La Sierra Nevada ; le maître !

Ce matin réveil remarquable, le Mulhacen s’illumine d’un rouge violacé ; changeant de couleur au fur et à mesure avec l’apparition de l’astre céleste.

Le Mulhacen illuminé.

Une chose dont je ne vous ai pas encore parler ce sont les températures.

Dans la journée, si le vent n’est pas trop fort, nous transpirons, mais en l’absence des rayons du roi soleil la température nous oblige vite à nous couvrir. Les matins et les soirs, il ne fait pas très chaud.

Pour la nuit, nous avons nos duvets doublés du sac de soie et l’on dort avec un tee-shirt en laine de mérinos, c’est un environnement douillet où nous avons chaud.

Ce matin les secteurs humides, non activés par le courant, sont recouverts d’une légère pellicule de glace.

Vous comprenez par vous même la température que nous pouvons avoir et pourquoi nous attendons impatiemment l’arrivée du soleil!

Mais comme nous sommes en haute montagne, il nous faut de la patience pour profiter de ses rayons.

Alors nous déjeunons souvent dans l’ombre, content du café qui nous réchauffe, tant l’intérieur que les mains qui tiennent la tasse.

Nous  contemplons l’illumination des sommets et observons des bouquetins qui pâturent tout proche, ils n’hésitent pas à nous provoquer de l’émoi.

Instant magique!

Aujourd’hui, nous ne montons qu’un seul sommet à plus de 3000, mais ce n’est pas n’importe lequel : c’est le roi ou le maître :

Le Mulhacen et ses 3478 mètres d’altitude.

Non seulement le plus haut sommet de la sierra Nevada, mais aussi le plus haut sommet de toute la péninsule Ibérique. Nous en sommes séparés par trois petits kilomètres, mais 450 mètres de dénivelé. Cela signifie trois kilomètres de montée sans répit.

Premier pas d’échauffement avant de s’attaquer à la première verticalité en face de nous. Nous nous élevons doucement, mais sûrement et nous dominons la grande lagune.

Enfin, la première plateforme nous permet de reprendre notre souffle et de calmer tout l’organisme qui hurle, il n’avait pas vraiment eu le temps de s’échauffer !

Encore un regard sur la vallée des sept lagunes, c’est un lieu que nous avions déjà découvert lors de notre voyage à vélo et que nous apprécions.

Ce vallon a quelque chose qui nous envoute. Est-ce la présence de la douceur de l’eau, de l’herbe, des fleurs et d’autres part, la rudesse de la pierre et la hauteur des sommets ?

Quand nous regardons une montagne comme celle-ci nous n’avons aucun sentiment de conquête, de domination ou de partir vaincre un sommet.

C’est un sentiment de respect qui nous guide avec beaucoup de considération et sûrement un peu de dévotion.

Elle a des millions d’années de vie, je serais parti et elle restera là, se transformera certainement un peu encore pendant des millions d’années. Comment ne pas avoir de gratitude ?

Nous marions notre énergie avec la montagne et la remercions de nous offrir tant de bonheurs.

Et un premier coup d’oeil de passion en direction du sommet.

Là-haut le sommet !

Le Mulhacen est accessibles par trois faces. Celle que nous trouvons la plus belle est celle que nous parcourons ce matin.

La face ouest, par où nous allons descendre, est la plus physique, un sentier dont on ne voit pas la fin dans un immense pierrier.

Enfin, il y a la face touristique ; une navette monte le randonneur jusqu’à 2800 mètres d’altitude. Ce n’est pas un chemin, mais un boulevard à parcourir sur les six kilomètres qui séparent du sommet, avec quand même 650 mètres de dénivelé. Il faut la réaliser cette montée et c’est intéressant, car tout le monde n’a pas le même niveau physique.

Mon idée n’est pas de critiquer, mais d’expliquer que le sentiment du montagnard ne sera pas du tout le même lorsque l’on atteint le sommet. C’est pour cela que nous voulons être là-haut dans une certaine solitude.

Quand arrivent les randonneurs de la navette, c’est de suite entre 10 et 20 personnes qui envahissent le lieu. Les palabres et les exclamations sont trop bruyantes pour nous.

Ce que nous aimons dans notre démarche, c’est le sommet qui, depuis deux jours, se rapproche petit à petit.

Accéder au Mulhacen aujourd’hui, c’est une récompense de toute cette randonnée.

Nous vivons comme une apothéose cette montée difficile qui nous attend. Nous nous délectons de chaque pas qui nous amènent au toit de l’Espagne. Je ne sais pas si j’arrive à vous transmettre les sentiments que cette montée nous apporte, je peux dire que ce que nous vivons nous nourri physiquement et spirituellement.

Et un paysage grandiose nous accompagne, nous sommes comblés, voire rassasiés !

Nous repartons et trouvons le bon rythme, nous nous rendons compte que le simple fait d’avoir un sentier tracé facilite l’effort. Pouvoir maintenir une cadence régulière permet de garder un souffle en rythme avec les pas et malgré l’altitude, le coeur ne s’emporte pas. Nous ne ferons qu’une seule pause avant d’atteindre le sommet deux heures après notre départ.

