Défi 70 kilomètres en trail dans les Vosges.

Je suis dans l’année de mes 70 ans et depuis ce début 2023 je me suis lancé quelques défis. (A lire sur ce blog)

Je continue en ce 7 juin où je décide de parcourir en trail 70 kilomètres sur les crêtes Vosgiennes.

Pour moi un défi, c’est un projet que l’on se lance tout en ayant aucune certitude de le réussir. Seule la volonté va tout mettre en œuvre pour l’atteindre.

Je crois l’avoir déjà écrit, mais il n’y a pas de mal à répéter les choses. Avant tout j’ai envie de m’amuser et l’un de mes jeux préférés est de me tester. De voir jusqu’où je peux repousser mes limites.

L’âge n’est pas un handicap pour réaliser quoi que ce soit, il faut simplement accepter que devenir un champion adulé c’est quand on est jeune. Avec le poids des ans, on perd en vitesse mais il est possible de réaliser tant d’autres choses, tel que mener des efforts de longues durées. L’avantage c’est que cela maintient le corps en forme physique et l’aide à garder une bonne santé.

Mon autre idée que je tiens à faire passer est résumée dans cette citation:

On n’est jamais trop vieux pour rêver à de nouveaux rêves, se lancer un défi et oser s’aventurer à les réaliser !


Après cette introduction j’en viens au fait.

Ce défi va être un temps fort dans notre vie de couple, car Laetitia décide de l’effectuer avec moi.


  • Pourquoi ne pas participer à un trail où tout est bien défini, avec points de ravitaillement et secours en cas de problème ?

Tout simplement, nous aimons trop la liberté et nous n’apprécions que les règles que nous nous portons à nous-même. Ensuite nous adorons la solitude et nous n’avons pas envie de courir au milieu d’une foule bruyante. Certes je sais que l’ambiance est chaleureuse et donne de l’énergie, mais la montagne même dans un effort comme nous allons faire doit rester un lieu de plénitude. Et le dernier point, je ne suis pas à la recherche d’une bataille avec le temps. Courir en dehors de toute organisation nous permet de nous arrêter pour admirer le panorama, pour observer un chamois ou s’extasier devant une fleur.


  • Notre terrain de jeu ?

Les Hautes Chaumes des Vosges avec une altitude allant de 1100 mètres à 1360 mètres.

Nous aurions pu choisir plus facile, car notre journée va être une succession de montées et de descentes plutôt raides. Nous sommes conscient que cela va entamer notre force physique. Mais les panoramas magnifiques de cette montagne me transcende depuis mon enfance et je ne veux pas m’en priver. Laetitia apprécie elle aussi énormément ces paysages.

Donc nous savons d’entrée de jeu que le projet n’est pas simple. La plus longue distance que j’ai couru c’est 58 kilomètres lors de mon défi sur la Via-Algarviana effectué en Mars. Mais j’avais moins de dénivelé. J’en profite pour vous confier une nouvelle, j’écris en ce moment un livre décrivant cette semaine de course et ses 315 kilomètres.

Laetitia la plus longue distance qu’elle a couru c’est 40 kilomètres.

Donc au-delà de ces deux distances nous pénétrons l’inconnu.

La météo annonce une belle journée pas trop chaude et un vent léger de 10 km/H.

Le 6 juin au soir, nous sommes avec notre fourgon au point de départ, le col du Calvaire. Nous voulons rejoindre la station de ski du Markstein 33 kilomètres plus au sud et nous serons même obligés de la dépasser de quelques kilomètres pour réaliser la distance des 70 km en aller retour !


Le réveil sonne à 3 heures et à 4 heures 15 nous effectuons nos premiers pas dans la nuit, le halo de nos frontales nous permet de nous diriger. Nous commençons par marcher, car de suite une montée nous attend et nous voulons nous donner le temps de nous échauffer.

Après deux kilomètres nous dominons le lac Blanc et au-dessus de la Forêt Noire l’aube doucement illumine l’horizon de couleurs exceptionnelles que nous apprécions. L’on aperçoit les lumières des agglomérations Alsaciennes.

On distingue le lac Blanc qui a cette heure porterait plutôt la dénomination de sombre.

La lune est magnifique, elle entame sa phase de décroissance, son halo n’est pas suffisant pour nous éclairer le chemin.

