Escapade dans la Sierra Nevada, randonnée épique ! Suite et fin.

Quand nous prenons conscience de la situation nous sommes un peu abattus, mais quelques gorgées de tisane redonnent vie au corps et à la réflexion.

Dans tous les cas, il nous est impossible de rester ici.

Alors comment nous y prendre?

Il nous reste qu’une solution : repartir vers le fourgon.

Soit on trouve de l’eau et on verra à ce moment, soit on ne trouve rien et on fonctionne à l’économie avec ce qu’il nous reste, tout en marchant jusqu’au fourgon, environ 2O kilomètres.

A ce moment Laetitia se souvient qu’en montant les sommets Almirez, elle avait repéré, en contre-bas, une prairie à l’herbe plus verte où peut-être s’écoule une source.

En prenant son GPS et situant ce point de verdure, nous en sommes éloignés de 8 kilomètres.

Il est un peu plus de 18 heures, cette fois-ci nous suivons la piste donc nous en avons pour deux heures. Nous boirons quelques gorgées de ce qui nous reste toutes les heures. Dans le cas où l’on ne trouve rien, nous devrions pouvoir tenir le restant du trajet.

Depuis que nous sommes dans ce massif, nous nous étions habitués à ce que de l’eau s’écoule de partout. Comme des débutants nous n’avons pas du tout été vigilants sur le fait qu’ici, les sommets sont moins élevés. L’enneigement est moindre et surtout, nous sommes sur la face exposée plein sud donc très sèche.

Nous marchons d’un pas rapide, nous ne parlons pas, concentrés sur notre effort et sur notre musculature qui souhaiterait du repos.

Nous la préparons psychologiquement à souffrir et à se dépasser.

La soif se fait de plus en plus présente, rien ne sert de se focaliser dessus, pour l’instant qu’un objectif :

✓ Abattre ces 8 kilomètres.

Rien ne sert non plus de penser à la suite et échafauder des plans, cela serait perdre de l’énergie. Il nous faut surtout garder confiance sur le fait que la solution va nous parvenir.

C’est dans cet état d’esprit que nous avançons au rythme de nos pieds qui tapent le sol et du clac clac  des bâtons.

Après 1h de marche une courte pause, un peu d’eau pour humidifier la bouche ce qui vivifie tout le corps et nous repartons.

Nous nous arrêtons, car dans le fond d’un vallon on croit apercevoir de l’humidité. Je descends sans mon sac une centaine de mètres. En contre-bas, il y a bien de l’humidité, mais c’est tout.

Nous décidons de ne plus nous divertir sur de telles situations et de dilapider des forces inutilement. J’aurais droit à une goulaille d’eau en prime dû à l’effort fourni.

Le soleil qui est dans notre dos est encore puissant et fait encore perler des gouttes de sueur. Heureusement, nous franchissons des petites forêt de pins qui nous offre de l’ombre.

En moins de 2h nous arrivons à ce point où il devrait y avoir de l’eau. L’herbe de couleur bien verte, nous prouve qu’il y a de l’eau, un léger soulagement nous gagne, mais ne nous réjouissons pas trop vite.

Que voit-on?

Une résurgence qui n’est plus assez puissante pour que l’eau s’écoule en ruisseau.

Dans cette mare, l’eau est claire et il y a des têtards, mais aussi quelques belles bouses de vaches qui flottent et vu toutes les traces de bêtes sûrement quelques crottes de moutons ou de cabras montes.

Nous ne tergiversons pas longtemps, Laetitia prend de l’eau et l’a fait bouillir. Cela va nous permettre de nous faire cuire des pâtes lyophilisées et de nous préparer quelques tasses de tisanes qui vont bien nous désaltérer.

Cependant, nous n’avons pas seulement un problème d’eau, nous n’avons pas aperçu d’endroit adéquat pour installer notre bivouac.

La belle herbe douce qui caressait nos pieds nus lors de nos derniers campement a disparu ; au profit de buissons aux épines acérées prêtent à faire la fête à nos matelas et à nous-mêmes.

Enfin, un point positif, nous sommes rassasiés et pour l’instant la soif est coupée.

Il est 21h, nous repartons en espérant éventuellement trouver un petit coin pour dormir. Sinon, marche forcée jusqu’au fourgon!

J’ai déjà fait un calcul nous pouvons y être entre 1h et 2h du matin.

La fatigue, les douleurs musculaires, on oublie ; il faut avancer.

Même si le crépuscule arrive, la terre renvoie la chaleur emmagasinée dans la journée et il fait encore très chaud. Très vite ma bouche s’assèche et la soif me tenaille. Cela va un peu mieux pour Laetitia.


