Migration drolatique





J’ai choisi ce mot que j’ai découvert et dont voici la définition :

Drolatique qualifie ce qui est récréatif, qui fait rire, qui porte à sourire.

Je complète, émouvant et burlesque !

Alors que nous croulons sous les informations inquiétantes, je vais tenter d’alléger l’atmosphère en vous racontant notre migration.

Comme chaque année, nous reprenons notre véhicule pour un retour en France. Jusqu’à présent, nous ne flânions pas en route. Cette fois-ci, nous décidons de nous laisser porter par nos envies, cela va aussi permettre à notre maison mobile de moins puiser dans ses ressources.

De bons souvenirs à la ville frontière portugaise Vila Real de Santo Antonio nous poussent à une halte et quelques pas dans les rues piétonnes.

Tiens surprise! des muses. Dans la mythologie, chaque muse protège un art ou une science, peut-être des rêves poétiques, encore que la position équivoque ne provoquerait-elle pas plutôt une transmutation du mot poétique en érotique ?




Voici l’Espagne. Pour passer notre nuit tranquillement, Laetitia repère sur la carte un lieu original. Lorsque nous arrivons, l’obscurité est bien avancée et c’est au matin après s’être laissé bercer par la magie du lever du soleil que nous découvrons un petit geyser.



Non, ce n’est pas une manipulation humaine ou de l’IA, mais un effet naturel.

Une poche d’eau est prisonnière sous terre entre deux couches imperméables, de la pression s’exerce et l’eau trouve une issue en remontant à la surface en un jet d’une hauteur de deux à trois mètres et d’une température de 27°c.


En général, les villes ne nous tentent pas, mais une fois n’est pas coutume. Celle-ci porte un nom amusant : Zaragoza, qui me fait penser au cirque Zavata. Dans la rigueur du stress d’une ville, est-il possible de croiser des clowneries ? Pour rejoindre les bords de l’Ebre, nous traversons un parc.

Certes, les jets d’eau par ses chaleurs sont bien attirants pour leur fraîcheur, mais nous apercevons bien les singeries de dame grenouille.

Elle ne nous piégera pas, nous avons remarqué qu’elle est pétrifiée, sûrement due à cette eau ensorcelée.



Eau ne fut point bu ni même humidifiera notre gros orteil et de ce fait, avons conservé toute agilité pour lever la tête et nous laisser surprendre par les rayons du soleil qui irradie les clochers de la basilique.



Cette ville fut occupée par les Romains dont les vestiges sont intéressants, par contre ce qui est inquiétant, un amphibien statufié cela passe, mais un humanoïde attrapé par le même sort, le risque s’accentue, la tête pouvons-nous tourner ou lever ?



La crainte nous sidère et c’est rassurés que nous découvrons que nous visitons la capitale du grenache.

Après deux petits verres,

je suis envahi de témérité, la tête je lève, certainement inconscient, car ma dulcinée garde regard baissé. Mais déjà, le vin agite mes neurones, j’ignorais l’extensibilité de ses jambes alors que mes yeux troublés aperçoivent une tour redressée.

Laetitia, m’expliquera, la municipalité en 1870 voulut détruire la tour puisque son inclinaison montrait où elle voulait tomber, mais une réaction motivée de la population la sauva de la destruction. Je n’ai plus aucune motivation pour tenter de comprendre ce qui se passe et ma conviction en voyant cette statue c’est qu’il faut être motivé pour protéger son agneau de l’aigle déchaîné par la faim.

Ce sont encore ces dames qui par leur grâce, effraient l’aigle. Elles ont retenu la leçon « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage « . Morale de la fable : le lion et le rat de Jean de La Fontaine.



La forêt attire la gent féminine telle la pomme tendue par le serpent (dixit l’Écriture sainte). Point besoin d’une sonate pour piano de Beethoven pour s’y rendre,

en Espagne la noblesse expose sa fierté du haut de l’art équin, on pardonnera à l’écuyère sa vulgaire tenue et de ne point connaître la position de l’amazone.



La basilique et l’art baroque ne nous ont pas émus et nous avons préféré admirer la huppe avant de remonter dans le véhicule.



Dans mon livre Kairos, en vente* depuis peu, je parle de l’opportunité qu’il faut saisir quand elle passe.

Nous la saisissons avec une envie de s’égarer sur une petite route qui monte, on ne sait où. Surtout quand l’heure du repas sonne, suivie de celle de la sieste. Quelques virages plus hauts, à l’entrée d’une piste un espace nous charme c’est l’ombre bienfaitrice du chêne que le charme ne vaincra pas et le chêne gardera sa place comme maître de la forêt.