Alors que nous débutons nos premières foulées de course, j’entends un grand bruit derrière moi, c’est Laetitia qui vient de trébucher. Son poignet droit à encaisser le choc. Il enfle mais surtout il lui fait mal. Un poignet n’empêche pas de courir, un coup de bombe froid et nous voici repartis en reprenant un bon pas de marche.

Il est amusant de voir les yeux des chamois briller dans le faisceau de nos frontales. Ils ne prennent pas cela pour un jeu et s’éloignent doucement.

Cette fois-ci la lumière fait place à la pénombre et le lac des Truites est un miroir pour que les coquettes forêts puissent se parer de leur beauté afin d’accueillir le randonneur.

Les quelques blessures de Laetitia n’entame pas sa bonne humeur.

Cela dans un cadre enchanteur avec la lune dominant le cirque glaciaire du lac.

Nous alternons course et marche. Le sentier est très technique de grosses roches sont à éviter et font souffrir les chevilles.

Nous passons au-dessus du lac Vert qui timide se protège des regards en s’enveloppant d’une importante forêt lui donnant sa parure verte. Mais nous admirons le lever du soleil au travers du feuillage des hêtres.

Plus loin au sommet des roches du Tannet il nous illumine de mille feux et nous partage sa puissance

Cette fois-ci une belle descente nous attend où nous pouvons allonger nos foulées pour rejoindre le col de la Schlucht.

La maquette présente le découpage des crêtes

Nous y croisons une copie du manneken-pis.

Nous avons parcouru 11 kilomètres et effectuons une pause casse-croute. Il nous faut être en autonomie alimentaire.

Nous avons chacun un sac à dos d’environ quatres kilos contenant ceci :

  • Une poche à eau, l’avantage des Vosges c’est que l’on trouve régulièrement de ce liquide tant précieux.
  • Des fruits secs.
  • Des bananes
  • Des barres de céréales.
  • Comme j’aime le salé, j’ai aussi du pain et du fromage.
  • Sans oublier des vêtements de rechange et nos papiers.

Après l’en-cas c’est une belle montée qui nous guette. Dans celle-ci un chamois nous coupe le chemin dans des bonds d’une grace et légèreté qui nous rend jaloux. Puis un replat du côté de la chaume des Trois Fours nous permet de courir. On est en pleine forme et nous voici à 6’30 du kilo, je ralentis nos ardeurs, la route est encore longue.

C’est à ce moment que se profile la raide montée du Honneck. Trop confiant de ma connaissance du terrain je ne m’aperçois pas que les sentiers ont été modifiés, cela va nous occasionner un petit détour, mais nous permet d’observer un troupeau de chamois.

Enfin le sommet et ses 1363 mètres d’altitude.

Une descente où nous nous engageons en courant, mais décidément nous sommes bien lourdeaux face aux chamois. Nous longeons le sommet du Kastelberg par le sentier des névés, impraticable en hiver. Notre chemin nous permet d’observer les sommets qui nous attendent.

Nous voici déjà à la ferme auberge du Firtmiss, 20 kilomètres d’effectué. Nous y achèterons du fromage qui nous régalera de suite avec un verre de limonade.

Maintenant c’est du sérieux qui nous attend. Sûrement un de mes coins préférés des Vosges. Une succession de montées raides suivie de descente identique mais le paysage est exceptionnel.

Les sommets défilent, le Rainkopf,

Puis le Rothenbachkopf

Courir sur ces chaumes est un plaisir incroyable, le sol est souple et nous donne la sensation de rebondir.

Mais ces montagnes ne seraient pas ce qu’elles sont sans les splendides vaches Vosgiennes et leurs clarines.

Nous voici au-dessus du barrage de Kruth-Wildenstein qui termine la vallée de Thann.

Cette vue continuelle nous enchante et nous donne une sensation de joie qui nous fait presque oublier la raison de notre présence dans ce cadre. Depuis le col du Hannenbrunen, nous observons le trajet déjà effectué.

De gauche à droite, le Honneck, le Kastelberg, le Rainkopf, le Rothenbachkopf et le Batterikopf

Cette fois-ci, la mi-course approche le Markstein n’est plus qu’à cinq kilomètres. Après le col du Breisfirst, le parcours est roulant et nous pouvons allonger nos foulées. Nous voici au Markstein, ma montre indique 34 kilomètres. Comme notre retour sera un peu plus direct en évitant tous les sommets, nous poursuivons en direction du Grand Ballon sommet des Vosges, mais il ne fait pas partie de notre objectif. Après deux kilomètres nous retournons en direction du Markstein.