Nous n’allons pas mourir de soif, nous ne sommes pas dans une situation catastrophique, nous vivons le simple fait que dans notre société quand le corps réclame quelque chose, on l’obtient dans l’instant.

Repousser ses limites, faire attendre une demande qui n’est pas vitale cela devient de plus en plus rare et difficile pour de nombreuses personnes.

On veut ! On a ! Et nous n’échappons pas à la règle.

À ce moment, il nous faut rééduquer notre mental et notre corps sur le fait qu’il ne peut pas avoir et qu’il doit quand même fournir un effort.

Il n’y a rien de dangereux, seulement repousser nos limites.

Gérer notre psychisme qui aurait tendance à vouloir se laisser aller, se lamenter.

Nous vivons une experience enrichissante qui nous permet de tester nos capacités à repousser nos limites.

[ Dans des moments pareils où la soif me titille, je repense à la visite d’un camp de concentration en Allemagne où les nazis attachaient des détenus dans une pièce et les laissaient mourir de soif. Ou encore se déporté qui racontait que dans les wagons de bestiaux qui les menaient dans les camps, ils étaient entassés et pour se désaltérer il léchait la condensation qui coulait le long des parois du wagon. ]

~ Ne jamais oublier que tout cela n’est pas si loin.

Alors vais-je me plaindre ? Non, mais apprécier ma force à résister, à repousser mes limites, oui !


Dans notre folle avancée, aucune plate-forme ou un lieu plat sans ces buissons.

Par contre nous effrayons quelques cabras Montes et deux sangliers qui vont détaler à une vitesse incroyable.

La nuit nous a enveloppée et il devient difficile d’apercevoir quoique ce soit.

Notre salut ne peut-être que dans le chemin qui s’élargirait et de ce fait nous laisserait un peu de place. Les yeux commencent à nous bruler et le corps aimerait se reposer, nous lui accordons une petite pause. Dans ces moments pas de grands discours.

Quelques mots : ça va toi ? Oui et toi ? Oui ça va aller ! Un bisous qui réconforte, car il permet d’évaluer la complicité. Et on repart.

Convaincus cette fois-ci que nous allons passer une partie de la nuit à marcher, à dépasser nos limites physiques, à nous battre contre le besoin de nous désaltérer. Dans ces moments nous marchons de concert dans la même énergie. Nous savons que ce seront des moments inoubliables qui vont resserrer nos liens et grace à notre force commune, nous allons y arriver

J’ai un peu d’amertume dans le coeur, car nous avions tellement envie de repasser une deuxième nuit à la belle étoile.

Tout à coup, en bord de chemin un panneau blanc qui se voit d’assez loin. Mais qu’est-ce que cela peut-il bien être ? Arrivés à hauteur du panneau il est écrit :

 » Mirador 200 mètres. »

Laetitia s’exclaffe de joie et en effraie un groupe de perdrix qui devait dormir. Elles s’envolent avec leur chant caracteristique.

Qui dit mirador, ( point de vue pour nous en France ) dit normalement plate-forme. Ces 200 mètres sont longs et courts à la fois.

Nous y voici, nos premiers pas sur cette plate-forme qui s’avance au dessus de roches ne nous annonce rien de bien, ce n’est pas plat et toujours envahit pas ces buissons.

Ouf, devant le panneau d’interprétation un espace plat ! Cela va suffir pour notre bivouac. J’allume ma frontale pour vérifier et c’est impeccable. A mon tour de m’esclaffer : incroyable, une pièce d’un euro! ( Cela a de l’importance pour la suite )

Nous l’avons notre nuit à la belle étoile et ce n’est pas le vent qui souffle un peu fort qui va nous en priver. Nous serons attentifs à nos matelas et duvet afin qu’ils ne s’envolent pas.

Il ne nous faut pas longtemps pour installer le tapis de sol, gonfler nos matelas, sortir les duvets, boire encore un peu. Mais il nous faut être économe car demain il nous reste encore 8 kilomètres pour rejoindre notre maison sur roue.

Nous avons effectuer une belle journée:

33 kilomètres pour 1047 de D+

Que ça fait du bien d’être allongés, nos corps sont tellement ravis que le sommeil nous a presque quitter. Cela nous donne le temps de nous féliciter, de papoter un peu, d’admirer les étoiles et d’en appercevoir une qui file !

Un vent très frais va souffler fort toute la nuit au point que je met la capuche de mon duvet. Un bras enquilosé nous oblige a changé de positions, on en profite pour faire un clin d’œil à notre plafond étoilé. La voie lactée se trouve juste au dessus de nous et très vite les yeux se referment.

