l’administratif.
Qu’est-ce que ça circule sur cette nationale 4, notre maison mobile est secouée comme un prunier.
Le ciel est clément et nous avons même droit à un rayon de soleil en attendant la dépanneuse.
On dit que de leur prairie les vaches regardent passer les trains, ici c’est l’inverse du bord de route nous regardons et envions l’insouciance de ces vaches qui paissent sans un regard réconfortant pour nous.
Le dépanneur arrive et c’est la routine, il accroche un câble à notre fourgon qui fait grise mine et le voici montant piteusement sur le plateau de la dépanneuse.


Le dépanneur est charmant et nous explique qu’il va nous amener sur le parking du garage et nous devrons attendre 13 h 30 pour voir la suite du dépannage.
Il nous conseille un garage Fiat dans les pourtours de Toul.
Sur ce parking, nous prenons le temps d’ouvrir le capot et il ne faut pas être un grand technicien de la mécanique pour constater qu’une vis de serrage au niveau des injecteurs désire quitter son logis.
Enfin, l’appétit n’est pas coupé et nous cuisinons une fricassée de champignons cueillis la veille sur les pentes du Mont Sainte Odile. Cela accompagné de quelques charcuteries ne voulant point faire d’imbroglio avec les sociétés de dépannage, de garage, de location de voitures et de taxi, nous laissons le vin à la cave.
Enfin 13 h 30, ce n’est pas comme s’il était 5 heures et que Paris s’éveille, mais ça y ressemble presque.
Le premier appel, presque le plus important, est pour le garage Fiat afin de savoir si notre véhicule va être accueilli avec attention. Pas de problème, vous pouvez venir, on mettra la mallette pour détecter la panne. Nous voici un peu rassurés.
Puis appel avec l’assistance de l’assurance, discussion au bureau du garage pour faire rapatrier notre Fiat Ducato dans la grande famille des Fiat. Et enfin, Laetitia pose les jalons d’une location de véhicule.
Notre fourgon vit la même opération que quelques heures plutôt, il est tiré sur le plateau de la dépanneuse et direction le garage.
Laetitia avec souplesse se hisse dans la dépanneuse sans lâcher son portable et encore moins son interlocuteur pas facile à joindre.
Le chauffeur me rassure en me disant que c’est un bon garagiste et sans aucun doute il va réparer.
En de telles compagnies, j’en suis à me dire que la vie est belle.
En plus de notre véhicule, il remorque une Clio qu’il dépose chez Renault. Il manœuvre, marche avant, marche arrière, des voitures partout, il n’en balafre pas une seule, il sait conduire le gaillard.
On quitte le garage et je le vois s’activer sur son portable, il s’arrête, repart, s’arrête, je ne suis pas encore attardé, je comprends qu’il y a problème.
C’est à ce moment qu’il s’adresse à nous en ces termes :
« Vous n’avez pas contacté le bon garage, celui qui vous attend c’est un Fiat, mais un spécialiste de la carrosserie. »
Laetitia devient verte, bleue, jaune et déclare que ce n’est pas possible vu l’entretien qu’elle a eu avec le chef d’atelier.
Le chauffeur décide quand même de se rendre dans le garage fiat mécanique en disant : on verra bien, mais s’ils ne sont pas prévenus ils ne vont pas accepter le fourgon.
Inquiet, le cœur battant très vite, nous voici au bureau du garage et là un monsieur nous confirme qu’il a bien eu une dame l’informant de l’arrivée de ce camping-car.
L’angoisse s’évapore telle l’eau sous les rayons ardents de l’Algarve.
En définitive l’erreur venait de l’assurance qui avait communiqué une mauvaise adresse au dépanneur.
Tout est bien qui finit bien. Enfin presque, car la maison mobile déchargée, un serrage de main avec le dépanneur qui nous souhaite bonne chance et voici le chef d’atelier.
Sourire éclairant son visage, voix chaleureuse, il nous demande ce qu’il se passe. Nous lui expliquons et Laetitia lui montre cette vis qui veut quitter son logis.
Là, il lâche un « ça pue votre histoire » qui ne nous fait pas rire et nous tétanise.
Il s’en va et s’en revient avec une clef pour extraire cette vis, ceci se fait rapidement, par contre la situation n’est pas reluisante :
« Celui qui vous a réparé a effectué un travail de gougnafier. La vis n’est pas la bonne, elle est cassée dans la culasse ».
Je passe toutes les explications techniques, en tout cas c’est un gros boulot et il ne peut pas le faire.
Refermant notre bouche bée, on lui explique la situation. On doit être convaincant, car à ce moment il nous parle du prix qui peut monter jusqu’à 4000 €.
Je lui demande si cela vaut le coup de réparer. Il pense qu’à ce prix ça vaut toujours le coup de réparer ce type de véhicule.
Mais alors combien de temps ?
Cela dépend de ce que l’on va découvrir, mais disons trois semaines.
On n’a pas trop le choix et on décide de laisser, non pas d’abandonner, je dis bien laisser, notre maison mobile dans les mains de ces médecins de la mécanique.
Comment allons-nous faire ? À chaque moment sa peine.
Pour l’instant, un taxi vient nous chercher pour nous amener chez Europcar à Nancy où une voiture de location doit nous attendre, payer par l’assurance.
Nous voici en taxi un chauffeur un peu bourru au départ qui a tiqué en voyant nos bagages ou plutôt notre barda, sept à huit sacs dont dépassent vêtements, chaussures et même goulots de bouteilles. Laetitia s’installe sur le siège passager, l’atmosphère se détend.
Avant d’arriver devant notre loueur, il fait un petit détour jusqu’au CHU de Nancy pour récupérer un monsieur. Enfin, nous arrivons devant la société Europcar et nous allons pouvoir nous détendre en nous rendant chez nos amis.
Mais… vous connaissez le proverbe « ne vendez pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué ».
C’est ce qui se passe pour nous.
À l’accueil, le monsieur tout sourire nous dit « Je n’ai plus de véhicules dans mon parc, madame je vous avais prévenu. »
Effectivement dans le stress et les différents appels Laetitia a zappé ce détail qui a son importance sur mon anxiété.
Il nous invite à rester dans le bureau, il doit avoir pitié de nous quand il voit notre monture de globe-trotter.
Laetitia confuse se rend compte de sa bourde, mais impossible de lui en vouloir, cela ne serait pas élégant vu son dévouement. Quand je vois l’imbroglio de coups de fil qu’elle donnait et recevait, l’oubli n’est pas étonnant.
Donc elle rappelle l’assurance, cela dure un moment pour enfin s’entendre dire allez chez “ Entreprise “ (nom d’un loueur) on vous envoie un taxi pour vous y rendre.
Le monsieur qui a entendu la discussion intervient en disant un taxi c’est ridicule l’entreprise est à 300 mètres.
Encore un coup de fil pour refuser le taxi et nous voici partis comme des mulets pour cette nouvelle aventure.
Enfin après la distance parcourue où nous ne devions choquer personne, car les passants ne se retournaient pas sur nous, nous voici dans le bureau de cette société.
Eurêka, l’homme qui est à l’accueil, est informé, la voiture est prête et en plus il est charmant.
Laetitia part récupérer la voiture alors que je fais le pied de grue à côté de nos cabas.
Enfin, voici ma duchesse au volant d’un véhicule rutilant. Beaucoup d’informatique, une boîte de vitesses automatique et des sonneries dans tous les coins.
Elle gère avec un doigté de fée et en peu de temps on se retrouve chez nos amis les pieds sous la table devant une magnifique blanquette de veau.
Tout est bien qui finit bien !