Nous y arrivons à 12h05 et 38 kilomètres 200 dans les jambes.

Nous nous trouvons une auberge avec le plat ideal pour ce que nous réalisons, spaghetti bolognaise. Nous décidons de nous octroyer une heure de pause. Durant ce temps de repos des nuages menaçant envahissent le ciel et nous inquiètent. L’heure est écoulée, mais Zeus décide que ce n’est pas le moment de partir pour nous et donne l’ordre à l’orage de sévir. Celui-ci va durer une heure. Nous regardons ébahis, tomber ce déluge en souhaitant qu’il nous donne du répit pour l’après-midi.

Au fur et à mesure que la pluie se calme, les nuages se déchirent et déjà un peu de ciel bleu ose pointer le nez. Cyclistes, motards et nous mêmes reprenons la route.

Pour réussir les 70 kilomètres, il nous reste 32 kilomètres à parcourir. Nos muscles se sont refroidis, nous partons en marchant. Nous sommes satisfaits d’une chose, la température n’a pas chuté ce qui n’est pas toujours le cas à ces altitudes après un orage.

Dès les premiers kilomètres, on ressent le poids de la fatigue. Mais malgré cela nous gardons un bon rythme.

Il faut vous imaginer ces sentiers étroits au milieu d’une chaume d’une belle herbe grasse aux multiples fleurs qui donne ce fameux parfum au munster. De temps à autre émerge du sol la somité d’une roche de granite. Quand le poids des kilomètres alourdit les jambes et trouble la concentration, il arrive ce qui m’est arrivé, un beau plongeon sur un sol dur où mon genoux tape une roche de granite et mon épaule droite amorti tous les kilos de la bête.

Dans ces instants, je suis dans une colère folle contre moi et j’ai beaucoup de mal à me pardonner mon erreur.

Un peu plus loin la rencontre avec un botaniste me ramène à la raison, il nous apprend que l’anémone pulsatille qui garnissait les crêtes en abondance dans ma jeunesse à faillie disparaître de ces montagnes. Grâce à des mesures, elle réinvestie les prairies et il en était tout heureux. Elle est aussi surnommée l’edelweiss des Vosges.

Ici la fleur fanée et les semences vont se répandre sur la chaume.

Après cette belle rencontre, nous poursuivons notre course, face à nous un trailleur arrive habillé tout en orange. Le premier que nous voyons de la journée, je me dis que nous allons peut-être pouvoir bavarder. Au moment où je lui dis salut, sa voix bien connue me fait relever la tête. Quelle surprise de rencontrer mon fils aîné, grand trailleur finissant souvent premier de sa categorie V1. Il nous a bien eu, il m’avait téléphoné au moment où je prenais en photos les anémones, du style pour prendre des nouvelles et en définitive, c’était pour nous situer et venir à notre rencontre.

Ce fut un instant de joie intense, il nous a accompagnés jusqu’au pied du Honneck qu’il a gravi dans une foulée à rendre jaloux un chamois. Cela n’a pas empêché Laetitia d’acheter un munster à la ferme du Firtmiss. La gourmandise lui permet d’accepter les 500 grammes supplémentaires!

Nous poursuivons en trottinant et nous arrêtons de plus en plus fréquemment la course pour marcher. Les jambes            s’alourdissent et nos derniers pas de footing se feront dans la descente sur la Schlucht.

Nous nous désalterons d’une boisson tonique et les 11 kilomètres restants nous semblent une bagatelle à régler. Et pourtant !

Au départ du col, nous attend une pénible montée qui met notre coeur en émoi. Puis un faux plat où nous récupérons et nous voici souffrant dans la montée des roches du Tanet. Je trouve encore la force de saisir le paysage pour vous l’offrir.

Ici le sentier est à nouveau encombré de roches et de pierres ; nos chevilles souffrent et nos pieds n’ont plus la force de les éviter, de ce fait ils sont malmenés dans tous les sens.

Entre le sommet du Tanet et du Gazon de Faîte nous ressentons un fort épuisement. Laetitia me dit qu’il faut qu’elle mange un peu ou alors elle n’arrive pas au bout.

Nous voici assis par terre face au soleil qui décline à grignoter, dattes, noix de cajou, raisins secs. Nous sommes malgré notre fatigue, apaisés par la sérénité du lieu.

Il n’y a que dans la solitude que l’on peut profiter de tels instants.

