Pendant quelques décennies, on a parlé du réchauffement climatique.
Les détracteurs montaient aux barricades dès que fraîcheur et pluie s’installaient en été ou l’hiver se couvrait de son manteau blanc avec une période où le mercure dégringolait sous les dix degrés. Ils brocardaient « c’est cela le réchauffement ? quelle absurdité. »
Maintenant plus justement, on parle d’un dérèglement climatique qui entraîne des perturbations violentes. Les débats ne sont pas apaisés pour autant. Comme pour beaucoup de sujets en France, il y a ceux qui sont pour et les opposants, au lieu de savoir se parler, s’écouter, on se confronte et trop souvent on s’insulte pour finir pas se haïr. C’est ce qui se passe entre les climatosceptiques et les convaincus des bouleversements climatiques.
Cela fait 50 ans que des météorologues mesurent l’intensification des événements extrêmes et informent, mais ils sont ignorés et finissent comme dit plus haut par se faire insulter et menacer.
Pourtant avec une bonne dose de bon sens, il est facile de constater que la nature se dérègle rapidement.
Je suis un paysan en retraite et j’ai connu des années où nous vivions et travaillons avec les cycles de la nature. Certes, de temps à autre, une gelée tardive réduisait la récolte de pommes qui avait été abondante l’année précédente. D’autres fois, c’est un orage qui venait perturber la fenaison ou les moissons, mais en définitive rien de bien catastrophique. Certains de mes collègues ne seront pas d’accord, car ces imprévus climatiques ont des conséquences sur leurs ressources.
Dans ce cas, le problème n’est pas le climat, mais la spécialisation des structures agricoles. La solution intelligente c’est la diversification (sur ma ferme il y avait des poules, des vaches, des porcs, des agneaux, un verger, un jardin et une table d’hôte,) impossible que tout se casse la figure en même temps. Si une branche est défaillante, les autres vont compenser ces faiblesses. Nombreux sont ceux qui pratiquent ce métier par obligation et non plus par passion. Choisir un métier par passion c’est accepter les aléas et pas seulement réclamer, le beurre, l’argent du beurre et la crémière.
Bernard Pivot disait : « Qui n’a pas connu la passion ne sait pas faire la différence entre la fièvre, le vertige, l’ivresse et l’embrasement. »
Revenons à cette situation climatique.
Fin 1999, il y eut deux tempêtes successives, Lothar le 25 décembre dans la zone centre/est et Martin le 28 décembre en dessous de la Loire.
Par la suite, plus rien ne fut pareil, l’observation suffisait largement pour s’en rendre compte. En 2003 une canicule provoque dans les Vosges, département où je suis installé, un abaissement inquiétant du niveau des ruisseaux et rivières, celui passant au pied de ma ferme se transforme en filet d’eau. Puis 2006 à nouveau une canicule, cette fois-ci un grand nombre de sources se tarissent. En Alsace les raisins dessèchent sur les pieds de vigne, seuls les vignerons en bio s’en sortent bien. Les hivers deviennent humides avec des périodes de pluie importantes, le froid et la neige disparaissent. Les mois de janvier sont trop doux et quand je bûcheronne il est impressionnant de constater que la sève circule déjà dans les arbres. Pas étonnant quand un coup de froid survient en mars que ceux-ci cassent comme du verre avec des dégâts importants dans les forêts et vergers.
À partir des années 2010, le regain ou la deuxième coupe pour le paysan que je suis et qui respecte les floraisons (certains en sont à trois voir quatre coupes avec l’aide d’intrants) n’est plus possible. Après la fenaison de juin, le soleil brûle les prairies. Malgré les premières pluies, l’herbe ne repousse pas au rythme qu’elle avait précédemment, cela pose problème pour faire pâturer vaches et chevaux en fin d’été.
Dans le même temps, il est impossible de nier, photo à l’appui, la fonte des glaciers. Comment réfuter les propos de l’aventurier Mike Horn quand en décembre 2019 il est au Pôle Nord, il pleut et la faiblesse de la banquise a failli lui coûter la vie.
Certains me disent : la nature a toujours eu des cycles de réchauffement ou de glaciation. Certes, mais jusqu’à présent, il fallait quelques milliers d’années pour perdre ou gagner des degrés, actuellement une dizaine d’années suffit.