De toute la nuit je ne ferais que des rêves liés à la soif. 😴 Entre autre : je suis dans les rues de l’un de ces villages blancs de l’Alpujarra et il y a un distributeur de boisson bien fraiches. Imaginez la condensation qui s’écoule sur la porte vitrée. Laetitia qui m’accompagne me dit que l’on peut s’en acheter une avec l’euro que tu as trouvé. Bien-sûr le rêve s’arrête là et je ne suis jamais désaltéré.😢

L’aube arrive, debout juste à temps pour admirer la lune et une planète.

Nous avons bien dormi à ce mirador de la Loma de la Pandera à 2347 mètres d’altitude.

Depuis ce point de vue, on voit bien une partie de la crête que nous avons parcourus hier.

A gauche les Almirez et tout à droite le bâtiments du cerro del Buitre

Maintenant le soleil se lève, il est temps de partir. Pas de petit déjeuner nous n’avons pas assez d’eau. Nous allons encore demander à notre corps un dernier effort.

Ce matin la sensation de soif est plus tranquille chez Laetitia, alors que moi je me sens déshydraté et je serais content quand à deux kilomètres du fourgon on termine le camelbak de Laetitia, ( le mien étant vide depuis hier au soir ) et nous nous offrons un grand verre d’eau.

Nous mettons celle-ci dans un verre pour mieux en profiter, nous laissons l’eau un certain temps dans la bouche et déglutissons doucement.

Pour terminer ce periple nous retrouvons un sentier bien agréable et il ne nous reste plus qu’une douce descente.

Ça y est, nous y sommes, après une heure quarante d’une marche vaillante les 8 kilomètres sont couverts.

J’ouvre les portes du véhicule et enfin : l’eau est là, en abondance, je peux donner à mon corps ce qu’il me réclame depuis hier, milieu d’après midi.

Sur la totalité de la randonnée, nous avons parcouru :

45km avec 1210 mètres de dénivelé positif.

C’est incroyable, quand on a manqué de quelque chose comment on l’apprécie.

Nous passerons la journée dans le calme de ce lieu, quel plaisir quand Laetitia vient me servir un grand verre d’eau gazeuse avec du citron.

Et pour notre repas, nous nous octroyons un vrai remontant que nous méritons, un vin rouge de l’Algarve.

Si vous êtes dans le sud Portugal nous vous conseillons ce vin Guarda Rios de l’Algarve et choisissez le signature, ce qui équivaut à un grand cru en France

L’après-midi, assit tranquillement sous des pins, commençant à écrire les textes pour le blog, j’ai une exceptionnelle visite.

Et après une nuit extrêmement paisible nous quittons ce lieu, très satisfaits de notre randonnée et de la découverte de cette partie de la Sierra Nevada.

Continuez à nous suivre pour de nouvelles découvertes surprenantes de la Sierra Nevada. Nous-mêmes, ne savons pas toujours ce que nous allons faire.


En attendant un nouvel épisode, n’hésitez pas à rendre visite au site de précommande de mon nouveau livre.

Le titre, « Lever de soleil sur la vie« , donne le sens profond du livre.

4 commentaires sur « Escapade dans la Sierra Nevada, randonnée épique ! Suite et fin. »

  1. Salut Thierry,

    C’est exactement cela, c’est un travail du mental et c’est avec une énorme satisfaction que l’on se rend compte comment on est capable de repousser ces limites. Oui l’eau utilisé vient du marigot. On laissé bouillir environ deux à trois minutes.
    Nous n’avons eu aucun effet cela vient sûrement aussi de notre bon état de santé.
    Amicalement
    Pascal

    J’aime

  2. Je découvre votre nouvelle et longue page de blog avec retard, et je suis impressionné par votre détermination. Marcher aussi longtemps dans la pampa avec un problème d’eau demande un solide mental et une belle gestion des stocks, ce que vous décrivez parfaitement au demeurant. Une question, quand Laetitia fait bouillir de l’eau, c’est avec l’eau du marigot que vous avez déniché dans une prairie verte ? Je crois que vous avez un bon filtre à virus et microbes, mais tout de même… Faut bouillir longtemps, non ?
    En tout cas, c’est une journée épique en effet, mais qui s’est heureusement terminée.
    Thierry

    Aimé par 1 personne

  3. Je suis fan de Mike Horn et de son ami Børge Ousland leurs expéditions me font vibrer. Mais quand je lit vos aventures je suis transpire avec vous, j’ai soif avec vous et je vibre avec vous, vous êtes juste incroyable.
    Soyez prudents quand même.
    Bravo Laëtitia, Bravo Pascal.

    Aimé par 1 personne

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