3ème partie.
— Tes parents ont ce que l’on appelle une amnésie écologique.
— C’est grave comme maladie ?
À suivre…
— Ce n’est pas vraiment une maladie, mais c’est surtout le manque de curiosité qui leur a fait oublier la générosité de la nature et le respect que nous devons lui porter. Ils font partie de la génération qui a connu l’arrivée des grandes surfaces, ils se sont jetés dans la gueule du loup de la consommation.
— Bah tu vois, là tu rêves de ton vieux bon temps.
— Pas du tout, car je pense que dans le modernisme il y a de bonnes choses. Par exemple, tu veux connaître le nom de la fleur qui est devant nous, tu prends une photo, tu vas sur une application et tu connais son nom. À mon époque, il fallait avoir le livre sur les fleurs ou alors tu allais à la bibliothèque et le temps que tu fasses les démarches tu avais oublié la précision de la fleur. Car la connaissance des plantes comme celle des insectes s’est très compliquée. Par exemple, les ophrys rien qu’autour de nous il y en a trois types différents et encore elles, on peut les identifier relativement facilement, pour d’autres espèces ce sont des détails infimes qui feront la différence.


Mais je m’égare dès que l’on me parle de fleurs ou d’oiseaux, cela me passionne tellement que je pars dans des histoires miraculeuses de la vie.
— Mais pourquoi dis-tu des histoires miraculeuses de la vie ?
— La nature c’est la vie et dans cette nature si tu observes c’est tellement beau, puissant, précis, harmonieux, utile, que cela en devient un miracle, car incompréhensible pour toi comme pour moi. C’est cette partie incompréhensible qui donne naissance à ce sentiment d’amour pour cette vie merveilleuse.
Un grand physicien allemand Max Planck disait ceci :
« La science est incapable de résoudre le mystère ultime de la nature parce que nous sommes nous-même une partie de ce mystère que nous cherchons. »
Sans cette nature, nous ne sommes rien. Si nous sommes ici à papoter sur ce banc c’est bien parce que la nature est équilibrée, c’est parce que les anciennes générations l’ont protégée, ils n’ont jamais abusé de sa générosité.
Dans ma longue vie, j’ai eu l’occasion d’aller en Bolivie et alors que je visitais une entreprise artisanale de transformation de café et de fèves de cacao, des paysans locaux étaient présents. Ils nous racontaient qu’ils cueillaient du café sauvage, pour cela ils allaient dans la forêt et ils ne cueillaient jamais plus que ce dont ils avaient besoin, car il est important d’en laisser pour la faune qui va participer à la régénération des arbres.
— Mais ils ne vivent pas avec leur temps, c’est quand même plus facile avec des machines.
— C’est tout le problème de notre société, on base notre vie sur les machines, avec ce modernisme les humains ne sont plus amoureux de leur vie.
— Tu exagères là.
— Mais pas du tout petit, est-ce que ce modernisme améliore ma qualité de vie ? Est-ce que ce modernisme offre une santé parfaite ? Regarde les gens, ils sont malades de stress, de dépression et je ne parle pas de la généralisation des cancers, d’ailleurs on parle de plus en plus de cancers infantiles. C’est bien la preuve qu’il n’y a pas de qualités de vie, non ?
Que va-t-on faire de ce modernisme qui pollue et accentue le dérèglement climatique ? Régulièrement, les agriculteurs ont des pertes de récoltes pouvant atteindre des chiffres impressionnants moins 50, voire 60 %.
Qu’allons-nous faire de ce modernisme qu’en nous manqueront d’aliments de première nécessité ? Quand le feu arrivera aux portes des villes ?
— Mais ce n’est pas possible.
— Les incendies ont déjà provoqué d’importants dégâts et on a évité le pire. Les inondations ont laissé des cicatrices dans des villes comme Valencia en Espagne. Enfin, tu connais les histoires de Jules Verne ?
— Ah oui trop super !
— Pourtant quand elles ont été publiées ont l’a pris un peu pour un fou. Nombreux prétendaient que cela n’arriverait jamais et pourtant ?
— Mais alors papy que faut-il faire ? Tu me dis que le modernisme ce n’est pas si mal et d’autre part que cela pollue et dérègle le climat.
— C’est de trouver le juste milieu, ne pas consommer sans réflexion. Ne pas sauter à pieds joints dans ce modernisme comme l’enfant dans la flaque d’eau pour s’amuser. Toute nouveauté amuse les gens, les rend aveugles et ils se mettent à glorifier la robotisation. Ils oublient de s’extasier devant le retour des hirondelles, il est vrai qu’elles sont de moins en moins nombreuses. L’intelligence lorsque l’on nous propose une nouveauté c’est de s’interpeller : pourquoi des entreprises inventent cet appareil ? La réponse sera évidente pour gagner beaucoup d’argent et m’en faire dépenser. Je n’invente rien, je constate le nombre d’ustensiles acheté pour les fêtes des mères ou des pères et maintenant des grand-mères et qui après un court temps envahissent les placards et ne servent plus à rien.
— Pour finir, ton époque c’était bien, il y avait l’abondance des fruits et du gibier.
— Oui, tu as raison et il ne faut pas effacer de nos mémoires que c’est l’homme avec un modernisme irréfléchi, un modernisme qui amène l’humain à se laisser manipuler qui a détruit cette abondance. Je le répète, le but n’est pas d’améliorer notre vie, mais d’engranger des millions, des milliards de dollars pour une petite poignée. Vois-tu l’abondance dont je te parle quand j’avais ton âge, ce n’était que des petits restes d’une abondance plus ancienne et exceptionnelle. La vie de la nature a été brisée par l’ère industrielle, avec des promesses telles qu’éliminer la faim dans le monde, tout cela est fallacieux. La faim existe toujours et pour certain c’est même l’accès à l’eau potable qui est compromise. C’est cela le modernisme ?
— Mais je ne comprends pas papy, car toi aussi tu as une voiture, un téléphone portable. C’est vrai, quand je viens chez toi il y a beaucoup moins d’appareils que chez moi, et d’ailleurs je me suis toujours demandé comment tu pouvais vivre sans télé.
— Tu as bien vu et me crois-tu plus malheureux ?
— Non, tu n’as pas l’air.
— Vois-tu, il y avait un philosophe paysan qui est décédé, Pierre Rabhi, il parlait d’une sobriété heureuse. La sagesse quand on se rend compte que tout va de mal en pis c’est de modifier sa trajectoire. Refuser cette évidence c’est se diriger vers de gros problèmes d’approvisionnement…
À suivre…