La digestion terminée, le somme quasi achevé, il est fréquent à ce moment que l’on soit dérangé par le petit Manneken Pis qui existe en chacun de nous.

Les années n’empiètent point les articulations et d’un saut je suis hors du véhicule. Sûrement trop vite, point de tête qui tourne, mais une hallucination, ma vue est troublée par des points noirs. Aurais-je abusé du grenache ? Que nenni, ce sont bien de majestueux volatiles à l’envergure impressionnante. La jalousie me gagne, car avec un tel appendice je ne me traînerais pas comme une limace sur un asphalte brûlant.



Pas de temps à perdre avec un sentiment de jalousie qui abandonne un serpentin de bave tel le mollusque cité plus haut.

Avec insistance, je me frotte les yeux, ce sont bel et bien quelques dizaines de vautours qui planent dans le ciel.

Subitement l’un deux crispe ses pattes vers le sol et descend dans un tourbillon fou, mais maîtrisé.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute, nous devons avoir à faire à une curée.

Rapidement, nous suivons la piste, un virage et voilà qu’à quelques mètres de nous s’envole l’un de ces majestueux rapaces nécrophages. Apeuré par nos pas de montagnards qui ont déjà effectué tant de kilomètres sans peinture à l’huile ni à l’eau*, l’oiseau ignorant, tremblant, laisse tomber une plume. L’homme stupide croit en un cadeau alors que l’animal ne tentait qu’une diversion pour échapper au fusil du chasseur hypothétique.



Reprenant nos esprits, les cris rauques qui nous parviennent du torrent qui est contrebas, sont sans équivoque, c’est bel et bien la curée.

Il est important de s’avancer doucement, je me souviens d’avoir écrit dans l’un de mes livres que leur vue détermine un objet de 30 centimètres à 3000 mètres d’altitude. D’ailleurs, notre première approche nous rappelle cette information oubliée, car les gaillards soit par la voie des airs ou par bonds un peu dégingandés abandonnent la proie et remontent s’installer sur la crête d’une colline comme si de rien n’était.

Effectivement, dans le vallon des carcasses de brebis gisent pour le festin des vautours, les corbeaux attendent en recul avec une larme à l’œil se disant qu’il ne restera que des miettes et c’est bien leur sort.

Je m’excuse de la qualite de la photo.



Quant à nous c’est une larme d’émotion, car à notre deuxième tentative nous surprendrons les convives festoyer et nous pourrons dans une extase et une émotion indicible admirer, observer, contempler une danse, des disputes, une tête qui disparaît à l’intérieur de la carcasse, les mots me manquent pour vous raconter c’est bien pour cela que je m’arrête ici.




Jaloux d’un tel festin le lendemain de retour en France, nous vous invitons à mettre les pieds sous la table de Gaïa.

La table de Gaïa est une ferme auberge gérée par des paysans résistants, vous savez un peu comme certains Gaulois. Mais ici, on ne se bat pas entre nous et on régale nos papilles.



Nous laissons la violence à des gens mal éduqués, ceux qui représentent l’ordre établi telles une sous-préfète et une mairesse qui au lever du jour se pointent accompagnés de quarante gendarmes pour vacciner de force douze vaches avec pour tout voyou en face d’eux une famille endormie.

Histoire abracadabrantesque qui nous aurait fait rire avec Louis de Funès, par contre pas de vaches qui rit, mais des bêtes traumatisées par la violence de l’acte, elle aussi dormait et furent réveiller à coup de fléchette dans le derrière, alors qu’elles étaient habituées à la voie d’une bergère-poétesse.

On soutient un couple qui résiste à un gouvernement, des instances administratives qui veulent laminer les petits paysans qui travaillent la terre avec respect et élève les animaux avec amour, ici on est en agriculture biologique et tout intrant chimique est répudié.

On comprend mieux quand on découvre ce cocon niché au milieu d’une forêt que le seul désir qui anime les occupants c’est de le préserver de toute pollution et d’en faire un joyau de l’écologie, une harmonie entre humains et nature.

Avoir des convictions et une intégrité peut entraîner en ces périodes qui remémorent des temps très sombres bien des ennuis.

Une migration avec des muses romantiques qui nous conduisent dans une ville dont nous sortons vivant malgré le nombre de personnages pétrifié, mais pétrifié nous le fûmes lorsqu’elles nous conduisent à la curée et enfin pour digérer l’envol, une table de poésie au parfum sublime chez des bâtisseurs d’un monde plus sain.

Gaïa nous fit cadeau d’appercevoir un bébé hérisson




*extrait chanson un kilomètre à pied…

https://librairie.bod.fr/kairos-pascal-thibaulot-9782322836840

Laisser un commentaire