Quelle civilisation voulons-nous construire pour demain ?
Mais que se passe-t-il dans ce monde ? J’ai le sentiment que tout s’effondre. Ce n’est pas facile à vivre quand on a passé sa vie dans la lutte.
Je fus militant à la JOC (jeunesse ouvrière chrétienne) dès l’âge de 16 ans, l’histoire ouvrière que l’on m’a apprise au travers du livre des misérables de Victor Hugo, m’a conduit à me battre tout au long de ma vie pour la justice et la paix.
Peut-être est-ce aussi dû à des années scolaires où le comportement des enseignants n’était qu’une autorité abusive menant à l’injustice et le rejet de ceux qui avaient des difficultés pour apprendre.
Dans le monde du travail, il me fut impossible de rester muet face aux injustices (et oui encore), au mépris, au racisme (et oui déjà).
Je me suis syndiqué et petit à petit des responsabilités m’ont été proposées. Je fus élu du personnel, secrétaire de syndicat puis régional. Animateur de quelques grèves et manifestations.
Nos luttes n’étaient pas vaines et nous obtenions des avancées.
Comme ce jour où j’organise une exposition devant la gare de Strasbourg pour dénoncer le manque d’entretien d’une voie reliant Molsheim à Sélestat provoquant une insécurité pour les voyageurs. Dans les quinze jours, la direction régionale entamait des travaux de réfection. Belle victoire !
J’ai quitté cette grande entreprise nationale pour m’installer comme paysan. Là aussi, la lutte, donc le militantisme, m’a rattrapée.
Action contre les OGM, mouvement antinucléaire, etc.
La lutte de classe continue à couler dans mes veines contre un capitalisme dont on détourne le nom en parlant de libéralisme. Cela ne m’empêche pas de rejoindre les ouvriers dans de grandes grèves comme celle des retraites de 1995 où la lutte paya puisque Juppé retirait le projet.
Je rentre aussi dans la désobéissance civile en refusant de vacciner mes vaches lors de la crise de la fièvre aphteuse.
De toutes ces actions, nous avions toujours des avancés, avec évidemment une certaine satisfaction.
Nous étions certains que le militantisme avait un sens et que sans lutte prolétarienne le capitalisme aurait déjà récupéré congés payés, protection sociale, retraite, reconnaissance des syndicats, etc.
En cette année 2026, je m’élève comme l’aigle pour avoir un regard sur toutes ces années.
Une question me parvient, mais que se passe-t-il en ce moment ?
Je vois non plus l’ombre d’une avancée, mais une obscurité où les droits reculent, l’environnement est méprisé, la gauche et les écologistes mis au pilori.
Mais que se passe-t-il ?
Je me souviens que Bertolt Brecht, écrivain et poète allemand, déchu de sa nationalité par le nazisme, est obligé de fuir son pays. Il nous prévenait en écrivant « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »
Et oui, elle est bien revenue, au grand jour, invitée et même valorisée par certains médias. Les maîtres du capitalisme se réjouissent de sa présence et applaudissent des deux mains le vote des lois liberticides.
La peur envahit les esprits, les droits acquis par la lutte s’amenuisent et les libertés font « peau de chagrin ». Les petites gens dont j’ai passé 50 ans de ma vie à défendre sont démunis, non seulement financièrement, socialement, culturellement. Ils se demandent comment se soigner, quelle scolarité offrir aux enfants.
Force politique au pouvoir, milliardaires avec le soutien des médias ont réussi à faire détester les opprimés et adorer, vénérer, envier ceux qui les oppriment.
Oui, l’avenir est peu réjouissant et comme cela ne suffit pas, le climat s’emballe, pourtant il y a 50 ans, un certain René Dumont nous avait aussi alertés.
Mais alors que faire, jouer à l’autruche ?
Qui peut me soulager de mon angoisse ? Pour moi, cela importe peu, car la porte de sortie est proche, mais c’est pour ceux que j’aime mes enfants et petits enfants et aussi ceux que je ne connais pas, c’est pour toute cette jeunesse qui pousse et nous pousse vers la sortie.
Mes parents me disaient « qui cherche trouve « .
Alors comme le pèlerin, je pars sur les sentiers, dans les bois, contempler, m’émerveiller. Enfin, un banc se présente à moi, je vais pouvoir reposer mes jambes qui porte le poids des années de lutte, d’espoir, de joie et maintenant de tristesse.

À quoi a servi tout cela ?
À quoi ai-je servi ?
La réponse est là écrite d’une main maladroite sur ce banc, peut être un gueux comme moi, qui fatigué avant de partir a voulu laisser un message d’espoir.

“ Quand je désespère, je me souviens que tout au long de l’histoire la voix de la vérité et de l’amour a toujours triomphé ; il y eu dans ce monde des tyrans et des assassins et, pendant un moment ils peuvent sembler invincibles, mais à la fin, ils tombent toujours. “
Mahatma Gandhi