Un lieu simple mais très beau. Trouver l’émerveillement dans l’anodin.

Avec quelques difficultés nous nous relevons, il reste 4,5 kilomètres, une seule chose nous importe :

  • Terminer sans blessure.

Nous marchons tranquillement, la fatigue nous parvient du fond du ventre. On jette quand même un coup d’œil au lac des Truites en se souvenant de la forme que nous avions ce matin.

Cette fois-ci nous ne parlons plus. Chacun est avec lui-même se motivant personnellement, se battant avec sa souffrance. La volonté et le mental sont en action pour pousser le corps physique encore plus loin dans ses retranchements.

Dans chaque montée je sens comment mon cœur s’accélère, j’entends le souffle fort de Laetitia. Je sais qu’elle est dans le même état que moi. Peut-être un peu plus en forme, car pour la première fois j’ai du mal à la suivre.

Nous reprenons le sentier des névés qui domine le lac Blanc, nous buvons de l’eau bien fraîche à sa source. Rien à dire si ce n’est se faire un bisou. Dans ce geste se trouve toute la compassion, le soutien et la force de réussir.

Il nous reste 3 kilomètres, le paysage, la nature nous aident par sa beauté. Le rocher du Hantz dominé par une vierge est le seul illuminé par le soleil couchant ; on pense prendre une photo, mais nous n’en avons plus la force.

Nous quittons le lac et rentrons dans une forêt de majestueux sapins noirs des Vosges. Il doit rester un kilomètre et demi. On sait que c’est gagné, même si on se traîne, une joie douce nous envahit.

On traverse les remontes pentes des pistes de ski du col du Calvaire, on aperçoit le restaurant qui est fermé car il est un peu plus de 21 heures, notre fourgon entre dans notre champ de vision. Laetitia trouve la force de dire :

 » – je n’ai jamais été aussi contente de te voir ma maisonnette « .

Nous avons dépassé de quelques mètres les 70 kilomètres épuisés, rincés, vides ; mais nourris d’une abondante satisfaction personnelle.

Le plus beau des cadeaux.

La soirée sera courte : une douche, soin de nos différentes blessures et au lit. Laetitia s’endort comme une masse. Moi, les yeux grands ouverts, impossible de dormir, mes jambes sont énervées et veulent encore courir.

J’écris le début de ce blog et me couche vers 2 heures du matin pour me lever en forme sans courbatures à 5 heures 30.

  • Le lendemain, avons-nous des douleurs ?

Aucune courbature, en douleur ce ne sont que les points où notre corps à effectuer une rencontre brutale avec le sol.

– Pour Laetitia le poignet et un peu sa cheville.

– Pour moi l’épaule.

De plus notre préparation était très mauvaise. Depuis que nous sommes en France, début mai nous nous entraînons peu, par contre nous mangeons beaucoup, buvons tout autant et à l’inverse de notre vie au Portugal, nous nous couchons tard.

Nous analysons notre épuisement par le fait que si nous avons bien géré notre  alimentation à l’aller, nous l’avons très mal fait au retour et nous étions en hypoglycémie.

Nous nous disons déjà qu’avec une meilleure préparation et une bonne gestion de l’alimentation pourquoi ne pas renouveler l’expérience ! 🤩

Enfin pour l’instant nous distillons notre réussite et nous allons récupérer

En conclusion :

  • Parcouru 70 km 410
  • Dénivelé positif 1958 mètres identique en négatif.
  • Temps en mouvement 12 heures 51
  • Moyenne de 5,5 kilomètres/heures.

J’avoue que j’espérais une moyenne un peu plus élevée entre 6 et 7 kilomètres/heures, mais les 11 derniers kilomètres nous ont vraiment mis dans le dur. Enfin j’ai quand même les yeux 🤩.

4 commentaires sur « Défi 70 kilomètres en trail dans les Vosges. »

  1. Merci Thierry, même si la fin fut un peu difficile nous nous sommes amusés. Maintenant ce ne sont que de bons souvenirs , même si l’épaule est encore douloureuse j’avais la clavicule de démise.
    A bientôt pour d’autres aventures.
    Amicalement.
    Pascal

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  2. Félicitations Pascal et Laetitia ! Vous êtes impressionnants à force de vous défier à la nature et vos artères… Bravo et chapeau bas, il faut le faire même avec de la volonté et de l’organisation.
    Le reportage est superbe, commentaires et photos parfaitement appropriés.
    Bonne récup’ à tous les deux !

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