Réfuter la responsabilité du comportement humain sur le climat, n’est-ce pas se prétendre aveugle ? Le monde agricole n’a jamais autant déversé de produits chimiques dans les cultures, l’humain n’a jamais autant pillé et saccagé la terre pour créer des mines. Les forêts équatoriale et amazonienne n’ont jamais disparu aussi rapidement. Les bétonnages de terres agricoles pour les routes et autoroutes, zones commerciales, industrielles ou encore datacenter s’accélèrent.
Des organismes officiels, nous informent qu’en 20 ans la planète à perdu deux milliards d’hectares de terres arables, l’équivalent de la surface de la Chine, chaque année douze millions d’hectares supplémentaires sont dégradés, soit l’équivalent de la moitié de la surface de l’Angleterre.
Il faut être de mauvaise fois en ce mois de juin 2026 pour continuer à prétendre que tout va bien, ou alors avoir une énorme peur d’être obligé de modifier sa petite vie bien confortable. Il faut aussi avoir une bonne dose d’irresponsabilité ou de je m’enfoutisme pour refuser de reconnaître que ceux qui vont souffrir de notre comportement, c’est la jeunesse et les enfants qui vont nous succéder sur cette planète.
Cessons de regarder par le petit bout de la lorgnette et d’arranger les choses selon nos intérets.
Il est inutile de prendre un télescope super puissant pour constater que lors de ce mois de mai 2026 le climat marche sur la tête.
L’Inde suffoque, connaissant depuis fin avril trois semaines à plus de 40°, des mesures de températures à New Delhi annoncent +52°. Le Pakistan souffre du même problème et subit des coupures d’électricité.
Ces chaleurs précoces grillent les cultures et l’abondance que la nature met à disposition depuis des millénaires se transforme en restriction et disette.
Pendant ce temps, les glaciers de l’Himalaya fondent comme neige au soleil et même plus vite. En quelques années de ce fait, l’Inde a connu 430 phénomènes climatiques extrêmes, 80 000 personnes en sont décédées et l’État a perdu 247 milliards d’heures de travail qui équivaut à une perte de 194 milliards de dollars américain.
Il y a quelques années, des chercheurs parlaient de réfugiés climatiques, ceux qui exerçaient le pouvoir ont balayé du revers de la main cette hypothèse en disant plus poliment que moi « foutaise « . Il n’y que les responsables politiques pour refuser de voir que très prochainement des peuples seront asphyxiés sous la pollution et les fortes chaleurs. Des millions individus n’auront d’autres choix que de quitter leur pays et quand ils arriveront, ils ne prendront pas le temps de frapper à la porte pour demander poliment si nous voulons bien leur offrir une petite place.
Lors de ce mois de mai, une partie de l’Asie suffoque et a contrario au centre de la Russie il se met à neiger, la Chine connaît des inondations monstrueuses. Quand j’étais gamin, on chantait : joli mois de mai. Il a perdu de son artifice: canicule, orages, pluies de grêlons, dégâts dans les cultures ont sévit sur l’Europe.
Le Pôle Nord se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Au Groenland, toutes les heures c’est 30 millions de tonnes de glace qui fondent soit 260 milliards par an. *
Cette arrivée d’eau douce influence les cycles océaniques, le gulfstream et l’élévation des eaux.
La solution de sagesse serait d’anticiper, cela signifie modifier la politique économique et parler de sobriété ; rien qui va dans le sens de la compétitivité et de la consommation.
La coupe du monde de football en plus d’être une honte humaine sera l’événement sportif le plus polluant en raison de la dispersion géographique entre trois pays.
La loi d’urgence agricole va donner carte blanche à l’agrandissement des élevages intensifs existants, à l’augmentation de l’irrigation et l’utilisation de produits chimiques dangereux pour le climat et l’humain.
Ce n’est pas non plus la multitude de constructions de datacenter, ou la création de mines de lithium dans l’Allier qui vont faire partie de la sagesse d’anticipation.
À nous de jouer en pratiquant la sobriété heureuse et en nous nourrissant de poésie ou encore de réflexions telle celle d’Edgar Morin. Avec tout ce qu’il a vécu, il a gardé l’espoir toute sa vie, voici ce qu’ils disaient :
« Dans l’histoire le probable n’arrive pas toujours et souvent c’est l’improbable heureux qui arrive. Mon optimisme c’est la possibilité de l’improbable. »
Sa pensée et son exemple me permettent de garder espoir pour qu’enfin l’humain s’assagisse et soit emprunt de bienveillance, humanité et respect.
*source Futura