Nous retrouvons les Espagnols Catalans avec qui nous discutons un peu. Ils font une rando sympa ; la traversée de la sierra Nevada par presque tous les 3000. Deux autre Espagnols sont au sommet, c’est calme et nous profitons de l’instant.

Comme nous le disait l’un des Espagnols c’est un magnifique mirador!

en voici le panorama.

Il y a de beaux à-pics !
Les sept lagunes notre point de départ, a droite notre montée

Il est maintenant tant de repartir, car de nombreux randonneurs arrivent beaucoup trop bruyants comme je l’expliquais précédemment.

Nous nous engageons dans la descente. D’ailleurs à partir de maintenant, nous n’avons plus que de la descente exactement 2050 mètres. Cela demande des cuisses solides.

Voici cette montée ouest qui est une descente pour nous. Quand nous sommes arrivés au sommet, un trailleur arrivait faisant de suite demi tour et nous le croisons montant à un rythme élevé de marche. Peut-être un jour allons-nous nous aventurer dans ce genres de folies ??

Le désert de caillasse de la face ouest. Chauffé par le soleil de ce milieu de matinée.

Nous voici maintenant au départ de la piste touristique.

Il nous reste trois heures de marches pour rejoindre Trevelez.

Plus on descend, plus on sent la chaleur étouffante nous étreindre. Qu’est-ce que l’on est bien là-haut, même si le matin il gèle légèrement.

Trevelez encaissé dans la vallée. Les étendues vertes foncée à droite et à gauche, ce sont des voiles pour protéger de grandes cultures de tomates contre les oiseaux. Cette ville est quand même à 1500 mètres d’altitude.

Ces descentes qui n’en finissent plus sont souvent lancinantes, alors pour nous divertir nous observons la myriade de papillons, qui tout comme les chamois, n’ont peur de rien et se posent sur Laetitia.

Enfin un merisier nous offre de ses délicieux fruits bien sucrés.

De quoi trouver la force pour terminer cette magnifique randonnée qui nous à tant apporté :

  • Endurance
  • Persévérance
  • Dépassement de soi
  • Amour encore plus grand pour cette nature extraordinaire de beauté, de finesse, de rudesse et de tendresse avec ces petits chamois.

Le bilan de cette randonnée :

  • 54 kilomètres 670.
  • 3609 mètres de dénivelé positif.
  • 3nuits en bivouac.
  • Et le franchissement de 8 sommets à plus de 3000 mètres.

Avec la première sortie d’une journée, nous en sommes à dix sommets de plus de 3000 mètres.

C’est une merveille que d’être seuls à ces altitudes

Dans le village de Capileira, nous achetons des tee-shirts à l’emblème du sommet du Mulhacen que nous portons avec fierté.


La randonnée un exemple de vie !

Alors que je grimpe dans ces amas de rochers et que nous ne savons pas exactement où nous allons pour ne pas m’énerver, voire paniquer et perdre une importante énergie, qu’une seule solution faire confiance ! A quoi ? A soi, au destin, a la vie ? Chacun s’adapte selon ses croyances.

Dans nos voyages nous avons acquit cette habitude de faire confiance en se disant :

 » Nous sommes toujours au bon endroit au bon moment. « 

Lors de cette rando, nous ne nous sommes pas perdus, nous n’avons pas eu d’accident et avons vécus de beaux moments ; car nous profitons de l’instant présent. L’être humain développe en moyenne 60 000 pensées par jour et c’est celles-ci qu’il faut contrôler. Les laisser courir, c’est descendre dans une spirale du pessimisme et de l’inquiétude. À ce moment, je me rappelle à l’ordre et je revient à l’ecoute de mon corps, de ma respiration de ce qui se passe autour de moi.

Dans la vie, dans ma vie, il y a eu des moments où j’étais dans un brouillard total. La montagne m’avait appris, garde confiance, persévérance, volonté et cela m’a mené toujours au bon endroit ; pas toujours celui que je croyais, mais l’endroit où je me trouvais était le bon.


La montagne c’est une école de la vie qui apporte le bien être.

D’ici quelques jours, nous repartons dans le même secteur à l’assaut de plusieurs sommets à plus de 3000 dont l’un très réputé. Avec encore quelques bivouacs…

On vous attend !!!

2 commentaires sur « La Sierra Nevada ; le maître ! »

  1. Merci beaucoup. La montagne reste la plus belle des leçons de vie. Depuis notre voyage de 21 000 kilomètres à vélo nous entretenons notre forme. Hier avant de repartir vers les sommets footing de 18 km à 1800 mètres d’altitude.
    Alors à bientôt pour d’autres sommet que tu connais sûrement.
    Encore merci pour tes messages.
    Bien amicalement.
    Pascal

    J’aime

  2. Bravo ! Quelles bien belles conclusions pour un trek sérieux et engagé. Vous vous êtes bien préparé, vous avez maîtrisé vos parcours et refusé les risques inutiles. Et vous gardez le sens critique de la modeste condition humaine par rapport à la haute montagne. Respect !
    Thierry

    Aimé par 1 personne

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